La bataille des tarifs 2021

La prise en compte des coûts de production dans la fixation des tarifs 2021 de la grande distribution ne va pas de soi, constatent les ministères de l’agriculture et de l’industrie aussi bien que la FNSEA ou les JA.

Les ministres de l’agriculture, Julien Denormandie, et de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, ont réuni, le 29 janvier, le comité de suivi des relations commerciales qui rassemble les représentants des producteurs, des transformateurs et des distributeurs. « Alors que les négociations commerciales annuelles battent leur plein et doivent être conclues d’ici le 1er mars, celui-ci a fait émerger d’importantes divergences entre l’analyse de la situation par les transformateurs d’une part et les distributeurs d’autre part », indiquent les deux ministères dans un communiqué. « Même si la situation est différente entre enseignes, plusieurs points sont inquiétants. C’est le cas de la difficulté de prise en compte de l’augmentation des coûts de production dans un certain nombre de filières agricoles. La proportion des conventions déjà signées à ce jour demeure faible, en particulier en ce qui concerne les grands groupes. Par ailleurs, certains comportements interrogent quant à leur conformité à la loi. Dans ce contexte, les ministres ont annoncé un renforcement des contrôles de la DGCCRF et des moyens de la médiation, afin de faire en sorte que le consensus obtenu à l’issue des Etats généraux de l’alimentation et transcrit dans la loi Egalim se traduise dans les négociations commerciales en cours. Il en va de notre souveraineté alimentaire. »

Les produits laitiers, secteur « pilote »

« Ces constats montrent également la nécessité de réfléchir sur les outils à développer à moyen terme pour faciliter ces négociations et sortir des confrontations stériles. C’est tout le sens des premières recommandations de la mission de Serge Papin qui avaient été présentées en décembre 2020 et commencent à être mises en œuvre : développement d’un outil de transparence, à titre pilote sur les produits laitiers, pouvant être utilisé pour objectiver l’impact des tarifs pratiqués sur la « cour de ferme » ; mise en place d’une mission confiée à la commission d’examen des pratiques commerciales (CEPC) sur les voies et moyens du passage de négociations annuelles à des discussions pluriannuelles porteuses de partenariats, qui commencera ses travaux en mars prochain. »

« Les mauvaises habitudes reviennent au galop » (FNSEA, JA)

« Nous déplorons à nouveau l’attitude irresponsable de la grande distribution », estiment la FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) dans un communiqué diffusé à l’issue du comité de suivi des relations commerciales. « En raison de la fermeture de la restauration hors domicile et du report d’achat, les panelistes (Iri, Nielsen) publient des hausses très importantes de chiffre d’affaires de la grande distribution (+6,3%) pour l’année 2020 qui ont nécessairement engendré une évolution positive des masses de marges, d’autant que l’Insee, pour sa part, chiffre la hausse des prix alimentaires à +2%. Au global, ce sont des sommes considérables captées par les enseignes depuis 2019. »

« En parallèle, nous déplorons des demandes de déflation de la part de ces mêmes enseignes, alors que les cours de certaines matières premières augmentent (+20% pour les céréales, +25% sur le soja) et renchérissent considérablement le coût de l’alimentation animale pour tous les éleveurs. Il est indispensable que ces hausses de coût de production soient répercutées dans les CGV (Conditions Générales de Vente), c’est l’esprit même de la construction des prix en marche avant sur la base des indicateurs, qui est la pierre angulaire de la Loi Alimentation. La hausse de tarifs demandée dans les CGV par les industriels aux distributeurs est pleinement justifiée et ne doit pas être balayée d’un revers de la main par les distributeurs. Il s’agit de la suite logique de la construction du prix en marche avant. »

« Nous saluons les propos très fermes des deux ministres qui ont dénoncé les comportements cyniques des distributeurs dont les récentes promotions insultantes ont été dénoncées par de multiples acteurs. Il est indispensable que la raison revienne d’ici la clôture des négociations commerciales. Alors même qu’il y a un an, nous fondions quelque espoir en matière de comportement des acheteurs et de tarifs orientés à la hausse, force est de constater que les mauvaises habitudes reviennent au galop. C’est pourquoi nous soutenons la mission de médiateur du Gouvernement confiée à Serge Papin pour plus de transparence et saluons la mise en place du site internet signalement@agriculture.gouv.fr qui permettra une transmission directe de toutes les pratiques abusives et délictueuses constatées lors des négociations. »

BC

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