« Pas de marge de sécurité »

Les comptabilités clôturées au printemps 2021 montrent une « situation financière qui se détériore pour les exploitations laitières ».

L’Institut de l’élevage (Idele) a épluché et comparé les comptabilités de 487 exploitations laitières et de 296 exploitations bovins viande sur les années 2019 à 2021 (clôtures de mars à juin). Les évolutions en cours sont consignées dans un nouvel Observatoire de l’endettement et des trésoreries des élevages bovins, rendu public à la fin janvier 2022.

En lait, la production par exploitation « baisse sur la période, dans cet échantillon comme au niveau national. De plus, le prix du lait, qui avait connu une hausse jusqu’à l’été 2020, a été plutôt en retrait jusqu’à mi-2021. Ainsi, le produit brut est globalement en baisse, sauf dans le Grand-Ouest (avec les produits autres que liés à la production laitière). Ainsi, avec la hausse des charges (alimentaires et énergétiques notamment) dans les exploitations, l’excédent brut d’exploitation (EBE) est partout en baisse marquée. »

« L’évolution des annuités est contrastée : elles sont stables dans le Grand-Ouest, en baisse en Dordogne et en hausse en montagne. Mais partout, le revenu disponible connait une forte baisse. Il s’établit en moyenne (toutes zones) à environ 22 000 € annuels par unité de travail humain (UTH) familiale. Ainsi, avec des prélèvements privés stables (environ 26 000 € annuels par UTH familiale), il est impossible, quelle que soit la zone, de dégager une marge de sécurité. »

« Les investissements sont en hausse sur toutes les zones, entièrement financés par de nouveaux emprunts de long et moyen terme. La trésorerie nette globale moyenne diminue, et présente une forte disparité entre les zones, et les dettes court-terme des exploitations laitières, déjà élevées, sont en hausse. »

« Les écarts sont importants, et la part des exploitations en situation critique augmente : le groupe en trésorerie nette négative (TNG nég) compte 42 % des élevages suivis en France ; toutes les zones sont concernées avec au moins un tiers des élevages dans ce groupe ! Ceux-ci, dont les dettes court-terme sont très importantes, et la trésorerie nette globale inexistante, auront d’autant plus de mal à faire face à la hausse des charges qui s’est poursuivie en 2021 (et sans doute 2022) », avertit l’Idele.

« Très difficile pour les élevages allaitants »

En bovins viande, « le produit brut de l’échantillon est stable par rapport à la période précédente, sauf en montagne, où il augmente avec le versement d’aides exceptionnelles (sécheresse). Aussi, alors que les charges sont en hausse partout, l’EBE diminue dans le Grand-Ouest et le bassin allaitant, mais en montagne il connait une hausse. Dans le même temps, les annuités sont stables. En conséquence, le revenu disponible connait une baisse importante dans le Grand-Ouest et le bassin allaitant, mais il réaugmente en montagne. Quelle que soit la zone, le revenu disponible de l’échantillon demeure insuffisant et s’établit à 15 500 € annuels par UTH familiale (en moyenne toutes zones) sans pouvoir couvrir les prélèvements privés pourtant restreints (19 000 €/UTH). »

« Dans l’échantillon, les investissements sont en hausse dans le bassin allaitant, et stables dans le Grand-Ouest et en montagne, peut-être en lien avec le plan de relance français. Dans le Grand-Ouest, une part de refinancement de trésorerie par des emprunts long et moyen termes apparait de nouveau. La part des exploitations endettées à long et moyen terme et avec une trésorerie négative (groupe « TNG nég ») représente toujours près de 30 % des élevages suivis, avec une proportion plus importante dans le Grand-Ouest (39 %, en baisse). Leur situation financière reste sévère : leurs dettes court-terme sont plus de deux fois supérieures à la moyenne (toutes exploitations) et augmentent encore. Pour ces exploitations en difficultés, encore plus que pour les autres, les impacts des sécheresses de 2018, 2019 et 2020 cumulées ne sont pas sans conséquences techniques, économiques et financières. Heureusement que la récolte fourragère de 2021 s’est faite en quantité. »

« Pour tous les élevages (allaitants), la hausse globale des charges (matières premières alimentaires, énergétiques, mécaniques…) initiée début 2021, et qui se poursuit, ne sera pas sans conséquences sur les trésoreries et les résultats », toujours selon l’Idele.

BC

A télécharger :

Maîtriser les frais d’élevage en lait (Réseaux d’élevage Inosys, fév. 2022)

Fiche filière lait de vache 2022 (FranceAgriMer, 14 fév. 2022)

Fiche filière viande bovine (FranceAgriMer, 14 fév. 2022)

Fiche filière veau de boucherie (FranceAgriMer, 14 fév. 2022)

Livre blanc pour gagner en compétitivité (Cuma, 15 fév. 2022)

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 9 fév. 2022)

Population bovine au 1er janvier 2022 (FranceAgriMer, 4 fév. 2022)

Lisez également

Pascal Le Brun président des coopératives laitières

Pascal Le Brun, producteur de lait dans le Calvados, a été élu, le 22 juin, …