"En trois ans, mon EBE a progressé de 61 %"

"En trois ans, mon EBE a progressé de 61 %"

À Bédée (Ille-et-Vilaine), Sébastien Bouvet, éleveur laitier, a modifié ses pratiques en misant sur l’autonomie et la valorisation des fourrages produits sur l’exploitation. À la clé, une progression de son EBE (excédent brut d’exploitation) de 61 % passant de 83 277 à 133 711 €, et ce en seulement trois ans et en maintenant la taille constante du cheptel. Des chiffres validés par Socogerco Ouest, cabinet comptable de l’exploitation. Petit jeu de questions-réponses à l’occasion de la porte ouverte organisée par le cabinet NPRL.

Sébastien Bouvet, éleveur laitier, a modifié ses pratiques en misant sur l’autonomie et la valorisation des fourrages produits sur ses terres. Son exploitation est en cours de conversion à l’agriculture biologique.

Combien le Gaec du Château a-t-il réellement gagné ?

Présentés lors de la porte ouverte organisée le 22 novembre 2018, les résultats économiques sont incontestables car validés par Rémi Brard, comptable et dirigeant du cabinet Socogerco Ouest, basé à Fougères. La progression réalisée en seulement trois ans est assez remarquable, comme l’indiquent les résultats affichés dans le tableau 1. L’EBE a bondi de 61 %, et ce dans un contexte économique peu favorable puisque le prix du lait était de 353 €/1 000 litres en 2014-2015 contre 343 € en 2017-2018. Parallèlement à ce meilleur résultat comptable, l’éleveur a baissé en production avec une chute de 9 % des volumes produits sur trois ans.

Tableau 1 : Évolution des résultats comptables du Gaec du Château

2014-2015 2017-2018 Évolution
Nombre de vaches laitières 90 90
Lait vendu 686 000 626 912 – 9 %
EBE 83 227 € 133 711 € 61 %
EBE/Produit 23 % 40 % 74 %
Prix du lait 353 €/1 000 litres 343 €/1 000 litres – 3 %

 

Comment évoluent les charges opérationnelles ?

Sur trois ans, Sébastien Bouvet a profondément revu sa conduite d’élevage et ses pratiques culturales. Ces changements interviennent dès la production fourragère avec une réduction significative de l’apport d’engrais minéraux. Sur les conseils du cabinet NPRL, l’éleveur valorise les fumiers et les lisiers de son exploitation. En trois ans, la facture pour ce poste a été divisée par deux. Les dépenses engagées pour les semences ont, elles aussi, été réduites, notamment suite à des modifications de l’assolement. L’éleveur consacre désormais moins d’espace au maïs et aux cultures de vente et multiplie la production de cultures fourragères en dérobée. Les prairies sont riches en légumineuses et le méteil ensilage s’est développé.

Au niveau du troupeau, les dépenses allouées aux achats de concentrés sont en baisse. Sans surprise, la production moyenne par vache a également diminué, passant de 7 500 à 7 067 litres de lait. Le TP est resté stable et le TB a gagné un point. En parallèle, les frais vétérinaires ont largement chuté pour passer de 6,65 à 3,79 les 1 000 litres (tableau 2). Les fièvres de lait, les phénomènes d’acidose et les déplacements de caillette ont quasiment disparu.

Tableau 2 : Évolution des charges opérationnelles du Gaec du Château

2014-2015 2017-2018 Évolution
Coût des concentrés par VL et par 1 000 litres 69 € 33 € – 52 %
Coût alimentaire (VL + génisses/1 000 litres) 146 € 105 € – 28 %
Engrais 13 144 € 6 637 -49 %
Semences 13 350 8 954 – 33 %
Aliments 64 557 26 974 – 58%
Produits vétérinaires 7 096 2 181 -69 %
Carburants 10 512 4 191 – 60 %
Travaux tiers végétaux 22 145 25 771 – 16 %
Travaux tiers animaux 27 963 29 765 + 6 %

Quelles sont les incidences sur l’assolement ?

La recherche de l’autonomie implique de revoir son assolement pour réduire les cultures de vente et laisser de la place à la production fourragère. L’éleveur a donc réduit ses surfaces de culture de vente de 10,70 ha. Le maïs ensilage a disparu au profit de l’ensilage de maïs épis. En parallèle, il a considérablement développé la culture du méteil sous forme d’ensilage et de grain.

Il a suivi les conseils du cabinet NPRL qui préconise de semer les méteils à la volée fin octobre – début novembre, à hauteur de 180 kg de semences par hectare, en débutant idéalement par la féverole et en veillant à bien enterrer la graine (8-10 cm). Pour l’ensilage comme pour l’utilisation en grain, l’éleveur devra impérativement surveiller de près le stade de récolte. Pour l’ensilage, il faut se focaliser sur les stades du pois et faucher dès l’apparition des premières feuilles du pois. Un méteil grain se récolte plus tardivement, en même temps qu’un blé.

Comment la ration des vaches laitières a-t-elle évolué ?

La principale évolution est l’abandon du maïs ensilage qui était incorporé à hauteur de 11,5 kg de MS par vache et par jour. Exit également l’urée, la paille ou encore l’enrubannage de fétuque. Désormais, les principaux composants du bol alimentaire sont un ensilage de maïs épis et un ensilage de prairies multi-espèces… Seule la betterave fourragère est restée mais celle-ci devrait disparaître très prochainement, l’éleveur ayant opté pour le passage en bio. Le désherbage de la betterave posant trop de difficultés en production biologique, l’exploitant a décidé de ne plus utiliser ce fourrage. Il a misé sur le développement du pâturage et notamment de prairies temporaires multi-espèces permettant de fermer le silo de fourrages conservés de 1,5 à 2 mois par an.

Comment réussir dans l’autonomie ?

Sébastien Bouvet s’est fixé des objectifs à atteindre en matière d’autonomie et se fait accompagner par le cabinet NPRL. « L’autonomie ne veut pas forcément dire autarcie », souligne Michel Lepertel, gérant du cabinet NPRL. « Il y a des économies qui, à la longue, peuvent coûter cher. Se priver de l’insémination et de génétique va à la longue conduire à déprécier le niveau génétique et pénaliser l’exploitation », souligne-t-il. Ce choix technique implique d’utiliser au quotidien des indicateurs technico-économiques pertinents comme, par exemple, le taux de gestation plutôt que l’intervalle vêlage-vêlage pour jauger des performances de reproduction.

E.L.D

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