« Avec le robot de traite, nous avons retrouvé une vie sociale »

« Avec le robot de traite, nous avons retrouvé une vie sociale »

La famille Tallotte, installée à Hammeville en Meurthe-et-Moselle, s’est équipée d’un robot de traite en août 2013. Les performances d’élevage sont au rendez-vous, et surtout la qualité de vie. « Nous avons l’impression d’avoir changé de métier ».

Quand leur salarié a approché de l’âge de la retraite, Angélique et Laurent Tallotte se sont longuement interrogés sur l’opportunité de recruter un successeur ou de s’équiper d’un robot de traite. Au vu de ce qu’ils lisaient dans la presse agricole, les deux hypothèses n’apparaissaient pas fondamentalement différentes en termes de coût de revient à l’année. Mais puisqu’un salarié ne travaille que 5 jours par semaine et qu’il prend 5 semaines de congés, le robot l’a emporté. Un choix que le couple de quadragénaires ne regrette pas un instant.
« Avant le robot, on était crevés. Les deux traites nous prenaient 5 heures par jour. On devait laisser un chantier d’ensilage ou de fanage quasiment terminé pour aller traire. Quand il y avait un repas de famille, on devait partir avant les autres. Aujourd’hui, nous avons retrouvé une vie sociale et une qualité de vie. Nous avons l’impression d’avoir changé de métier ! Notre fils aîné, qui ne s’intéressait qu’à la mécanique, se soucie désormais des vaches ». Même satisfaction sur le plan du contenu et de l’intérêt du métier. « Nous sommes plus proches de nos animaux. Nous les observons davantage. Si une vache a un problème à une patte, nous intervenons beaucoup plus rapidement, sans se dire « on verra demain ». Le robot repère très tôt aussi les mammites – un coup d’œil le matin à l’ordinateur peut suffire. On est davantage dans la gestion du troupeau. Dans la gestion tout court aussi. Les frais vétérinaires ont été divisés presque par deux. » « Nos vaches ont changé » La mise en route du robot – que Laurent Tallotte a vécu comme un « aboutissement » – constitue un « super souvenir », en dépit du fait que la première traite est rendue « compliquée » par le paramétrage de chaque vache. Certes, cette étape avait été mûrement préparée (cinq ans de réflexion). Pendant les travaux, le troupeau avait été trait chez un autre éleveur du village. Plusieurs formations avaient été suivies, avec Lely ou le vétérinaire du GDS. Un tri drastique des vaches avait été effectué, de sorte à écarter les « millionnaires » en cellules. Depuis l’installation du robot, l’effectif a varié de 55 vaches – « le top du top » en termes de fréquentation – à 72 vaches pour se stabiliser à 64 ou 65 vaches, sachant que la 65 e « fiche toujours la pagaille ». Le Gaec de Villers est ainsi passé de 80 vaches à 7.000 kg de lait avant août 2013 à 65 vaches à 10.000 kilos aujourd’hui. Elles visitent le robot 2,7 fois par jour en moyenne. Seulement 2,3 fois l’été quand les vaches sont au pâturage (dynamique), que les éleveurs ont la « volonté de maintenir ». L’exploitation est quasi autonome sur le plan fourrager avec une ration constituée à 50 % d’herbe, que complètent des méteils, du maïs et du tourteau de soja ou de colza. L’aliment du commerce distribué au Dac du robot a aussi « très bien marché ». Du coup, les taux butyreux (42 g/kg) et protéique (33 g/kg) restent à bon niveau. Les vaches elles-mêmes ont changé. « Elles sont plus détendues. Souvent, elles donnent le plus de lait le dimanche, quand personne n’est là. Certaines sont devenues plus dociles, d’autres plus sauvages car elles nous voient moins souvent. » La « charge mentale » – le stress – liée à l’arrivée du robot, évoquée dans l’enquête de l’Aract Grand Est, épargne-t- elle totalement la famille Tallotte ? Ils semblent le penser. « Une seule fois en quatre ans et demi de fonctionnement, le robot a connu 12 heures d’arrêt sous alarme. Une fois par mois,on est vraiment dérangé, dont trois ou quatre fois par an la nuit, comme pour un vêlage. » Les frais de maintenance ? « Ils sont proportionnels au nombre de traites. Et au moins, maintenant, on les connaît. » N’ont-ils pas entendu parler d’éleveurs qui sont revenus à la salle de traite ? « L’échec avec un robot, c’est un concessionnaire qui n’est pas à la hauteur. Ou un éleveur qui ne s’adapte pas au robot. Jamais les vaches. » Benoît Contour

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