Les filières bovines examinées à la loupe

Les filières bovines examinées à la loupe

A quelques jours d’intervalle viennent d’être publiés trois rapports inventoriant les forces et les faiblesses de l’élevage français : « Compétitivité des filières animales » (Inra) ; « La place de l’agriculture française sur les marchés mondiaux » (Sénat) ; « L’Observatoire 2019 de la formation des prix et des marges des produits alimentaires ». La relative faiblesse de l’industrie agroalimentaire nationale est pointée par les deux premiers rapports, lesquels divergent sur les espoirs à placer dans la « montée en gamme » (AOP, bio…) de l’agriculture française. L’Observatoire des prix conclut à une baisse de la rémunération permise en bovins lait et viande en 2018. Morceaux choisis.

LA COMPETITIVITE DES FILIERES ANIMALES (INRA)

« Depuis quinze ans, le solde de la balance commerciale française en productions animales est resté assez stable, la hausse des importations venant compenser en grande partie l’accroissement des exportations (+4,3 milliards d’euros (Md€) en 2017 par rapport à la moyenne 2000-2009) », souligne le rapport COMPANI (Compétitivité des filières animales). « Cette tendance contraste avec l’amélioration de la balance commerciale observée dans plusieurs États membres de l’Union européenne (UE), dont l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas et la Pologne, sur la même période. La stabilisation du solde commercial français masque néanmoins un double mouvement avec, d’un côté, une nette détérioration du solde avec l’UE (-2,5 Md€ entre 2000-2009 et 2017) et, de l’autre, une amélioration de celui-ci avec les pays tiers (+2,8 Md€ entre 2000-2009 et 2017). »

« Depuis le début des années 2000, les produits d’origine animale français ont vu leur part de marché à l’international se réduire fortement, passant de 9% des exportations mondiales en 2000 à 5% en 2016 (…) La baisse de la France dans le total des exportations mondiales de productions animales s’explique, à hauteur de 50 %, par une perte de compétitivité pure, et respectivement à 40% et à 10%, par des effets de spécialisations géographique et sectorielle. Autrement dit, les exportations françaises de productions animales souffrent d’une moindre performance économique des entreprises du secteur, mais également d’une concentration des exportations sur des marchés peu dynamiques, principalement les grands marchés européens. »

« Contrairement au secteur aval, des gains de productivité significatifs sont observés dans le secteur de l’élevage (bovins viande, bovins lait, ovins-caprins, polyculture-élevage). L’analyse montre que la productivité de ces exploitations a augmenté en moyenne de 18,1% sur la période, soit une augmentation de 1,3% par an en moyenne. La plus faible augmentation concerne les exploitations de bovins lait (+0,6% par an en moyenne) et la plus forte celle des exploitations de bovins viande (+1,6%), les exploitations mixtes grandes cultures-herbivores (+1,2%) et celles d’ovins-caprins (+1,2%) étant dans une position intermédiaire (…) Ces gains de productivité s’expliqueraient par un changement technologique pour les productions en bovins viande et ovins-caprins, alors qu’ils ont pour origine l’amélioration de l’efficacité technique (meilleure utilisation des facteurs de production à technologie constante) en bovins lait (…) Des analyses complémentaires montrent que les gains de productivité seraient d’autant plus forts que les exploitations sont intensives en utilisation d’intrants, ce qui pourrait s’expliquer (bien que le lien de causalité ne soit pas établi), en partie par l’absence de prise en compte de biens environnementaux (ex : paysages) ou de pollutions générées dans la mesure de la productivité. »

« Si les écarts de compétitivité-prix contribuent à l’érosion des performances de la France à l’international, les résultats du projet COMPANI soulignent néanmoins l’importance de la composante hors-prix pour expliquer la perte de compétitivité des productions animales (…) Les stratégies de différenciation par la qualité jouent un rôle prépondérant dans la capacité des filières animales à rivaliser avec la concurrence étrangère (…) À ce titre, les stratégies d’identification et de protection des appellations d’origine protégée (AOP) françaises, hors du marché communautaire, paraissent à poursuivre afin que l’impact positif de ces appellations sur les exportations dépasse les frontières européennes. »

Dans une récente analyse de son Centre d’études et de prospective (CEP), le ministère de l’agriculture note par ailleurs que « la libéralisation du marché européen questionne la compétitivité des exploitations laitières françaises confrontées à une productivité du travail plus faible et des charges de mécanisation plus élevées que leurs voisines allemandes pour des prix de vente comparables. »

LA PLACE DE LA FRANCE DANS LE MONDE (SENAT)

« La production française de viandes bovines baisse depuis 20 ans, de manière concomitante à un recul de la consommation individuelle (au rythme de -0,5 kg de viandes par habitant et par an depuis 1990). La production nationale de lait est actuellement proche de celle qui prévalait au moment de la mise en œuvre des quotas en 1984, mais avec un effectif de vaches laitières qui a été divisé par deux, ce qui traduit de considérables gains de productivité obtenus par les éleveurs. »

« L’excédent agricole français tend à disparaître. Il a ainsi été divisé par deux entre 2011 et 2017 en euros courants (…) Quatre filières tirent toutefois leur épingle du jeu et maintiennent d’importants excédents commerciaux : les céréales, notamment le blé et l’orge (+4 Md€) ; les produits laitiers (+3,8 Md€) ; l’exportation de bovins, ovins ou de volailles vivants (+1,6 Md€) ; les sucres (+0,6 Md€). » Selon la direction générale du Trésor, « 70% de l’érosion de l’excédent s’explique par un effet compétitivité négatif » d’origines diverses : des « charges plus élevées », une « tendance à la sur-réglementation », la « fragilité de l’industrie agroalimentaire » et, enfin, « certains choix de spécialisation, portés vers l’alimentation haut de gamme, dont les possibilités de pénétration sur les marchés internationaux sont limitées (…) La montée en gamme n’est pas l’alpha et l’omega dans le but de dynamiser le solde commercial agricole. Si l’on veut reconquérir ces marchés perdus, la montée en gamme ne servira à rien (…) C’est là où la demande va augmenter dans les années à venir, notamment l’Afrique, qu’en moyenne la France perd le plus de parts de marché depuis 2000. »

« Les importations couvrent une part de plus en plus importante de l’alimentation des Français. Si, pour la viande bovine, les importations en volume semblent stabilisées voire légèrement en baisse, cela constitue une exception (…) Même dans le secteur des produits laitiers, où la France dispose de positions solidement établies, la valeur des importations a été multipliée par deux entre 2005 et 2017, compte tenu de l’augmentation des importations de fromages et de beurre (…) Entre 10% et 25% des produits importés en France ne respecteraient pas les normes minimales imposées aux producteurs français (…) Chaque année, ce sont entre 5 et 10 milliards d’euros de produits illégaux qui seraient vendus en France et exerceraient une pression à la baisse sur les prix des produits français. [Par comparaison], on peut estimer que l’État dépense moins de 10 millions d’euros par an pour contrôler à l’importation spécifiquement les denrées alimentaires importées par l’intervention d’une centaine d’agents. »

PRIX ET MARGES EN 2019 (RAPPORT AU PARLEMENT)

« Globalement, les prix des produits des industries alimentaires sont quasi stables en 2018 par rapport à 2017 (+0,2% selon l’Insee). Dans les secteurs suivis par l’Observatoire, la hausse des prix sortie industrie concerne les viandes bovines (+2,5% toutes viandes bovines confondues), les produits laitiers (+1,7% globalement, mais -3,3% sur le groupe beurres-poudres, le prix du beurre ayant fortement augmenté en 2017). »

« L’indicateur national des prix moyens pondérés des gros bovins entrée abattoir (FranceAgriMer) diminue de 1,1% en 2018 par rapport à 2017, conséquence principalement d’une forte hausse des abattages de vaches laitières au 2e semestre 2018 (…) Le coût de production au kilo de poids vif des élevages spécialisés de gros bovins de boucherie de type « jeunes bovins » augmente en 2018 tandis que le prix moyen entrée abattoir diminue. Par rapport à 2017, la rémunération permise se dégrade pour l’ensemble des systèmes. Elle passe à 1 SMIC par unité de main d’œuvre dans le système « naisseur », à 1,3 SMIC dans le système « naisseur-engraisseur de jeunes bovins », et à 0,7 SMIC dans le système « naisseurs-engraisseurs et cultures ».

« Dans l’activité d’abattage-découpe de gros bovins, la légère hausse des coûts d’achat entrée abattoir est, en moyenne, couverte par la hausse des produits, d’où une marge brute en hausse. Les charges unitaires augmentent et entraînent une baisse du résultat courant moyen en 2018 (9 mois) par rapport à 2017 (9 mois) : il passe de 3 cts/kg de carcasse traité en 2017 (9 mois) à 2 cts en 2018 sur la même période et de 0,5% des produits en 2017 (9 mois) à 0,3% en 2018 (9 mois). »

« Sensiblement érodée en 2015 et 2016, en progrès en 2017, la rémunération moyenne permise des producteurs spécialisés de lait de vache diminue de nouveau en 2018. Le coût de production moyen national du lait de vache en élevage spécialisé, estimé hors rémunération calculée de l’éleveur, progresse en 2018 par rapport à 2017, soit 368 € pour 1 000 litres en 2018 (contre 357 € en 2017). Le prix moyen du lait calculé pour les exploitations de l’échantillon s’améliore mais ne compense pas la progression des coûts de production : la rémunération permise des producteurs atteint 109 € pour 1 000 litres en 2018 (116 € en 2017). »

« Les entreprises laitières productrices de produits de grande consommation (PGC) présentent en moyenne en 2017 un taux d’EBITDA (1) compris entre 2,5% du total des produits (entreprises laitières produisant majoritairement du beurre et de la poudre) et 7,6% du total des produits (entreprises laitières à dominante multi-produits). Ce taux d’EBITDA est en baisse par rapport à 2016, principalement sous l’effet de l’augmentation du poids des achats de matières premières dans la structure des charges. »

BC

(1) Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Earnings before interest, taxes, depreciation and amortization)

A télécharger :

A lire également : 

L’innovation dans l’industrie agroalimentaire (ministère de l’agriculture, juin 2019)

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