Nutrition : le sorgho pourrait remplacer 90 % du maïs

Plus résistant à la chaleur et à la sécheresse que le maïs, le sorgho pourrait contribuer à sécuriser l’approvisionnement européen en aliments pour le bétail. Une étude prospective de l’Inrae montre que son potentiel de production pourrait progresser dans le nord de l’Europe, malgré des rendements attendus en baisse dans le sud.

Encore marginal en Europe, où il occupe environ 0,1 % des terres arables, le sorgho pourrait prendre une place plus importante dans les assolements face au changement climatique. Sa meilleure tolérance aux températures élevées et ses besoins généralement plus faibles en eau et en engrais que le maïs en font une culture intéressante pour diversifier les ressources destinées à l’alimentation animale. Cette culture est fréquemment cultivée dans des zones arides, avec environ 47 % de sa production mondiale en Afrique et 17 % aux États-Unis.  Des chercheurs ont étudié les possibilités d’expansion du sorgho en Europe, en tenant compte des conditions climatiques actuelles et de différents scénarios de réchauffement d’ici à la fin du siècle. Pour estimer son potentiel, ils ont développé un modèle d’apprentissage automatique à partir de données historiques de rendements collectées à l’échelle départementale en France, en Italie, en Espagne et aux États-Unis.

Un potentiel en hausse dans le nord de l’Europe
Les résultats mettent en évidence des évolutions contrastées selon les régions. Dans la quasi-totalité des scénarios climatiques étudiés, les rendements du sorgho diminueraient dans le sud de l’Europe, avec des baisses pouvant atteindre 1,5 t/ha d’ici à la fin du siècle. À l’inverse, ils pourraient progresser jusqu’à 3 t/ha dans le nord du continent.  Selon le scénario de changement climatique considéré, le rendement moyen global prévu du sorgho devrait passer de 3 t/ha dans les conditions climatiques actuelles à une valeur moyenne comprise entre 3,4 et 3,8 t/ha à l’horizon 2050-2100. Les zones géographiques combinant des rendements élevés et stables pourraient passer de 22 % des terres cultivées européennes dans les conditions climatiques actuelles à une fourchette comprise entre 29 % et 34 % d’ici la fin du siècle.

Ces projections suggèrent que le réchauffement climatique pourrait déplacer une partie du potentiel de production du sorgho vers les régions septentrionales. Elles soulignent aussi la nécessité d’adapter les choix culturaux aux conditions locales, le sorgho ne présentant pas les mêmes perspectives dans toute l’Europe.

Une culture complémentaire du maïs
L’étude a également évalué la capacité du sorgho à remplacer le maïs actuellement utilisé pour l’alimentation animale. Selon les simulations, une culture de sorgho tous les trois ans permettrait de produire un volume équivalant à au moins 90 % du maïs européen destiné à cet usage.

Ce résultat met en évidence un potentiel important de diversification des cultures d’été. Il ne signifie toutefois pas que le sorgho puisse se substituer systématiquement au maïs dans toutes les régions ou dans toutes les rations. Les conditions pédoclimatiques, les rendements obtenus et les caractéristiques nutritionnelles des récoltes restent à prendre en compte. Pour les élevages, le développement du sorgho pourrait contribuer à diversifier les ressources fourragères et les matières premières disponibles, tout en limitant l’exposition des systèmes de production au stress hydrique et thermique. Son intérêt dépendra néanmoins de sa capacité à fournir des rendements réguliers et à s’intégrer dans les rotations.

 

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