L’aliment va coûter plus cher

Les fabricants d’aliments du bétail font face à l’envolée des prix des matières premières, celle du soja non-OGM en particulier.

« Avec un résultat net moyen de l’ordre de 1 %, nos entreprises n’ont pas les moyens de tamponner la hausse des prix des matières premières, qui représentent 80 % du coût d’un aliment. Mais nous devons trouver des solutions alternatives pour les éleveurs et les filières », a expliqué en substance François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia), le 2 septembre devant la presse. « La flambée des prix va impacter très sévèrement les coûts des productions animales », a complété Philippe Manry, directeur général de Sanders Nutrition Animale et vice-président du Snia, d’autant que la construction de bâtiments, l’énergie ou la logistique connaissent également une poussée inflationniste.

Entre juillet 2020 et juillet 2021, l’indice des prix des matières premières utilisées en alimentation animale (céréales, oléo-protéagineux, minéraux…) a bondi de 30 %. Et ce n’est rien en comparaison de la prime (différentiel de prix entre qualités OGM et non-OGM) attachée au soja, passée de 75 €/t en 2019 à 130 €/t en mars 2021, puis à 280 €/t en juillet et août 2021. Explication avancée par le Snia : le Brésil se détourne de la production de soja non-OGM pour répondre à l’insatiable demande de la Chine en soja standard, qui y met le prix. Résultat : le tourteau de soja non-OGM départ Sète valait environ 700 €/t en juin.

Rupture d’approvisionnement ?

Au-delà des prix de revient, c’est une rupture de l’approvisionnement en soja non-OGM que redoute le Snia, peut-être dès novembre, laisse entendre Philippe Manry. « On fera tout pour que cela n’arrive pas. Nous épargnons la ressource avec de nouvelles recettes pour nos aliments. Mais cela a un coût et il faut s’attendre à une hausse sensible des prix des produits non-OGM en rayon : moins en lait et plus en volaille », précise encore le responsable de Sanders. Le prix de revient sortie élevage d’une volaille nourrie sans-OGM va augmenter de 5,9 %, a calculé l’Institut technique de l’aviculture (Itavi).

La production française d’aliment du bétail s’est établie à 9,3 millions de tonnes (Mt) au 1er semestre 2021 (- 0,9 % sur un an), dont 2,3 Mt d’aliments ruminants (+ 4,5 %) – une bonne moitié est destinée aux vaches laitières. Le Snia ne fait pas de pronostic sur l’évolution des fabrications d’aliments dans les mois à venir, dans un contexte de ressource fourragère abondante cette année : beaucoup d’herbe et de blé fourrager (1). Le syndicat ne s’avance pas davantage sur la date d’un éventuel retournement des marchés des matières premières végétales. « Je n’ai pas le don de voyance », convient François Cholat (notre photo).

BC

(1) « Selon FranceAgriMer, seulement 39 % des blés auraient un poids spécifique supérieur à 76 kg/hl, confirmant ainsi une récolte principalement de qualité fourragère sur l’Hexagone », rapporte Agritel dans sa newsletter du 6 septembre.  Mais le blé fourrager ne vaut guère que 10 €/t de moins que le blé meunier actuellement, confie François Cholat.

A télécharger :

Qualité des blés tendres français récoltés en 2021 (Arvalis/FranceAgriMer, 11 octobre 2021)

Note mensuelle de conjoncture aliments (Snia/LCA, 21 septembre 2021)

Lettre mensuelle de conjoncture (Snia/LCA, 23 juillet 2021)

Lisez également

Le lait bio « n’est pas en crise »

Si « l’offre est momentanément supérieure à la demande, rien ne laisse penser qu’un palier de …