L'hypocalcémie : une maladie perfide

L'hypocalcémie : une maladie perfide

L’hypocalcémie subclinique constitue une maladie perfide souvent oubliée, altèrant pourtant la réponse immunitaire, favorise les infections utérines, les déplacements de caillettes… Plutôt que de diagnostiquer sa présence et la traiter, mieux vaut maîtriser ce phénomène en gérant notamment la période sèche. Lors d’une réunion organisée par le laboratoire Vétalis, les docteurs Belbis, enseignant chercheur à Maison Alfort, et Vagneur, vétérinaire consultant, font le ménage parmi les idées reçues.

L’hypocalcémie subclinique touche essentiellement les élevages nord-américains : FAUX

Longtemps, les spécialistes de la santé et de la nutrition ont pensé que cette pathologie prévalait surtout aux Etats-Unis, du fait notamment des rations riches en luzerne, caractérisées par des Baca (Bilans alimentaires cations anions) élevés, et apportant beaucoup de potassium. Une étude de 2011 a d’ailleurs estimé qu’une primipare sur quatre souffre d’hypocalcémie subclinique ! Au-delà de trois lactations, nous arrivons au ratio d’une vache sur deux. Reste qu’en Europe et en France, la maladie est aussi largement présente. « Une étude de Maison Alfort réalisée dans les Ardennes dans la clientèle de Gérard Bosquet a montré que plus de 50% des vaches en deuxième lactation en souffraient. En Allemagne, une publication datée de 2016 concluait à une moins forte prévalence de cette pathologie : 7,9% des primipares atteintes et 23,3% des vaches en deuxième lactation… », souligne le Dr Guillaume Belbis.

L’hypocalcémie subclinique peut se diagnostiquer à travers une analyse de la teneur en calcium sanguin : FAUX

Le Dr Guillaume Belbis a présenté tout une série de publications scientifiques démontrant qu’il n’existe pas d’avis tranché, ni de consensus sur une valeur seuil de calcémie dans le sang. Certaines publications prennent comme valeur 72 mg/l de calcium total, d’autres 88 mg/l. Ensuite, ces teneurs doivent être prises à différents stades du prépartum. Certains scientifiques prennent le seuil de 72 heures avant vêlage, d’autres celui de 48 heures. Au final, la fenêtre de diagnostic reste courte et le diagnostic se révèle donc difficile en pratique courante.

Enfin, il existe deux valeurs de calcium : celle du calcium ionisé (Ca2+) et celle du calcium total. L’analyse du calcium ionisé nécessite un analyseur spécifique dont le coût est prohibitif, même pour les cabinets vétérinaires. Le dosage du calcium total s’analyse à travers la valeur de la protéinémie. Pour toutes ces raisons, l’éleveur doit essayer de maîtriser la calcémie de ses vaches plutôt que de chercher à diagnostiquer et soigner la pathologie.

L’hypocalcémie subclinique influence la production laitière : VRAI

Dans un troupeau, une équipe nord-américaine a démontré que l’hypocalcémie influence la production laitière dès lors que 15% des vaches sont atteintes de cette pathologie. Il y a un effet significatif sur les déplacements de caillettes si 35% des laitières en souffrent et sur la probabilité de gestation en première insémination si 25% des vaches sont atteintes. L’équipe a montré des effets sur le taux de métrites lié à l’involution utérine. Une autre étude a permis de déterminer que le risque de développer une infection utérine diminue de 22% pour chaque augmentation de 10 mg/l de la calcémie.

Par ailleurs, cette pathologie a un effet sur les défenses immunitaires de la vache en altérant leurs réponses. Ainsi, par un mécanisme assez complexe à expliquer, elle contribue à freiner l’action des neutrophiles, cellules actives pour la défense de l’organisme. Enfin, le déficit de calcium aurait un impact sur le déplacement des bovins, le niveau d’ingestion ainsi que sur la rumination. Il existe aussi un lien avéré entre la calcémie et la lipomobilisation à travers l’insuline.

Une période sèche bien maîtrisée permet de réduire les risques d’hypocalcémie subclinique : VRAI

Dans la période de transition, commençant trois semaines avant vêlage et se terminant trois semaines après, l’éleveur doit agir sur plusieurs leviers en même temps.  Il faut maximiser l’ingestion, limiter les risques d’acidose. La note d’état corporel des taries ne doit pas être inférieure à 3 et ne pas dépasser 3,5. Le confort, la limitation du stress et des interactions sociales sont aussi des éléments majeurs. Le savoir-faire de l’éleveur joue un rôle essentiel tout au long de cette période.

Les vaches taries peuvent s’élever en prairies : FAUX

L’éleveur français a tendance à laisser ses vaches dans des pâtures, or c’est une pratique à risque, surtout si l’herbe est riche en potassium. Des compromis peuvent être trouvés en début de tarissement mais l’éleveur doit veiller à rentrer ses vaches 15 jours avant la mise bas. Dans un système herbager, ce passage en prairie devient quasi inéluctable, et il faut donc veiller à mettre à disposition des vaches taries l’herbe la plus mûre possible, des vieilles repousses dont la teneur en potassium est réduite. L’éleveur doit veiller à bannir du régime des taries l’herbe jeune, les repousses inférieures à cinq semaines ou l’accès à des prairies fertilisées avec un minéral riche en potassium ou par du lisier.

L’utilisation d’un minéral spécial tarissement se révèle suffisante : FAUX

Pour acidifier la ration, l’éleveur doit ajouter un minéral à faible Baca mais il doit également veiller à ne pas utiliser certains fourrages ou coproduits dans la ration de préparation au vêlage. Ainsi, l’herbe jeune, la luzerne, les fourrages enrubannés, l’ensilage d’herbe, les substances tampons ou les cultures conduites en dérobées affichent des Baca élevés et s’avèrent donc favorables au développement de l’hypocalcémie subclinique voire clinique. Si l’éleveur ajoute des tourteaux de colza au détriment du soja en raison de leur différence de Baca. Le choix des aliments se révèle donc stratégique.

Le chlorure de magnésium est l’acidifiant le plus efficace : FAUX

Si le chlorure de magnésium reste l’acidifiant le plus couramment utilisé dans la ration des vaches taries, il n’est pas forcément le plus efficace. Ainsi, le chlorure d’ammonium a un bénéfice plus significatif sur le Baca. Dans la filière bovine, ce produit est plus connu sous le nom de Salmiak. Cet additif s’avère toutefois pénalisé par sa forte odeur. Ensuite, nous trouvons le sulfate d’ammonium, le chlorure de calcium, le sulfate de calcium et le sulfate de magnésium. En veillant à distribuer une ration initiale avec le plus faible Baca possible, l’éleveur pourra réduire l’ajout d’acidifiant.

Le maïs d’ensilage à volonté est à prescrire dans la ration des vaches taries : VRAI & FAUX

Les excès d’énergie sont à proscrire en période de tarissement, l’éleveur devant veiller à limiter la prise d’état. Toutefois, quatre à cinq jours avant vêlage, il est possible de laisser de l’ensilage en libre accès pour pallier l’incapacité des vaches à ingurgiter une forte dose de matière sèche.

Le confort des vaches est essentiel : VRAI

La vache tarie doit pouvoir accéder à 75 cm d’auge. Il faut veiller à maintenir un taux de chargement dans les lots taries de 80%, à savoir que si l’éleveur possède un box de 10 places pour les taries, il doit y avoir huit bovins maximum. Chaque tarie doit disposer d’au moins 10 m2 de litière.

L’acidification des rations apporte toujours des résultats : VRAI & FAUX

Veiller à acidifier la ration des taries permet de maintenir la calcémie autour du vêlage. Une récente étude publiée en avril dans le Journal of Dairy Science montre que l’impact de cette mesure aurait un effet réduit sur le démarrage en lactation et aurait un effet limité sur la production laitière.

Cet article est un extrait de Grands Troupeaux Magazine n°53.

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