Se rémunérer entre 15 et 20 € de l'heure

Se rémunérer entre 15 et 20 € de l'heure

Les frères Pommereul, associés au sein du Gaec du Gros Chêne, se rémunèrent entre 15 et 20 € de l’heure travaillée. Ce critère de la rémunération de l’exploitant constitue selon Pascal Pommereul, la meilleure façon d’estimer la rentabilité d’une exploitation.

Pascal Pommereul et son frère placent la rémunération horaire au centre de leur conduite d’élevage, « 15 à 20 de l’heure net pour les 5 000 heures de travail annuel effectuées par notre binôme et ce, même lors de la campagne précédente durant laquelle notre lait nous a été payé 307 les 1 000 litres », souligne-t-il. Plus que l’EBE (1), c’est ce critère qui reflète la rentabilité d’une exploitation. « Toutes les heures nécessaires à la production des 805 000 litres de lait contractualisés auprès de notre transformateur et à la culture de nos 105 hectares de surface agricole utile dont 20 ha de céréales sont comptabilisées et ainsi indemnisées », certifie Pascal Pommereul qui précise : « Les industriels ou les centrales d’achat n’appliquent pas les mêmes règles comptables que les agriculteurs. Ils amortissent leurs investissements sur 2 ans, là où en élevage, le matériel s’amortit sur 7 ans ». Il rappelle également que « Certains jeunes agriculteurs vont même jusqu’à envisager de souscrire des prêts de carrière pour pouvoir s’installer ».

La délégation des travaux

Il est vrai que ces deux exploitants sont plus proches de la retraite que du début de leur carrière et que l’ensemble des moyens de production sont amortis. Il faut toutefois souligner que depuis les années 2000, ils ont bâti leur activité autour de cette cohérence. D’ailleurs, aujourd’hui plutôt que d’investir dans une mélangeuse automotrice, ils misent sur la Cuma (2) qui intervient sur l’exploitation à hauteur de 80 heures par an. Le coût de la prestation atteint 32 € par jour. Toujours dans cette optique, ils délèguent l’essentiel des travaux, notamment l’épandage des fumiers et des lisiers, et les travaux d’ensilage. Pour le reste, les travaux culturaux sont simplifiés grâce à un abandon des labours depuis déjà plus de 15 ans.

La vache facile à vivre grâce au croisement

Moins classique, l’élevage a misé sur le croisement pour élever des vaches plus rustiques et demandant moins de soin. Les frais vétérinaires (honoraire et produits compris) sont là pour en attester puisqu’ils atteignent 54 € par vache laitière soit 8 €/ 1 000 litres. En ce qui concerne les frais de reproduction, cette charge atteint 84 € par laitière soit 10 € / 1 000 litres. « En moyenne économique, les vaches produisent 7 700 litres », souligne l’éleveur qui précise tout aussi rapidement que le potentiel génétique est bien supérieur. Selon l’organisme de conseil en élevage Eilyps, la moyenne au contrôle laitier de l’élevage atteint 8 208 kg et est légèrement en deçà des 8 490 kg annoncés par les élevages Holstein d’Ille-et-Vilaine mais reste mieux placé que les 7 336 kg réalisés par les élevages de Montbéliarde. En ce qui concerne les taux, le Gaec du Gros chêne ressort à 43,3 g/l pour le TB(3) et 33,9 g/l pour le TP(4), des performances se situant au-dessus de la moyenne départementale. « Le potentiel génétique de notre cheptel ne s’exprime pas pleinement car notre système se révèle simplifié à l’extrême ». Ainsi, la préparation au vêlage est rudimentaire et omet l’apport de minéral spécifique. Les génisses sont également élevées à la dure. Elles rejoignent les taries aux paddocks. Malgré cela, les pathologies sont inexistantes. L’exploitation ne comptabilise pas de fièvre de lait, ni de retournement de caillette. Parallèlement, le nombre de mammites a considérablement chuté. La vache facile à vivre n’est pas un mythe mais une réalité. « J’ai commencé ma carrière avec des Holstein hautes productrices mais la sélection opérée dans les années 80 – 90 nous a failli du fait de la consanguinité et d’une sélection réalisée sur des critères ne reflétant pas les besoins de nos élevages, notamment en termes de morphologie et/ou de production. D’ailleurs, à l’époque, ma meilleure vache ayant dépassé les 100 000 kg de lait, se distinguait par une indexation génétique de – 33 ». C’est suite à la lecture d’un article de Jacques Boully, directeur de l’Upra Prim’Holstein, que l’éleveur s’est tourné vers le croisement. Après avoir tâtonné en utilisant la race Brune, il a appliqué la méthode Pro Cross sans discontinuité.

Erwan Le Duc

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(1) Excédent brut d’exploitation

(2) Cuma = coopérative d’utilisation du matériel agricole

(3) TB = taux butyreux

(4) TP = taux protéique

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