« L’élevage français est en péril »

« L’élevage français est en péril »

Les attaques incessantes contre les productions animales doivent cesser, avertissent les fabricants d’aliments du bétail.

« L’élevage français est en péril car une minorité d’activistes s’en prend sans arrêt à la filière, de façon justifiée parfois, mais le plus souvent de manière irrationnelle. Bâtiments détruits, menaces sur les personnes : ces attaques sont inadmissibles », a fait valoir François Cholat (notre photo), président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia), le 28 août à Paris. « Il y a quelques années encore, quand une bétaillère s’arrêtait, les gens s’approchaient pour discuter ou caresser les animaux. Maintenant, les chauffeurs évitent le contact, de peur de se faire insulter ou agresser », explique-t-il, en substance. « Ajoutez à cela les difficultés économiques, et vous avez des éleveurs au bord de la rupture », ajoute le vice-président du Snia, Jean-Michel Boussit, directeur d’Axéréal élevage.

La méthanisation en question

Les fabricants d’aliments du bétail disent leur solidarité à l’égard des professionnels de l’élevage et insistent sur les efforts accomplis par leur profession sur les plans qualitatif et sanitaire depuis une vingtaine d’années : certification des usines et plans de surveillance mutualisés des contaminants (Oqualim), durabilité des approvisionnement en matières premières avec la charte Duralim (« objectif zéro déforestation en 2025 et zéro conversion en 2030 » pour le soja). Au passage, le président du Snia égratigne la méthanisation des coproduits agricoles ou alimentaires qui pourraient servir à nourrir les animaux plutôt qu’à la production de biogaz.

La sécheresse ne fait pas les ventes

Interrogé sur les conséquences de la sécheresse, le président du Snia a décrit des situations « très disparates » selon les zones, les difficultés les plus aiguës se concentrant en Auvergne-Rhône-Alpes. « La luzerne et la pulpe ne sont plus disponibles depuis juillet. On aura du mal à corriger une mauvaise ration de base. Mais s’il faut trouver des solutions, on ira les chercher ». Une pénurie de fourrages ne garantit pas des ventes record d’aliment du commerce. Ainsi, sa propre entreprise, la Maison François Cholat (Isère), spécialisée en ruminants, avait proposé à ses clients un aliment sécheresse en 2018, une année déjà compliquée sur le plan climatique. Deux éleveurs se sont partagé un camion, nous a-t-il confié.

Maintien des volumes en France…

L’industrie française de la nutrition animale (3e en Europe derrière l’Allemagne et l’Espagne) a produit 20,7 millions de tonnes d’aliments en 2018 (+0,6%), dans 314 usines, pour un chiffre d’affaires de 7,6 milliards d’euros et un résultat net moyen de 1% après impôts. Pour 2019, le Snia table sur un maintien global des fabrications, la bonne tenue des aliments bovins (+1,4% sur les cinq premiers mois de l’année) compensant le repli observé en volaille (-2,1%) en début d’année. L’aliment porc, en perte de vitesse, devrait bénéficier d’une conjoncture en nette amélioration depuis que la peste porcine africaine sévit en Chine. Pourvu, bien sûr, que la maladie, également présente en Belgique, ne franchisse pas la frontière… A cet égard, la Fédération européenne des fabricants d’aliments composés (Fefac) a diffusé, le 28 août, de nouvelles recommandations de biosécurité à ses adhérents.

… mais pas dans l’UE

En début d’année, la Fefac se disait « plutôt pessimiste » concernant les fabrications d’aliments composés industriels en 2019 dans l’UE, et anticipait un repli global de l’ordre de 0,5%. En bovins, la demande en aliments a été relativement élevée au cours des trois dernières années, stimulée par la sortie des quotas laitiers. « En supposant des conditions normales de croissance du fourrage, la demande d’alimentation pour le bétail diminuerait de 2%. » Mais c’était avant la sécheresse et les canicules… En ce qui concerne le secteur porcin, la réduction du nombre de truies au 1er semestre « devrait peser sur la demande d’aliments pour porcs et une réduction de la demande d’aliments composés pour animaux de 0,5% peut être anticipée ». En volaille, « si l’UE parvient à maintenir ses niveaux d’exportation et à s’appuyer sur une consommation interne toujours croissante, on peut s’attendre à une croissance de 1% des aliments pour volaille ».

Benoît Contour

A télécharger : La lettre mensuelle de conjoncture Snia-Coop de France (juillet 2019)

A télécharger : Les abattages de bovins décrochent en juin et juillet 2019 (ministère de l’agriculture, 30 août 2019)

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