Les systèmes herbagers sécuriseraient davantage le revenu

Sur dix ans, les fermes laitières en agriculture durable suivies par le Réseau Civam ont dégagé en moyenne 8 500 € de revenu disponible supplémentaire par associé et par an par rapport aux exploitations du RICA. L’observatoire technico-économique 2026 souligne l’intérêt économique des systèmes herbagers pâturants, fondés sur une meilleure maîtrise des charges, malgré des volumes de lait inférieurs.

L’observatoire technico-économique de Réseau Civam compare les résultats des exploitations laitières en agriculture durable (AD) du Grand-Ouest avec ceux des fermes spécialisées en bovins lait suivies par le Réseau d’information comptable agricole (RICA). L’édition 2026 porte notamment sur les résultats de 2024 et les évolutions observées entre 2014 et 2024. En 2024, les exploitations moyennes du RICA ont produit 632 851 litres de lait, contre 449 204 litres pour les fermes AD non biologiques et 295 373 litres pour les fermes AD biologiques. La production par vache atteint respectivement 7 282 litres, 5 860 litres et 4 523 litres. Les prix moyens du lait présentés dans l’étude s’établissent à 490 €/1 000 litres pour le RICA, 471 €/1 000 litres pour les fermes AD non bio et 514 €/1 000 litres pour les fermes AD bio. Malgré ces écarts de volume, les différences de résultats économiques sont nettement plus limitées. Le produit d’activité par actif atteint 194 939 € dans l’échantillon RICA, contre 130 803 € dans les fermes AD non bio, soit un écart de 33 %. Mais la valeur ajoutée par actif, qui mesure la richesse créée après déduction des biens et services consommés, s’établit à 96 969 € dans le RICA et à 69 652 € dans les fermes AD non bio. L’écart se réduit ainsi à 15 %. Cette différence s’explique notamment par une moindre consommation d’intrants. Pour 100 € de produits, les exploitations du RICA dégagent 35 € de valeur ajoutée, contre 44 € pour les fermes AD non bio, soit une efficacité économique supérieure de 25 %.

Le résultat courant par associé reste, lui, proche entre les deux catégories : 37 370 € dans le RICA et 35 310 € dans les fermes AD non bio. Ces dernières parviennent ainsi à dégager un résultat comparable avec un produit d’activité inférieur et un outil de production moins capitalisé.

8 500 € de revenu disponible supplémentaire par an

L’analyse sur dix ans confirme l’intérêt de cette stratégie économique. Entre 2014 et 2024, les exploitations en agriculture durable ont dégagé en moyenne 8 500 € de revenu disponible supplémentaire par associé et par an par rapport aux fermes du RICA. Sur l’ensemble de la période, l’écart cumulé atteint 93 635 € par associé. Rapporté au volume de lait produit, le revenu disponible moyen des systèmes herbagers pâturants est 2,2 fois supérieur à celui des fermes du RICA. Selon les années, le rapport varie de 1,2 à 7,2. Ces résultats traduisent une moindre dépendance aux variations du prix du lait et des cours des matières premières, notamment les engrais, l’énergie et les aliments protéiques. L’année 2022 constitue toutefois une exception. La forte hausse du prix du lait a permis aux exploitations du RICA, davantage orientées vers les volumes, de rattraper, voire de dépasser ponctuellement, les revenus des fermes AD. Cette performance dépend cependant de conditions de marché favorables qui ne se retrouvent pas nécessairement chaque année.

Des investissements plus contenus

L’évolution du capital d’exploitation sur la décennie renforce cette différence de stratégie. Entre 2014 et 2024, en euros constants, le capital a augmenté de 247 000 € dans les fermes du RICA, dont 153 000 € entre 2021 et 2022. La hausse atteint 176 000 € dans les fermes AD non biologiques, mais seulement 26 000 € dans les fermes AD biologiques. Cette progression plus limitée du capital dans les systèmes AD contribue à contenir les besoins de financement et les charges liées à l’outil de production. Elle s’inscrit dans une approche privilégiant l’autonomie alimentaire, le pâturage et la maîtrise des consommations intermédiaires plutôt que l’augmentation systématique des volumes. La dispersion des résultats courants en 2024 montre néanmoins que les moyennes masquent des situations individuelles contrastées. Dans l’échantillon RICA, le résultat courant varie de −41 000 à +227 000 € par associé. L’amplitude est comprise entre 0 et 84 000 € pour les fermes AD non bio et entre −23 000 et +101 000 € pour les fermes AD bio. Les résultats des fermes AD non bio sont donc plus resserrés, même si les situations déficitaires ne sont pas exclues, notamment en agriculture biologique.

Davantage d’emplois par unité de surface

Les différences concernent aussi l’emploi agricole. En 2024, les fermes laitières du RICA mobilisent en moyenne 2 UTH par km², contre 2,3 UTH par km² dans les systèmes en agriculture durable, soit une densité d’emploi supérieure de 15 % pour ces derniers. À surface équivalente, une généralisation de cette densité d’emploi aux exploitations laitières du Grand-Ouest représenterait 5 538 actifs agricoles supplémentaires, selon les estimations de l’observatoire. Pour Réseau Civam, ces résultats invitent à ne pas mesurer la performance des exploitations uniquement au volume de lait produit ou à la productivité du travail. La maîtrise des charges, le revenu dégagé par associé, le niveau d’investissement et la capacité à maintenir des emplois constituent également des indicateurs déterminants de la viabilité économique à long terme.
Erwan Le Duc

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