Vraies propriétés et fausses idées sur les acidifiants

Vraies propriétés et fausses idées sur les acidifiants

Peu utilisés en France, les acidifiants sont employés de façon quasi-systématique en Scandinavie sur les foins comme sur les ensilages. Certaines idées reçues freineraient leur développement. Petit jeu de Vrai & Faux sur les acides organiques.

Les acides organiques sont dangereux pour la santé : Vrai & Faux

Qui dit acide, dit pouvoir corrosif. Il faut donc éviter le contact avec la peau, les yeux ou les muqueuses. Toutefois, les acides organiques n’ont rien de comparables avec leurs cousins d’origine minérale puisqu’ils existent dans la nature. Rappelons au passage que le ruminant est un producteur naturel d’acide propionique, un des acides organiques utilisés pour conserver les fourrages. D’ailleurs, les acides organiques sont bien entendu autorisés en alimentation animale ainsi que par le cahier des charges de l’agriculture biologique et de certaines AOP. En matière réglementaire, ils appartiennent à la famille des additifs technologiques.

Les acides organiques corrodent les ensileuses : Faux
Les producteurs d’acides organiques commercialisent des mélanges tamponnés pour réduire les effets corrosifs de leurs préparations à appliquer sur les fourrages. Ils ont l’obligation réglementaire de présenter des résultats d’analyse de corrosion issus d’études normalisées en laboratoire. En Scandinavie, l’observation de vieilles ensileuses ou de presses équipées de matériel pour appliquer ces solutions sur les fourrages montre qu’il n’y a pas plus de traces de corrosion que sur des équipements non équipés de ces dispositifs. Reste à convaincre les Cuma comme les entrepreneurs de cette absence d’effet corrosif.
Leur utilisation nécessite de faire le plein régulier des pompes doseuses et ralentit le débit de chantier : Faux

En effet, grâce aux espaces prévus par les constructeurs, il est possible de charger directement un fût de 200 kg, parfois même un IBC(1), sur les ensileuses, comme sur les presses. Si les ensileuses ne sont pas équipées de pompes, il est possible d’appliquer l’acidifiant lors du passage du silo et d’équiper le tracteur en charge du tassage. Ainsi, sur le porte-masses à l’avant, l’installation de l’IBC ou d’au moins deux fûts est envisageable.

L’ensilage s’acidifie tout seul, le recours à un acidifiant n’est pas nécessaire : Vrai & Faux

Si l’ensilage s’acidifie seul, l’ajout d’acidifiant permet d’orienter les fermentations. À noter par ailleurs, que la descente rapide du pH favorisée par l’utilisation d’acides organiques arrête le développement des levures et moisissures, ce qui est fort appréciable. Rappelons que la perte de matière sèche induite est minime (3-4 % à 90 jours) dans le cas d’ensilages bien conservés alors qu’elle peut dépasser 10 %, parfois nettement plus lorsque la conservation n’est pas bonne.

Le foin sèche très bien tout seul, il n’a besoin de rien d’autre que le soleil : Vrai & Faux

Le séchage du foin peut se faire naturellement si les conditions météorologiques s’y prêtent. Malheureusement, depuis plusieurs années, la météo printanière s’est régulièrement montrée instable, laissant des fenêtres d’intervention réduites et incertaines. Les conditions météorologiques défavorables constituent le premier facteur de pertes aux champs. Celles-ci sont d’ordre nutritionnel et s’expliquent par le « lessivage » du fourrage (pertes de sucres et d’azote solubles, de certains minéraux ou oligo-éléments et de vitamines…). Les pertes peuvent également intervenir durant une éventuelle seconde période de séchage (β-carotène). Si les intempéries sont violentes, les fourrages de type légumineuses peuvent perdre leurs feuilles avec à la clé une augmentation de la valeur NDF/ADF(2) au détriment de la densité énergétique. Au global, de la fauche, au pressage, en passant par
le stockage, un foin peut perdre de 15 à 36 % de sa valeur énergétique et de 4 à 42 % de sa valeur protéique.
Le recours aux acidifiants permet de réduire ses pertes.

Les acidifiants sont chers : Vrai & Faux

Si l’éleveur s’arrête au coût à la tonne, l’utilisation d’acidifiants peut être qualifiée d’onéreuse. Par ailleurs, l’équipement complet pour appliquer les produits coûte entre 1 000 et 1 500 € pour une version éleveur et jusqu’à 3 000 et 4 000 € pour une version entrepreneur. L’acide propionique était vendu environ 2,50 €/l en 2010, ce qui revient à entre 10 et 12,50 € par tonne de foin. Comparé au coût d’une récolte en enrubannage se chiffrant entre 100 et 120 €/ha, le foin traité à l’acide propionique revient donc à deux fois moins cher pour une qualité supérieure. Celle-ci se traduira en effet par une production laitière améliorée et une consommation de
concentré réduite d’environ 500 kg. Enfin, fait non négligeable, l’acidifiant permet des économies de temps de
travail par rapport aux techniques de séchage en grange ou d’enrubannage. Une étude menée par Vet AgroSup,
a estimé cette réduction à une heure par hectare. Pour les ensilages, le coût des acidifiants est estimé à 6 € par
tonne de matière traitée. Au final, les acidifiants permettent d’améliorer la digestibilité des fourrages
et réduisent les pertes de matière sèche. En acidifiant rapidement les silos, ils réduisent les consommations de sucres constatées lorsque la descente du pH dure trop longtemps. Ils préservent donc le fourrage récolté.

Cet article est un extrait de Grands Troupeaux Magazine de mars 2018.

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