1 000 grands troupeaux de plus chaque année

1 000 grands troupeaux de plus chaque année

L’Institut de l’élevage (Idele) a dévoilé, le 27 juin à Paris, les résultats du projet Orgue (1) sur les grands troupeaux laitiers.

Ces cinq dernières années, le nombre d’exploitations laitières a diminué de 4 % par an en moyenne. Mais les trois quarts de celles qui restent sont en phase de croissance. Résultat, l’effectif moyen progresse de 2 animaux par an pour atteindre 65 vaches. En particulier, le nombre de troupeaux à franchir le cap des 100 vaches progresse d’un millier chaque année. Ces exploitations détiennent 30 % des vaches françaises, alors que cette proportion atteint 50 % en Allemagne et aux Pays-Bas, et 80 % au Royaume-Uni et au Danemark. Dans ces pays, le volume de lait par unité de main d’œuvre (UMO) s’établit entre 400 000 et plus de 500 000 l par an, contre environ 200 000 l/an en France où « la productivité de la main d’œuvre progresse moins vite qu’ailleurs en Europe », commente Emmanuel Béguin (Idele), coordonnateur du projet Orgue.

Un modèle émerge : le salariat

D’ici à 2035, il devrait rester tout au plus 36 000 élevages bovins laitiers en France, dont 11 000 détiendraient plus de 100 vaches et 4 100 plus de 150 vaches, selon les projections de l’Idele. En même temps qu’ils s’agrandissent, les élevages laitiers français évoluent dans leur organisation. « Emerge un modèle individuel avec salariés, déjà très présent en Europe et dans le monde, qui progresse rapidement », relève Emmanuel Béguin. Les salariés représentent aujourd’hui 20 % de la force de travail en élevage laitier, contre 2 % seulement en 2000. Ce nouveau modèle d’exploitation vient s’ajouter aux deux autres types de « grands troupeaux à la française » : le petit collectif à forte productivité de la main d’œuvre et le grand collectif basé sur les associés. Question posée : fait-il bon y vivre ?

« Les grands collectifs offrent plus de souplesse pour l’organisation du travail, mais il faut améliorer le relationnel », résume en substance Jocelyn Fagon (Idele), enquêtes éleveurs à l’appui. La satisfaction au travail et la qualité de vie sont jugées plus élevées dans les grands collectifs associatifs dans la mesure où, dans les grands collectifs salariés, les associés représentent « la variable d’ajustement du travail ». Si 40 % des éleveurs estiment « difficile de se faire remplacer », la proportion monte à 56 % dans les petits collectifs, où il est aussi « plus difficile de se libérer le week-end ». Le robot de traite, installé dans environ 6 000 élevages laitiers (soit une proportion de 10 %, contre 25 à 30 % en Europe du Nord), permet de gagner en moyenne 1 heure sur l’amplitude de la journée de travail (voisine de 12 heures pour les associés, 9h50 pour les salariés, pauses déjeuner incluses). Seul 1 des 18 éleveurs équipés d’un robot a dit son insatisfaction.

Risques physiques et psychologiques

Trois quarts des éleveurs à la tête de grands troupeaux se disent exposés à des risques physiques (troubles musculo-squelettiques, chutes, blessures par les animaux…) ou psychologiques (charge mentale associée aux annuités d’emprunts, risques sanitaires, mésentente entre associés ou avec les salariés, pressions sociétales sur l’élevage…). L’enquête ne dit pas si les réponses seraient très différentes dans les petits ou moyens troupeaux… Quoi qu’il en soit, deux priorités se dégagent pour le conseil et la formation dans les grands élevages laitiers : « professionnaliser la gestion des relations humaines » et « renforcer les compétences stratégiques et la gestion des aléas », a conclu Anne-Charlotte Dockès (Idele).

Benoît Contour

(1) Organisation du travail, durabilité sociale et transmissibilité des « grandes exploitations laitières à la française » dans l’après quotas.

A télécharger : Les premiers résultats du projet ORGUE (Idele, avril 2018)

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