Négociations commerciales : hors de France, hors Egalim

Après Lactalis et Danone France, le groupe laitier Savencia a été auditionné le 1er avril 2026 par la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution (1).

Lors des négociations commerciales, existe-t-il une volonté de contourner les lois françaises, en particulier les lois Egalim qui ont instauré la sanctuarisation de la matière première agricole (MPA) ? « Nous sommes entendus », répond Jérôme Wolff, le directeur général de France Fromage Savencia. « Mais la réalité des négociations commerciales se fait sur un prix net. Vous pouvez donc déclarer respecter la MPA tout en ayant des demandes de déflations significatives (…) » Le groupe agroalimentaire réalise 60 % de son chiffre d’affaires avec deux centrales européennes, ce qui le place dans « une dépendance économique » vis-à-vis de ces acteurs. Pour un lait produit et consommé en France, la négociation se fait donc bien souvent hors des frontières et en dehors du cadre de souveraineté de l’amont souhaité par Egalim. « À un moment donné, poussé par le flux de lait, on nous demande de négocier à l’étranger et on ne peut pas refuser. »

Perte du pouvoir d’action

Dans ce contexte de concurrence accrue, entretenu par la concentration des acteurs européens et de la grande distribution, le pouvoir d’action du groupe industriel se réduit. En 2025, Savencia affichait un taux de rentabilité de 1,1 %, en baisse de 0,4 point par rapport à 2024. « Nous sommes loin des standards des multinationales. »

Les marges se rétrécissent. Entre 2020 et 2025, « le ratio sur le résultat net est passé d’1,5 point à 1 point, avec une accélération de la déprise très récemment ». En 2019, le ratio du résultat net sur le chaiffre d’affaires atteignait 1,5 point. En 2022, il est tombé à 1 point sous l’effet de la crise inflationniste. « Il est difficile de passer les hausses de coût dans nos tarifs. » En 2025, ce ratio est remonté à 1,1 point. « Je continue à chercher mes marges », confie Jérôme Wolff. « La rentabilité de la France se dégrade par rapport à l’international. »

Préserver la MPA

Afin de préserver un cadre de négociation relié à l’amont de la filière, Savencia préconise de « combler les angles morts ». La matière première agricole « produite, collectée et vendue en France doit relever d’Egalim, quelle que soit la nature des acteurs. Les grossistes et la restauration hors domicile (RHD) y échappent. C’est une distorsion de concurrence qui fragilise. Les coopératives doivent entrer dans le périmètre d’Egalim comme le recommande la Cour des comptes dans son rapport de février 2024. » Afin d’éviter la guerre des prix, la France avait décidé à titre expérimental d’obliger la grande distribution à relever de 10 % le seuil de revente à perte pour les denrées alimentaires transformées (SRP+10). Savencia réclame le prolongement de ce dispositif, « seul rempart efficace contre la guerre des prix ».

Nathalie Barbe

Savencia, en chiffres :

Savencia collecte 3,6 Md de litres de lait en France auprès de 6 200 éleveurs laitiers regroupés dans 18 coopératives et organisations professionnelles (OP). « 45 % du total de ce qui est fabriqué en France est exporté, soit près d’un produit sur deux », détaille Jérôme Wolff.

L’activité repose sur la transformation de la matière première, avec 34 laiteries réparties sur tout le territoire. En 2025, le prix payé aux producteurs s’élevait à 509 euros / 1 000 litres, en progression de 40 % depuis 2020 et supérieur de 2,8 % au prix référence Agrimer. Chaque année, 100 M€ sont investis dans la modernisation des outils industriels et 3 M€ dans le soutien à l’installation et la transition environnementale des exploitations agricoles.

L’activité du groupe s’organise autour de trois pôles : les produits de grande consommation (beurre, fromage, crème) autour des marques Caprice des Dieux, St-Moret ou Cœur de Lion ; les aliments nutritionnels et la gastronomie (Elvire, Valrhona).

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