Où en sont les grands troupeaux ?

Où en sont les grands troupeaux ?

La productivité de la main d’œuvre augmente avec la taille des troupeaux laitiers, et explique une marge brute par actif supérieure. Retour sur les résultats Ecolait 2018 du BTPL.

Le Bureau technique de promotion laitière (BTPL) organisait ses troisièmes journées « grands troupeaux » les 6 et 7 novembre en Aveyron. A cette occasion, Christophe Monnerie, ingénieur région Bretagne, a présenté les résultats technico-économiques 2018 des élevages suivis par l’outil de pilotage Ecolait (850 troupeaux, 98 VL et 8 352 l/VL en moyenne).

La quantité de lait par vache ressort à 8 349 l pour les troupeaux de 90 à 120 VL, monte à 8 920 l pour les troupeaux de 120 à 150 VL avant de redescendre à 7 988 l au-delà de 150 VL. La quantité de lait produite par hectare de SFP présente une distribution similaire : 11 155 l/ha entre 90 et 120 VL, 13 866 l/ha entre 120 et 150 VL, mais seulement 10 282 l/ha au-delà de 150 VL. La quantité de lait produite par unité de main d’œuvre (UMO) fait apparaître une nette différence entre les troupeaux de moins de 90 VL (383 822 l/UMO), ceux de 90 à 120 VL (463 442 l/UMO) et ceux de 120 à 150 VL (530 663 l/UMO). Au-delà de 150 VL, la productivité diminue (523 293 l/UMO), mais de manière moins marquée que sur les critères précédents.

Des bâtiments pas encore payés

En termes de prix du lait, l’enquête Ecolait 2018 montre peu d’écarts selon les tailles de troupeaux : 343 €/1000 l en moyenne, 345 €/1000 l en dessous de 90 VL, 340 €/1000 l entre 90 et 150 VL, 347 €/1000 l au-delà. Le TB, le TP, les leucocytes et les coûts de concentré ne sont pas davantage dépendants de la taille du troupeau, contrairement aux frais d’élevage (46 €/1000 l en moyenne, 42 €/1000 l au-delà de 150 VL) et de fourrages (24 €/1000 l en moyenne, 18 €/1000 l entre 120 et 150 VL). Les charges opérationnelles s’avèrent constantes (151 €/1000 l) au-delà de 90 VL, plus élevées en-deçà (165 €/1000 l). Les marges brutes progressent avec l’effectif (226 €/1000 l en-deçà de 90 VL, 241 €/1000 l au-delà de 150 VL). Les écarts se creusent si l’on considère la marge brute par unité de main d’œuvre : 86 406 €/UMO en-deçà de 90 VL, 124 298 €/UMO au-delà de 150 VL.

Les charges de structures (113 €/1000 l en moyenne hors main d’œuvre) sont les plus faibles dans les troupeaux de 120 à 150 VL (95 €/1000 l) qui, en revanche, affichent les annuités les plus élevées (76 €/1000 l, pour une moyenne à 65 €/1000 l). Les troupeaux de plus de 120 VL se distinguent par des remboursements de bâtiments plus conséquents (39 €/1000 l contre 24 €/1000 l en-deçà de 90 VL), signalant des agrandissements récents.

Les prix d’équilibre en baisse

Au final, le prix d’équilibre (rémunération comprise) s’avère assez proche (296 à 302 €/1000 l) dans les troupeaux de plus de 90 VL, quelle que soit leur taille, mais sensiblement plus élevé pour les autres (327 €/1000 l). La capacité d’autofinancement fait apparaître des écarts importants : 8 489 € en dessous de 90 VL, 24 739 €/1000 au-delà de 150 VL. Les chiffres atteignent 50 250 € pour les « meilleurs » (sur ce critère) troupeaux de plus de 90 VL, mais seulement 40 156 € pour les « meilleurs » troupeaux de plus de 120 VL. « Les meilleurs troupeaux le sont sur la plupart des critères. Mais faut-il faire grossir les cheptels ? Pas forcément », commente en substance Christophe Monnerie.

Le BTPL s’est également intéressé à l’évolution de la situation des élevages laitiers entre 2015 et 2018. Dans l’intervalle, la livraison moyenne des troupeaux de plus de 120 VL est passée de 1,18 Ml à 1,34 Ml, et de 0,5 Ml/UMO à 0,53 Ml/UMO. Dans l’intervalle, le prix du lait a gagné 18 €/1000 l tandis que les charges opérationnelles diminuaient de 10 €/1000 l. La marge brute est ainsi passée de 200 à 230 €/1000 l ou, vu autrement, de 100 000 à 120 000 €/UMO. Le prix d’équilibre est redescendu de 325 à 313 €/1000 l tandis que la capacité d’autofinancement quadruplait, passant de 4 500 à 18 000 € environ. De quoi expliquer le rebond des investissements dans la filière laitière constaté par le Crédit Agricole au 1er semestre 2019 ?

Benoît Contour

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