Des « enjeux majeurs » à concrétiser

La reconduction d’Emmanuel Macron à l’Elysée est saluée par la FNSEA et JA, tandis que la Confédération paysanne se montre sans illusion.

« Souveraineté alimentaire en France et en Europe » (FNSEA)

« La FNSEA adresse ses félicitations à Emmanuel Macron pour sa réélection à la Présidence de la République. Le choix d’une France forte, portant une ambition pour l’Union européenne a prévalu et nous nous en félicitons », écrit le syndicat majoritaire dans un communiqué.

« Les enjeux de ce quinquennat sont majeurs pour notre pays : enjeux économiques, enjeux environnementaux, enjeux sociaux et enjeux sociétaux… Les fractures profondes qui sont apparues ces dernières années en France et qui ont marqué le scrutin présidentiel, notamment la fracture de la ruralité mise en exergue dans notre manifeste « Pour des ruralités vivantes », avec 40 acteurs de la ruralité, appellent des réponses vigoureuses. La FNSEA, en tant que corps intermédiaire, assumera pleinement son rôle pour porter des propositions constructives en ce sens. »

« Pour l’agriculture, la FNSEA appelle solennellement le Président de la République à considérer l’acte de production alimentaire sur notre territoire à sa juste valeur. La crise sanitaire et la guerre en Ukraine ont rappelé l’importance du retour à la souveraineté alimentaire en France et en Europe. »

« Dans cet objectif, la FNSEA a proposé 30 mesures lors de la campagne électorale. Ces mesures s’inscrivent dans une ligne claire : produire sur nos territoires pour nourrir les populations, pour réussir les transitions agroécologiques et pour apporter des solutions à la lutte contre le réchauffement climatique. C’est ainsi que sera donné à nouveau aux jeunes le goût de s’installer et d’assurer le renouvellement des générations. »

« Ce projet, qui permettra aux femmes et aux hommes qui s’engagent en agriculture de vivre dignement, de s’épanouir et d’être reconnus dans leur travail pour la mission nourricière de l’agriculture, mission première s’il en est, mérite des réformes courageuses et des décisions pragmatiques. »

« Nous attendons du Président de la République qu’il confie au prochain ministre de plein exercice en charge de l’agriculture et de l’alimentation la mise en œuvre de ces 30 propositions pour que l’agriculture soit en mesure d’apporter sa contribution essentielle à la souveraineté alimentaire et à la souveraineté énergétique de la France et pour qu’il puisse peser auprès de l’Union européenne pour remettre sur la table des discussions du pacte vert européen, l’objectif de production durable sur nos territoires. »

« Persuadée que l’agriculture est une chance pour la France, la FNSEA sera, tout au long de ce mandat, un interlocuteur loyal, responsable et exigeant, portant la voix des agriculteurs dans tous les débats pour défendre et promouvoir la vision d’une agriculture française forte, audacieuse et durable. »

« De nouvelles opportunités pour la jeunesse » (JA)

« Alors que s’achève le temps de la campagne présidentielle, Jeunes Agriculteurs souhaite saluer la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Nous avons été particulièrement attentifs aux propositions de chacun durant cette période et avons pu promouvoir l’ensemble de nos propositions aux différents candidats. De nouvelles opportunités s’ouvrent pour la construction de projets d’avenir pour l’agriculture et sa jeunesse, et notamment face aux impératifs de renouvellement des générations, de souveraineté alimentaire et de transition agroécologique. Nous serons très vigilants sur l’ensemble de ces points », écrit JA dans un communiqué.

« Le candidat Emmanuel Macron avait notamment précisé la perspective d’une loi d’orientation et d’avenir pour l’agriculture que nous appelions de nos vœux. En effet, nous avions formulé un projet en cinq axes pour le renouvellement des générations : promouvoir nos métiers auprès des publics cibles, miser sur une formation professionnelle et technique de qualité, faciliter l’installation et la reprise de fermes par un point d’entrée unique, accompagner les transmissions d’exploitations dans le cadre des nombreux départs à la retraite attendus d’ici 2027, préserver les terres agricoles et en faciliter l’accès pour les porteurs de projet. Nous serons déterminés à ce que la loi promise par le président réélu comporte l’intégralité de ces cinq sujets, en plus de l’innovation mentionnée lors du Grand Oral Agricole du Conseil de l’Agriculture Française. »

« Alors que s’ouvre désormais la période des élections législatives, nous souhaitons promouvoir nos idées dès aujourd’hui, et Jeunes Agriculteurs sera un acteur vigilant et proactif pour faire avancer la cause nationale d’avoir une jeunesse agricole plus nombreuse, mieux accompagnée et toujours innovante. Nous restons également mobilisés sur les dossiers déjà engagés, comme la défense d’un revenu digne ou la lutte contre les importations distorsives, qui ont été beaucoup débattues et que nous voulons aujourd’hui voir se concrétiser. »

« Les impacts de la guerre en Ukraine demeurent également au cœur de nos préoccupations, notamment une hausse inédite des charges qui a eu pour conséquence la mise en œuvre d’un plan de résilience et la réouverture des négociations commerciales, mais qui questionnent également quant aux enjeux de production sur notre sol. Sur tous ces sujets, JA reste mobilisé et sera un partenaire exigeant mais constructif lors de ce nouveau quinquennat. »

« Je félicite Emmanuel Macron pour sa réélection. Du fait de la pyramide des âges, les cinq prochaines années seront décisives pour assurer les conditions du renouvellement des générations tout en étant plus innovants et durables. JA restera un partenaire exigeant, mobilisé et constructif », déclare Samuel Vandaele, président de JA.

« Ne pas perdre encore cinq années » (Conf’)

« La transition agroécologique et le renouvèlement des paysan.nes exigent de ne pas perdre encore cinq années », écrit la Confédération paysanne dans un communiqué. « Réélu grâce à la mobilisation citoyenne contre Marine Le Pen, Emmanuel Macron entame un second mandat. Dont acte. A la veille du premier tour, nous avions dit en quoi notre projet d’agriculture paysanne, en capacité de répondre aux urgences sociales et environnementales, est aux antipodes du néolibéralisme antisocial et antiécologique, obstacle à la mise en œuvre de politiques égalitaires et émancipatrices. »

« Le bilan agricole du précédent quinquennat est catastrophique : la promesse d’une loi foncière ambitieuse a accouché d’une souris ; les deux lois Egalim, dépourvues d’outils de régulation, n’ont évidemment rien réglé aux problèmes de revenu des paysans.nes ; une nouvelle Pac dite de la « stabilité» arcboutée sur des aides à l’hectare avec un plan stratégique national dont le peu d’ambition agro-environnementale est dénoncé jusque dans les rangs de la Commission européenne ; aucun investissement dans la formation et l’installation alors que, dans huit ans, la moitié du monde agricole partira à la retraite ; les mégabassines comme réponse aux enjeux de transition et d’adaptabilité de l’agriculture face à la raréfaction de l’eau ; une gestion catastrophique et dogmatique de la plus grave crise de grippe aviaire jamais survenue en France… La liste est bien trop longue. »

« La responsabilité face aux enjeux de transition agroécologique et de renouvèlement paysan oblige de ne pas perdre cinq années supplémentaires. Il est donc impossible de repartir dans la cogestion gouvernement-FNSEA, portée à son paroxysme dans le précédent quinquennat. La ou le futur ministre de l’agriculture devra donc s’extraire de ce seul tête à tête. »

« La Confédération paysanne a des propositions qui ne sont ni la robotique, ni le numérique, ni la génétique, ni le « produire plus ». L’enjeu principal pour le monde agricole est de s’attaquer aux ravages du néolibéralisme et protéger économiquement les paysan.nes pour installer massivement, imposer une répartition équitable des richesses et permettre l’accès de toutes et tous à une alimentation de qualité. »

« Dès le 1er mai, nous serons donc mobilisés pour faire vivre nos propositions dans la rue, dans les luttes, dans les débats politiques et dans les différents lieux de pouvoir. Les attentes et les urgences que nous portons au travers de notre projet de transformation agricole, alimentaire, sociale et environnementale doivent être prises en compte. En tant que syndicat, nous nous mobiliserons pendant la campagne des législatives pour que ces propositions soient portées par les député.es élu.es et réellement prises en compte dans le quinquennat qui débute. »

« Différer d’un an la réforme de la Pac » (CR)

Dans une lettre ouverte adressée le 27 avril à Emmanuel Macron, le président national de la Coordination Rurale (CR), Bernard Lannes, tient à le « féliciter » pour sa reconduction à la tête du pays. « Les chantiers qui vous attendent sur le volet agricole sont cruciaux et l’actualité dramatique du conflit russo-ukrainien met en lumière l’importance stratégique de l’agriculture, méprisée depuis des années par l’Union européenne qui, de réforme en réforme, l’a livrée à l’absurdité de la « main invisible du marché ».

« En tant que président de la République française pour les cinq ans à venir et de l’Union européenne pour encore deux mois, c’est à vous qu’il incombe de porter le langage du bon sens et d’agir en conséquence auprès des autres pays de l’UE et de sa Commission. Il n’est en effet plus envisageable ni même acceptable de laisser s’enclencher en 2023 la réforme en cours de la Pac ni la funeste stratégie « de la ferme à la fourchette ». La Coordination Rurale attend de vous une prise de position claire et immédiate dans ce sens. Mieux vaut différer cette réforme d’un an pour permettre à l’agriculture européenne de garantir la souveraineté alimentaire de l’Union européenne en produisant tout ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins alimentaires des Européens. C’est un chantier qu’il est vital de mener à bien et soyez assuré de notre entier soutien dans ce sens. »

« Nous attendons également que vous preniez pleinement en compte la nécessité d’une mise en cohérence de la politique agricole avec les politiques environnementales et commerciales. Comment concilier la production alimentaire en France et au sein de l’UE avec des objectifs politiques souvent contradictoires, quand ils ne sont tout simplement pas invalidants ? »

« Sur le plan intérieur, nous vous avons fait part de nos propositions lors de la campagne électorale qui vient de s’achever et nous espérons de votre part les actions nécessaires pour les mettre en œuvre. Nous sommes par exemple particulièrement attachés au maintien du système des calamités agricoles, et à une juste rémunération des agriculteurs. Sur ce dernier point, la loi EGAlim, si elle reste incomplète – y compris dans sa deuxième version – aura tout de même permis de protéger les prix agricoles. Les efforts doivent donc être poursuivis pour que cette loi aille au-delà, et donne enfin un poids nécessaire aux agriculteurs pour mettre en place un prix rémunérateur minimum. »

« Enfin, si l’action de votre ministre de l’Agriculture a pleinement démontré son engagement en faveur du monde agricole, nous espérons que la conduite du gouvernement dans son ensemble permettra d’avancer positivement vers une véritable souveraineté alimentaire. La loi d’avenir agricole que vous porterez sera sans doute l’occasion de faire vivre ce projet. La Coordination Rurale travaille chaque jour pour défendre celles et ceux qui nous nourrissent. C’est forte de cette ambition qu’elle reste présente et mobilisée pour discuter conjointement des solutions à apporter », conclut Bernard Lannes.

BC

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