Le nursing du veau en 6 points clé

Le nursing du veau en 6 points clé

Les premières 15 minutes de vie sont déterminantes chez le veau nouveau-né. Rappel des six étapes clés à respecter pour leur garantir le meilleur démarrage possible.

1. Garder ses mains au chaud
« Lors d’une mise bas, quand nous voyons émerger deux sabots, notre inclination naturelle est de les saisir afin d’aider la mère à mettre au monde son veau », constate Amanda Fordyce, vétérinaire nord-américaine. Il ne faut toutefois pas sous-estimer Mère Nature. Des événements physiques et biologiques doivent en effet s’enchaîner pendant la mise basse, et la patience est de rigueur. À titre d’exemple, vous remarquerez peut-être que lorsque les vaches mettent bas naturellement, elles s’arrêtent quelques instants au cours du vêlage. Cette pause a lieu entre le passage de la cage thoracique du veau et sa première respiration, moment correspondant au transfert d’un demi-litre de sang du placenta vers le nouveau-né. Ce phénomène est crucial tant pour la mère (garantie d’une expulsion rapide du placenta), que pour la bonne santé du veau. « Tant que la vache progresse normalement et que le veau est dans la bonne position, sans aucun signe de stress, la meilleure stratégie est l’observation et la surveillance».
2. Surveiller de très près les premières respirations
« Si vous pensez que le veau ne respire pas ou n’évolue pas comme il le devrait, vous pouvez intervenir lors de cette phase critique pour l’aider à prendre ses premières bouffées d’oxygène », explique Amanda Fordyce. Vous pouvez alors piquer ses narines avec un morceau de paille propre ou verser de l’eau froide sur son front. Le veau doit être installé confortablement sur le sternum et l’abdomen de telle sorte que chaque poumon puisse être ventilé correctement. L’idéal est de replier les pattes avant sous le corps. « Cette position couchée sternale permet de s’assurer que ses voies respiratoires sont bien ouvertes et ainsi de faciliter sa respiration », explique la praticienne. Ensuite, reste à surveiller sa respiration. Gardez en tête qu’une respiration quelque peu irrégulière et un léger gargouillement sont courants et prévisibles.
3. Bannir la technique de suspension la tête en bas
Pour certains, il est impératif de soulever le nouveau-né et de le maintenir suspendu pour l’aider à éliminer le liquide dans ses poumons. « Les études ont montré que cette pratique expulse effectivement des fluides, mais ce sont ceux contenus dans l’estomac – et non pas ceux des poumons », explique la professionnel de santé. Par ailleurs, suspendre le veau est néfaste car cette position anormale du corps se révèle génératrice de stress. Elle pousse les organes internes à s’appuyer contre le diaphragme, ce qui complique la respiration du nouveau-né.
4. Ne pas abandonner systématiquement les veaux qui ne respirent pas
« Si dans un premier temps, la respiration ne se met pas en place chez certains veaux, les battements du cœur peuvent tout de même être présents », souligne la doctoresse. Il faut alors rechercher un battement de cœur sous la patte avant gauche sur la cage thoracique. « Si vous ressentez un léger battement de cœur, frottez vigoureusement la poitrine du veau et utilisez les techniques de stimulation avec de de paille et de l’eau glacée. Vous seriez surpris du nombre de veaux qui “se réveillent” et s’en tirent très bien. »
5. Limiter le temps de réchauffement
Les lampes ou box pour réchauffer les veaux sont utilisés avec les meilleures intentions. S’ils s’avèrent bénéfiques en cas de températures frigides, ils peuvent être nocifs à long terme, s’ils sont utilisés trop longtemps ou s’ils ne sont pas nettoyés fréquemment. Sans désinfection régulière, ces équipements peuvent en effet servir de réservoirs à pathogènes. Ceux-ci pourront alors contaminer les nouveau-nés. De plus, passer trop de temps (> 48 h) dans un environnement ultra chaud peut épuiser les réserves internes de graisse brune des jeunes animaux, limitant du même coup leur capacité à ajuster leur température lorsqu’ils sont transférés dans un environnement ordinaire. L’exposition à la lampe chauffante doit se terminer dès que le poil du veau est sec et ne pas excéder 24 h. Il faut alors veiller à placer le jeune animal dans un environnement sec, bien ventilé et avec un bon lit de paille. Dans des conditions glaciales, pensez à utiliser des couvertures et à ajouter un supplément de paille dans la litière.
6. Une commande urgente de colostrum, s’il vous plaît
À la naissance, les veaux ne disposent pas d’un système immunitaire propre. Ils sont dépendants des anticorps et autres facteurs immunitaires qu’ils obtiennent en ingérant le colostrum. Or, leurs intestins ne laissent passer les anticorps contenus dans le colostrum que dans les premières 24 heures de vie. Leur système immunitaire autonome se mettra en place pendant les premières semaines de vie et ne sera totalement fonctionnel qu’à partir de 10 semaines environ. « Contrairement à bon nombre d’animaux, les veaux n’acquièrent une protection via les anticorps et autres facteurs immunitaires de leurs mères qu’à travers l’ingestion du colostrum. Or, leur capacité à le faire chute rapidement 24 heures après leur naissance », rappelle la vétérinaire. Dès que le veau respire et se tient debout, la tâche la plus importante est donc de le faire boire du colostrum. Il devra ainsi ingérer 1,7 à 2,5 litres (ou l’équivalent de 10 % de son poids corporel) de colostrum biosécurisé et de haute qualité et ce dans les 2 premières heures de vie. Il faudra s’assurer d’obtenir un indice Brix de 22 au réfractomètre, garant d’une qualité du colostrum maternel. « Ce processus peut être accéléré en utilisant du colostrum pasteurisé récolté précédemment et provenant d’autres mères du troupeau ou un substitut de colostrum de haute qualité contenant 150 grammes d’IgG (protéine de globuline) par dose », conclut Amanda Fordyce.
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