Comment renforcer la compétitivité des exploitations laitières

L’analyse des exploitations spécialisées en bovins lait met en évidence une situation contrastée pour la France face à ses principaux concurrents européens. Si le modèle français repose majoritairement sur des exploitations de taille intermédiaire, plusieurs facteurs techniques et économiques limitent leur compétitivité, en particulier lorsque la dimension économique augmente. 

Anne Dufour et Alessandra Kirsch, toutes deux inspectrices au CGAAER(1), ont comparé la productivité des exploitations laitières françaises à celles installées aux Pays-Bas, en Pologne ou en Allemagne.  Leur rapport constate que le modèle laitier français se révèle dominé par les exploitations de taille intermédiaire. Ainsi, en France, 83 % des exploitations laitières spécialisées présentent une production brute standard (PBS) comprise entre 100 et 500 k€, générant à elles seules 80 % de la production. Cette structuration contraste avec l’Allemagne et surtout les Pays-Bas, où les grandes exploitations sont plus nombreuses et concentrent une part beaucoup plus importante de la production.

Les exploitations de grande taille (PBS supérieure à 500 k€) sont ainsi deux fois plus fréquentes en Allemagne et cinq fois plus nombreuses aux Pays-Bas qu’en France, où leur développement reste plus limité.

Des performances économiques correctes… puis un décrochage

Dans la classe économique 100-250 k€, les exploitations françaises affichent des résultats globalement comparables à leurs homologues européennes. Leur excédent brut d’exploitation demeure supérieur à celui observé en Pologne et aux Pays-Bas, bien que restant inférieur au niveau allemand. Cependant, la situation se dégrade dans la classe 250-500 k€. La progression des résultats économiques français apparaît insuffisante pour maintenir la compétitivité face aux autres pays. L’Allemagne et la Pologne enregistrent une hausse beaucoup plus marquée de leurs performances, aboutissant à des revenus presque deux fois supérieurs dans certains cas.

Ce décalage s’explique notamment par un niveau d’investissement et d’endettement plus élevé en France, qui pèse sur le revenu courant avant impôt.

Une efficience moyenne insuffisamment compensée par la productivité

L’efficience économique des exploitations françaises reste stable mais moyenne. Contrairement à l’Allemagne, où une forte productivité compense une efficience intermédiaire, ou à la Pologne, caractérisée par une excellente efficience, la France ne parvient pas à équilibrer ces deux dimensions. La productivité du travail et des animaux, correcte dans les exploitations les plus petites, devient insuffisante lorsque la taille économique augmente.

Des structures de troupeaux favorables mais une production par vache insuffisante

Le nombre de vaches par exploitation est relativement élevé en France, sans pour autant générer une intensification comparable à celle observée chez les concurrents. Le chargement reste plus faible, en lien avec des surfaces agricoles plus importantes. La principale faiblesse réside dans la production laitière par vache. Les rendements français demeurent inférieurs à ceux de l’Allemagne et des Pays-Bas, et l’écart se creuse dans les classes économiques supérieures. La part de vaches en production dans le troupeau est également plus faible, ce qui limite la productivité globale.

Un prix du lait plus stable mais moins favorable

La rémunération du lait constitue un autre facteur explicatif majeur. Si le prix français est historiquement plus stable, il profite moins des phases haussières des marchés, notamment lors des envolées du beurre et de la poudre de lait. La composition du lait, moins riche en matière grasse et protéique que celle observée en Allemagne ou aux Pays-Bas, accentue cet écart. Au final, le produit généré par vache demeure parmi les plus faibles du groupe étudié.

Des charges spécifiques maîtrisées mais des frais généraux pénalisants

Les exploitations françaises présentent une bonne maîtrise des charges directement liées au troupeau, grâce notamment à une autonomie fourragère élevée. En revanche, les frais généraux sont plus importants, en particulier les coûts de mécanisation, d’entretien et le recours aux entreprises de travaux agricoles. Cette situation est liée à la présence de surfaces cultivées plus importantes et pèse sur l’efficience globale.

Travail et aides : des avantages partiels

La productivité physique du travail reste satisfaisante dans les exploitations intermédiaires, mais elle se dégrade dans les structures plus grandes. La Pologne bénéficie d’un avantage marqué sur le coût du travail salarié. La France conserve néanmoins un atout important : un niveau d’aides plus élevé, lié notamment à ses surfaces agricoles et à certains dispositifs spécifiques.

L’effet taille ne suffit pas à rattraper le retard

L’augmentation de la taille économique améliore les résultats des exploitations françaises, en particulier au-delà de 500 k€ de PBS. Toutefois, ce gain reste insuffisant pour combler l’écart avec les concurrents européens. La productivité par vache demeure le principal facteur limitant. Dans les grandes exploitations, les vaches allemandes et néerlandaises produisent en moyenne 1 200 litres de lait supplémentaires par animal, ce qui représente un différentiel économique majeur.

Erwan Le Duc

(1) Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux

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