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« Avec le photovoltaïque, il ne faut pas faire n’importe quoi » 

Chez Patrick Clamagirand, éleveur à Parlan, dans le sud du Cantal, les panneaux photovoltaïques installés sur le toit du bâtiment laitier ont généré des nuisances électriques via les prises de terre. Un problème qui a duré sept longues années avant d’être identifié et corrigé.

À 61 ans, Patrick Clamagirand prépare sa retraite. Installé depuis ses 18 ans sur la ferme parentale, il a misé avec ses quatre associés sur la diversité des productions. Le cheptel de 220 mères regroupe des bovins allaitants (Aubrac) et des laitières, auquel s’ajoutent les génisses de renouvellement et quelques jeunes buffles pour valoriser les prairies difficiles d’accès. Un atelier de transformation du porc vient compléter l’activité. Une diversité assortie en 2007 d’un projet séduisant : produire de l’électricité grâce au photovoltaïque. « Je suis un fervent défenseur des énergies renouvelables mais leur installation doit être maîtrisée »

Du photovoltaïque pour compenser le prix du lait

Ce projet est aussi vu comme un moyen de « compenser un prix du lait peu rémunérateur ». Les panneaux photovoltaïques vont donc recouvrir quatre bâtiments de la ferme, dont la stabulation des laitières, « réorientée » pour qu’elle ait une exposition plein sud. « Les panneaux sont mis en route en janvier 2010. Le bâtiment des laitières pose tout de suite des problèmes. Les bêtes sont désorientées et s’agglutinent sur 50 mètres alors qu’elles ont 75 mètres de longueur de bâtiment ». Prostrées, certaines vaches ne veulent plus sortir et se laissent dépérir. « Je les tarissais puis je les mettais ailleurs pour qu’elles se retapent ». Avec ce nouveau bâtiment, l’objectif est de porter progressivement l’effectif à 120 vaches. « Là, ça a empiré. Nous sommes montés à un million de cellules ». Les veaux attrapaient des diarrhées. « Sur 200 vêlages, je perdais une trentaine de jeunes dans les quinze premiers jours »

Un retour après les corrections électriques 

Alimentation, eau, curage des aires paillées une fois par semaine, révision de la ventilation, vérification de la salle de traite, conduite du troupeau : à 50 ans passé, l’éleveur se remet en cause et passe en revue tous les paramètres d’élevage sans constater d’amélioration : « Tous les matins je me disais : je suis nul ! ». En 2017, à bout de force, il réunit son vétérinaire, Rémi Barberet, et le technicien de coopérative des Fermes de Figeac, Jean-Louis Cassagne : « il faut trouver une solution ». Ce dernier, « très sensibilisé à l’électromagnétisme », fera intervenir un vétérinaire géobiologue, Philippe Arzul. « Le spécialiste identifie une faille traversant le bâtiment et sur laquelle reposent les onduleurs. Le retour de l’électricité se faisait à la terre des onduleurs ». Avec un disjoncteur général coupé, « la mesure de courant sur la prise de terre électrique principale indiquait 20 milliampères (mA) alors qu’elle aurait dû être à zéro. La solution a consisté à séparer la terre des onduleurs de la terre principale et à l’envoyer sur un endroit distant de plus de 50 mètres et en zone neutre, c’est-à-dire pas sur une faille tellurique », précise Philippe Arzul, également directeur technique ruminant au sein de la société Vitalac. Quatre mois après les travaux, les vaches retrouvent des couleurs. Le nombre de cellules retombe à 190 000. « J’avais 30 mammites par mois, aujourd’hui une seule. » Et désormais, le lait s’offre des extras en super A. « J’ai une pensée pour la directrice de Cilaisud (collecteur NDLR) qui a tout fait pour qu’il n’y ait pas d’arrêt de collecte »

Prévention

En 2007, une cinquantaine d’éleveurs de la région s’étaient engagés avec Patrick Clamagirand dans ce projet d’énergie renouvelable. « Nous étions des précurseurs. On nous disait qu’il n’y avait aucun problème avec le photovoltaïque. Or, j’étais le seul à avoir posé les onduleurs dans le bâtiment. Tout ça aurait pu être évité si un géobiologue était intervenu avant pour déterminer leur emplacement. Chaque bâtiment a sa spécificité, ça ne s’improvise pas »

Nathalie Barbé

 

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