Canicule : la Bretagne sous pression

La vague de chaleur qui a touché la Bretagne entre le 18 et le 28 juin 2026 restera comme un événement climatique majeur pour les éleveurs. Selon la Chambre d’agriculture de Bretagne, cet épisode a constitué un record régional avec cinq jours consécutifs au-dessus de 29 °C en température moyenne agrégée, jour et nuit confondus. Localement, les thermomètres ont dépassé les 40 °C, atteignant même 41,8 °C à la station de Thehillac dans le Morbihan.

Cette canicule précoce intervient dans un contexte déjà défavorable. Après un hiver particulièrement humide, les mois de mars et d’avril ont été marqués par une forte sécheresse. Les températures enregistrées depuis le début de la campagne agricole sont supérieures aux normales de saison de 7 % dans l’ouest breton et de 14 % dans l’est de la région.

Des baisses de production dans les élevages

Les élevages bovins ont été fortement touchés par le stress thermique. Les vaches laitières ont réduit leur consommation alimentaire pour limiter leur production de chaleur corporelle, entraînant une baisse des performances laitières observée dans de nombreuses exploitations. Les animaux les plus fragiles, notamment les vaches en fin de gestation, les femelles venant de vêler et les jeunes animaux, ont été particulièrement affectés. Des cas de surmortalité ont été signalés dans plusieurs élevages bretons. Si les pertes ont été plus importantes dans les filières avicole et porcine, les ruminants n’ont pas été épargnés. Dans l’Ouest, la collecte a baissé de 10 % selon un collecteur coopératif. L’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique sont les départements les plus touchés. Les taux de matière protéique dans le lait se sont effrondés dans certains élevages.

Les éleveurs rapportent également des perturbations de la reproduction avec une expression des chaleurs moins visible et une dégradation des résultats de fertilité.

Les prairies accusent le coup

Les conséquences sont également visibles dans les systèmes fourragers. Entre le 1er février et le 1er juillet 2026, la pousse cumulée de l’herbe en Bretagne est inférieure de 8 % à la moyenne observée entre 2010 et 2025. Cette moyenne masque d’importantes disparités territoriales. Le déficit atteint 9 % dans les zones les plus sèches et jusqu’à 14 % dans les secteurs intermédiaires. Après un rebond temporaire lié aux pluies du mois de mai, la croissance des prairies s’est brutalement effondrée sous l’effet de la canicule de juin. Les bonnes conditions de récolte ont toutefois permis de constituer des stocks de fourrages de qualité satisfaisante. Les inquiétudes portent désormais sur les repousses estivales.

Une crise logistique liée à la surmortalité

La canicule a également révélé les limites du système d’équarrissage. Face à l’afflux de cadavres d’animaux et à l’arrêt programmé de l’usine de Plouvara, plus de 5 600 tonnes de cadavres, principalement de volailles et de porcs mais également de quelques ruminants, ont dû être enfouies dans les exploitations selon des procédures exceptionnelles encadrées par l’État. Cette situation a mobilisé pendant plusieurs jours les services de l’État, les interprofessions et les organisations agricoles afin d’éviter une crise sanitaire.

Des épisodes appelés à devenir plus fréquents

Selon Météo-France, la France a connu 52 vagues de chaleur depuis 1947. Fait marquant, les deux tiers de ces épisodes se sont produits depuis le début du XXIe siècle. La moitié des vagues de chaleur recensées sont survenues après 2010. Les projections climatiques indiquent qu’à l’horizon 2050, dans un scénario de réchauffement de +2,7 °C, le nombre de jours de canicule pourrait être multiplié par cinq. À l’horizon 2100, dans une France à +4 °C, il pourrait être multiplié par dix.

Pour les élevages bovins bretons, la canicule de 2026 constitue un avertissement. Modernisation des bâtiments, amélioration de la ventilation, sécurisation de l’abreuvement, développement de l’ombrage et adaptation des systèmes fourragers figurent désormais parmi les principaux leviers d’adaptation face à des épisodes extrêmes appelés à se répéter.

Erwan Le Duc

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Dans un communiqué commun, la Fédération nationale bovine (FNB), la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la Fédération nationale ovine (FNO) et la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (FNEC) alertent sur une situation économique et climatique jugée particulièrement préoccupante.