L’inflation accable le machinisme

L’industrie de l’agroéquipement anticipe une croissance du marché comprise entre 5% et 15% en 2022, la hausse des prix de vente se conjuguant avec « au mieux une stabilité des volumes ».

Après des ventes à un niveau record en 2021 (+16% à 7,026 milliards d’euros), « le début de 2022 est très nuancé », explique le Syndicat des industriels de l’agroéquipement (Axema) dans un communiqué du 14 juin. « La production est en hausse de 6% au 1er trimestre, avec un ralentissement perceptible de mois en mois (+10% en janvier, +6% en février, +4% en mars). Les importations progressent de 12,5%. Enfin, les exportations sont en légère croissance (+3%), avec de belles progressions en Pologne et au grand export, mais des baisses vers l’Allemagne et l’Italie. A noter que la France a continué d’exporter en Russie et en Ukraine, mais pour des montants qui ont été réduits de moitié. Tout cela nous donne un marché à +13% au 1er trimestre. »

« En volume, la situation est contrastée selon les familles de produits, avec certaines encore en croissance et d’autres en recul par rapport à l’année passée. C’est un vrai changement par rapport à l’année dernière où toutes les familles étaient en croissance. Le 1er trimestre a été bon dans le matériel de récolte, les tracteurs et la protection des cultures, mais il a été mauvais pour les chargeurs télescopiques ou le matériel de fenaison. Derrières ces chiffres, on sent des situations très contrastées selon les orientations technico-économiques des exploitations (Otex). Une conjoncture qui est bonne en grandes cultures et en viticulture, mais qui est dégradée, voire très dégradée, pour le reste. »

« Le marché est incontestablement moins porteur que l’année dernière. Il a connu un vrai coup de frein en mars. Il y a dans l’air des signes d’un changement de climat des affaires. Un exemple : FranceAgriMer nous a appris la semaine passée que seulement 60% du plan de relance sur la modernisation des agroéquipements et la réduction des intrants, doté de 205 millions d’euros, avaient été effectivement décaissés, alors que les engagements portaient sur 100% de l’enveloppe. On subodore à ce stade que des projets d’investissements ont été abandonnés. Il y a aussi le baromètre d’Entraid (le journal des Cuma) qui montre que les intentions d’investissements dans les Cuma et les exploitations agricoles sont au plus bas depuis 2016. Tout cela annonce une fin d’année indécise et obscurcit les perspectives de 2023. »

Prix et délais dissuasifs

« Nos entreprises sont très inquiètes quant à l’évolution de leurs marges. 70% constatent une dégradation de leurs résultats en ce début d’année. En cause, l’augmentation du prix des matières premières, notamment de l’acier, de l’inox et de l’aluminium dont les prix ont plus que doublé depuis 2019-2020. Même si les cours s’apaisent depuis quelques semaines, nous restons à des prix très haut pour l’acier et surtout pour l’inox. Les coûts de production ont pris environ 20% en un an. Tous les acteurs ne sont pas en mesure de répercuter de telles hausses à leurs clients. En plus, parmi les PME, rares sont celles qui jouent la clause d’imprévision et modifient leurs prix de vente avant la livraison, alors que c’est une pratique à laquelle ils sont souvent confrontés via leurs fournisseurs. Ces entreprises subissent actuellement un effet ciseau sur leurs marges. Après la flambée du prix des matières premières, ce sont les salaires qui vont venir impacter les coûts de production dans les prochains mois. Les revalorisations de salaires sont autour de 3,5% en France (négociations annuelles obligatoires), mais plus fortes encore dans le reste de l’Europe et notamment dans le premier pays de fabrication des matériels : l’Allemagne, où l’IG Metall réclame +8,2%. Au final, l’augmentation des prix (entre 20% et 30% depuis le 1er janvier 2021) pose la question de l’acceptabilité de prix aussi élevés. Pour certains matériels, des seuils psychologiques de prix ont été franchis. »

« Notre profession, poursuit Axema, est confrontée à de réelles difficultés d’approvisionnement, qui se traduisent par des allongements de délais de livraison, qui eux-mêmes pèsent sur la trésorerie des entreprises Les difficultés d’approvisionnement sont plus fortes que jamais. La politique zéro-covid de la Chine a accentué les difficultés à obtenir les matières et les composants nécessaires à la production. Près de la moitié de nos adhérents ont dû arrêter leur production au moins une fois au cours du mois de mars. Les délais de livraison ont été augmentés en moyenne de 11 semaines par rapport à la situation normale, et culminent à 19 semaines (30 semaines pour les tracteurs). Cela a provoqué des annulations de commandes, parfois et même souvent à l’initiative du fabricant, pas en mesure de livrer à temps. La trésorerie des entreprises est mise à mal entre réduction des marges et allongement des délais de livraison », laissant craindre « une vague de défaillances dans notre secteur ».

BC

A télécharger : La cybersécurité, vitale pour l’agriculture (Crédit Agricole, juin 2022)

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