Prairies : une visite s’impose au printemps

L’interprofession des semences (Semae) fait le point, dans une communication du 23 mars, sur l’entretien des prairies à la sortie de l’hiver. C’est le moment de repérer et corriger d’éventuels déséquilibres.

« L’entretien mécanique des prairies fait partie d’un ensemble de points d’amélioration qu’il semble important de rappeler. Toutefois, il est avant tout nécessaire de comprendre et d’éliminer la ou les causes de dégradation, de faire le point sur la fertilité et le pH, d’adapter le mode d’exploitation et de repenser l’aménagement parcellaire.

Analyser la situation : trop de végétation nuit  

A la fin de l’hiver, plusieurs cas peuvent se présenter. La végétation peut être haute et jaunie, liée à une sous-exploitation à l’automne ou à une pousse d’hiver suivie ensuite de gelées. Dans ce cas, au printemps, on constate que les feuilles sont âgées et souvent sénescentes. Tout ceci constitue un handicap pour la reprise de la végétation. Il est alors indispensable de passer un rapide coup de broyeur qui servira de déprimage garantissant une amélioration substantielle pour un coût assez faible.

Analyser la situation : une végétation presque absente

A l’inverse, il est possible de trouver une végétation rase, peu dense, avec de nombreux espaces dénudés. Les causes peuvent être une surexploitation à l’automne, une inondation ou une gelée exceptionnelle, des ravageurs tels les sangliers ou les petits rongeurs. Dans ce cas, les plantes pionnières : mouron, pâturins annuels, diverses labiacées vont très vite occuper l’espace libéré, sans aucun intérêt fourrager. Le sursemis s’impose.

Contre les petits rongeurs qui s’accommodent de la matière organique morte comme gîte et du feutrage racinaire comme nourriture, il est possible de disposer des poteaux de 5 ou 6 mètres de haut le long des clôtures afin que les rapaces s’y posent pour jouer leur rôle de prédateur. De plus, rappelons que les cadavres de rongeurs dans l’ensilage sont toxiques pour le bétail.

Analyser la nature du couvert végétal

Il convient également d’observer la morphologie du couvert. Est-il en touffes ou gazonnant ? Une végétation en touffes est préjudiciable. Elle va impacter par la suite l’appétence et la productivité. Comme pour l’herbe haute et jaunie en fin d’hiver, un broyage d’homogénéisation s’impose et le couvert redevient très vite « gazonnant ». Les causes de la présence de ces touffes sont à analyser : sous-pâturage d’automne et refus, mortalité éparse et diffuse de plantes, piétinement en période de mauvaise portance ?

Le couvert végétal doit être observé ainsi que le relief. La surface de la prairie doit être la plus plane possible. Des irrégularités peuvent être causées par les pieds des animaux, les taupinières, des ornières de tracteurs ou des sangliers. Il est indispensable d’aplanir au printemps avec un rouleau ou une herse. Le coût est minime pour un bon impact sur le couvert végétal et la productivité de la prairie.

Analyser le parcellaire

Le printemps est la période où l’on vérifie l’état des clôtures et l’aménagement des points d’abreuvement ; l’occasion d’observer la migration de l’eau en surface. Lorsqu’il y a des cours d’eau ou des fossés, il y a très souvent des bourrelets de curage. Ce sont des amas de terre que la grue a laissé sur la berge et qui ont été ensuite aplanis. Ces parties de la parcelle sont un peu plus hautes de 20 ou 30 cm et emprisonnent l’eau au milieu de la prairie. On peut constater que sur ces bourrelets, qui de fait sont plus sains, la végétation y est beaucoup plus intéressante avec souvent du ray-grass anglais et du trèfle blanc. Il convient alors de réaliser des rigoles pour permettre à l’eau de rejoindre le fossé ou la rivière. On peut parler d’une méthode douce et économique d’assainissement.

En faisant la visite des prairies, il faut penser à estimer la présence de mulch. Il s’agit d’une accumulation de matière organique en surface qui constitue une couverture hermétique à l’air. Il n’y plus ou peu d’échange entre l’air atmosphérique et l’air du sol. Cette asphyxie réduit l’activité biologique du sol, si précieuse pour la production fourragère. Un hersage ou une scarification de 3 ou 4 cm suffit alors pour découper cette couverture. Ainsi, les micro-organismes et les vers de terre prendront le relais en consommant cette matière organique.

Analyser les anciens emplacements de bouses

Lors de la visite printanière des prairies, il est utile de rechercher les traces des bousas de l’année précédente. Si, à ces endroits, l’herbe est nettement plus verte et haute, c’est qu’il y a un problème. L’herbe devrait être haute et verte partout ! La flore exprime son potentiel à l’emplacement des anciens bousas. Il y a deux causes possibles à cette différence. La première : une pauvreté du sol en éléments fertilisants, sauf à l’emplacement des anciens bousas où l’activité biologique a été intense durant l’hiver, libérant ainsi azote, potasse et phosphore. En effet, en ces lieux et places, la flore y exprime tout son potentiel. Par ailleurs, il est intéressant d’aller y identifier les espèces présentes ! En effet, elles donneront un bon indicateur de productivité de la prairie, élément précieux de connaissance pour l’éleveur. La deuxième cause peut être un surpâturage excessif à l’automne de l’ensemble de la prairie, sauf aux endroits où la végétation a été souillée par les bouses.

Le hersage : un bonus pour la prairie

Le hersage, en bonnes conditions (ni trop sèches, ni trop humides), cumule de nombreux intérêts : aplanir le sol, arracher les plantes à faible enracinement et souvent peu intéressantes, favoriser l’activité biologique du sol ainsi que le tallage et le gazonnement des plantes présentes. Le passage de la herse peut être aussi l’occasion d’une bonne préparation pour un sursemis qui devra alors être suivi d’un roulage.

Le tour des prairies au printemps est essentiel et doit amener à des prises de décisions. L’objectif est d’obtenir une flore gazonnante, productive et appétente. Les moyens d’action ne sont pas nouveaux et sont nombreux : hersage, roulage, broyage pour homogénéiser, amendements, aménagements parcellaires, introduction de nouvelles espèces adaptées. Le choix se fera donc en fonction des observations. Alors, à vos marques, prêts, partez ! »

Source : Semae

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Pendant plusieurs années, Michel Welter a porté la ferme des 1000 vaches. Aujourd’hui consultant, il nous donne sa vision de l’élevage à travers quatre idées fortes.