Boiteries maîtrisées au Gaec de la Rousselaie !

Les boiteries ont une origine complexe et multifactorielle. Les éleveurs du Gaec de la Rousselaie ont actionné plusieurs leviers pour maîtriser cette pathologie. Ils misent notamment sur des bactéries pour freiner l’expansion des tréponèmes, agents de la trop fameuse dermatite digitée.

Dans le nord de la Mayenne, les associés du Gaec de la Rousselaie ne manquent pas de projet. « Tous les deux ans, nous lançons une phase de travaux », résume Christian Piednoir, l’un des éleveurs. Après l’installation d’un méthaniseur, les travaux sur la porcherie, les éleveurs vont agrandir leur stabulation pour élever et traire 250 Normandes. « Nous allons mettre en place une conduite en deux lots : un premier sur aire paillée et l’autre sur logettes ». Les vaches vont ainsi retrouver un peu plus d’espace et de confort. À la tête d’un grand troupeau, les éleveurs du Gaec de la Rousselaie sont sensibles au bien-être animal. Les boiteries restent une problématique qui les a longtemps tourmentées.
« En achetant des animaux, nous avons importé la dermatite digitée. Nous avons essayé pas mal de choses pour nous en débarrasser: pédiluve, recours à un pareur, achat d’une cage de parage, sélection génétique… ».
Pour faire face à cette pathologie multifactorielle, les associés ont notamment essayé le Certiflore un produit à base de bactéries vivantes, à savoir une association de plusieurs souches de Bacillus subtilis et Lactococcus lactis. Celles-ci agissent sur le microbiote cutané du pied et freinentle développement des tréponèmes, bactéries responsables de la dermatite digitée. L’objectif poursuivi étant de stabiliser un microbiote « sain » et/ou d’orienter positivement un microbiote en constitution. Le produit s’applique sur les pieds, chaque semaine, lors de la traite, à l’aide d’un petit pulvérisateur électrique. Dans le roto de 24 places, l’un des trayeurs réalise le post-trempage et soigne également les aplombs des laitières.
Selon les éleveurs, ce traitement ne rajoute pas ou presque pas de temps à la traite, à peine 10 minutes de travail en plus.

UN ACCOMPAGNEMENT RÉGULIER

Les bactéries sont livrées par transporteur et stockées au congélateur. Le conditionnement en petits sachets est prévu pour 50 vaches. L’éleveur n’a plus qu’à diluer le contenu d’un sachet dans deux litres d’eau. Chaque semaine, les pattes arrière de toutes les vaches doivent être traitées. « Nous nettoyons les pattes au jet avant d’appliquer le produit. Dès le passage du jet, on peut savoir si la vache souffre de boiterie. » En sortie de salle de traite, les éleveurs ont organisé une zone de tri, positionnant au bout de cette aire une cage de parage ce qui permet une intervention immédiate.

Un colorant alimentaire, ajouté à la solution, permet de bien visualiser les pattes et les zones traitées pour ne rien laisser passer. Le protocole consiste à pulvériser la zone du talon des pieds arrière de toutes les vaches en lactation à raison d’une fois par semaine et de 20 ml de solution par pied. L’objectif étant de déposer un film bactérien sur les zones les plus sensibles. « Cette stratégie s’avère aujourd’hui payante. Nous avons le sentiment que l’accompagnement proposé par la société Nolivade est un atout conséquent et participe à mieux contrôler les boiteries. Les techniciens apportent un regard extérieur, complémentaire à nos observations ». Dès la mise en place du produit et tout au long du traitement, des experts Nolivade viennent évaluer l’évolution du nombre de boiteries. Pour ce faire, ils notent chaque animal selon la grille de notation « DairyCo Mobility Score » et utilisent l’application « Noliscore » qu’ils ont spécialement développée.
« En décembre 2018, à la mise en place de ce protocole, plus d’un animal sur deux souffrait de boiterie. En février 2019, 70 % des laitières étaient saines et en septembre dernier, 93 % des vaches ne manifestaient aucun trouble de la locomotion ».
Le coût annuel du traitement s’affiche à 40 € par vache. Les éleveurs mayennais ont appliqué le protocole avec rigueur, ce qui explique les bons résultats obtenus. Pour autant, ils ont continué à suivre les bonnes pratiques d’élevage et notamment le curage régulier. Ils utilisent aussi sans hésitation la cage de parage dès qu’une boiterie est constatée.
L’accès au pâturage a également été amélioré afin de réduire le risque de lésions traumatiques. Un chemin bétonné dessert désormais les zones de pâturage. En matière de sélection génétique, les exploitants portent une attention particulière aux index de santé des pieds. D’ailleurs, toutes les génisses font l’objet d’un génotypage afin d’estimer précocement leur potentiel et de corriger tout défaut dès le premier vêlage. Enfin, un parage systématique intervient en début de tarissement. « Aujourd’hui, le pareur n’intervient qu’à des fins préventives, alors qu’auparavant ses interventions étaient principalement à vocation curative. Les boiteries sont maîtrisées et le confort apporté par la nouvelle extension devrait encore améliorer la santé podale. »

Par Erwan LE DUC – Grands Troupeaux Magazine n°96 janvier-février 2022

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