La pharmacie d’élevage hors-la-loi ?

La CR juge « inapplicable » le projet de décret relatif à la prescription, la délivrance et la détention des médicaments vétérinaires.

« Les éleveurs pourront-ils soigner leurs animaux demain ? », s’interroge la Coordination rurale (CR) dans un communiqué du 4 juillet. La section viande du syndicat « juge inapplicable le projet de décret prescription-délivrance-détention des médicaments vétérinaires qui a été soumis à consultation ces dernières semaines. Le suivi sanitaire permanent se ferait désormais dans le cadre d’un contrat de soins établi entre l’éleveur et son vétérinaire traitant. Cependant, en son état, le texte projet est totalement inadapté au fonctionnement de nos exploitations. La CR regrette un oubli majeur : la possibilité de détenir des médicaments vétérinaires dans une pharmacie au sein des exploitations. »

« Les éleveurs pourraient être prêts à signer des contrats (CSP) avec leur vétérinaire traitant pour se garantir une continuité des soins, un accès au service d’urgence et à la prescription hors examen clinique (PHEC). Mais à quoi bon s’ils n’ont pas accès aux produits vétérinaires ? Comment traiter un veau présentant une infection ombilicale si nous n’avons le droit de détenir au préalable du méloxicam (un antiinflammatoire, ndlr) et de l’amoxicilline (un antibiotique, ndlr). Où trouver les produits prescrits en PHEC un week-end ? Les exemples d’impasses induites par ce texte sont légion et concernent toutes les productions animales. »

Réviser le règlement européen

« Ce texte rédigé au regard du règlement (UE) 2019/6, s’il est appliqué dans cette version, laissera les éleveurs totalement démunis face aux urgences sanitaires, même les plus courantes, sans intervention d’un vétérinaire. D’autant plus que cette profession est de plus en plus difficile à trouver. En dix ans (2012/2022), l’engagement et le professionnalisme des éleveurs a permis de réduire l’utilisation des antimicrobiens de près de 50 %. Les éleveurs produisent une viande saine et de qualité, pourquoi encore entraver leur activité ? La CR demande donc une réécriture profonde de ce texte, notamment pour reconnaître l’existence d’une pharmacie de premiers soins dans les exploitations qui nécessitera une révision du règlement européen. »

« La bonne volonté de l’administration, des représentants des OPA et des OPV (organisations professionnelles agricoles et vétérinaires, ndlr), lors des multiples groupes de travail organisés l’automne dernier pour trouver des procédures fonctionnelles respectant le règlement UE, est totalement absente de la proposition de décret. S’il faut une énième fois le répéter, pour la CR, sans une reconnaissance d’une véritable pharmacie en élevage, la révision du SSP (suivi sanitaire permanent, ndlr), c’est non. Pour autant, ce ne sont pas les seuls problèmes que génère ce texte. Par exemple, la DGAL (1) s’est bien gardée d’émettre un quelconque avis sur les contreparties financières des contrats de soin. »

« Alors que la prise en compte du bien-être animal est au cœur de toutes les préoccupations, les éleveurs de la section viande pointent une totale incohérence, une de plus, dans la réglementation, car c’est bien de cela dont il est question. « Faudra-t-il laisser souffrir les animaux dont on prend soin quotidiennement faute d’avoir dans nos élevages les produits pour les soulager et parfois éviter des propagations à d’autres animaux. Si la DGAL persiste dans cette voie, il faudra nécessairement trouver des solutions parallèles qui seront forcément moins transparentes et moins tracées », s’inquiète Stéphane Charbonneau, responsable de la section viande de la CR.

BC

(1) Direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture

A télécharger :

Télémédecine vétérinaire et santé animale (ministère de l’agriculture, 6 septembre 2023)

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