Les ambitions en bio « hors d’atteinte »

Les ambitions en bio « hors d’atteinte »

Le Sénat doute d’un doublement des surfaces en bio, à 15% de la SAU, d’ici à 2022.

« Si, fin 2018, plus de 7,5% de la surface agricole est impliquée dans la production biologique, le modèle bovin-lait et la viticulture, à un moindre titre, prédominent. Or, le premier (60% des surfaces en bio) a pu s’appuyer sur des disponibilités naturelles disponibles du fait des règles de la PAC et pour lesquelles la conversion en bio représentait une issue technico-économique d’autant plus attractive que les producteurs concernés se trouvaient en difficulté. En revanche, les grandes cultures, excepté celles organiquement compatibles avec le bio, pour des productions dont la destination n’est sans doute pas seulement alimentaire, sont en retard. De même, l’élevage reste encore médiocrement concerné par le bio », constate le Sénat dans un volumineux rapport consacré à l’agriculture biologique (à télécharger ci-dessous).

« Malgré leur expansion, les surfaces entrées en conversion ces dernières années suivent un volume d’accroissement qui est incompatible avec l’atteinte de l’objectif fixé par le programme « Ambition Bio 2022 », de 15% de la SAU certifiés en bio. Ce dernier supposerait des entrées en conversion très supérieures aux plus hauts historiques recensés par l’Agence Bio. Le projet « Ambition bio 2022 devrait être rebaptisé « Ambition bio (au mieux) 2026 ». En outre, d’un point de vue plus qualitatif, le scénario sous-jacent au projet « Ambition bio 2022 » repose sur une combinaison improbable combinant extension des surfaces déjà fortement engagées et décollage de surfaces consacrées à des productions pour lesquelles le passage au bio ne présente que peu d’intérêt pour les exploitants et peu de faisabilité au vu des infrastructures disponibles. Il faut ajouter que l’expansion de l’offre nationale est freinée par des conditions économiques de production qui la handicapent et qu’elle pourrait dégrader les conditions macroéconomiques sur lesquelles repose aujourd’hui le développement du bio. »

Les surfaces ne présagent pas de la production

Les surfaces fourragères et les prairies permanentes représentent 60% des surfaces en bio et comptent pour 26 950 exploitations (soit 65 % des exploitations bio) impliquées dans le mode d’agriculture biologique. Selon le rapport, « la contribution prépondérante des surfaces fourragères à l’extension de la couverture surfacique de l’agriculture biologique paraît découler directement de la réponse des agriculteurs au système composite des aides à la transition agroécologique avec un régime des concours à l’agriculture biologique, qui peut permettre d’augmenter le taux de soutien par rapport aux régimes généraux appliqués à ce type de surfaces dans le cadre de la PAC. Ce fait n’est pas anodin. »

De plus, « les liens entre les surfaces fourragères, parmi lesquelles les surfaces tout en herbe prédominent (un peu plus du tiers de la SAU en bio), et la production agricole peuvent être plus ou moins étroits (…) L’élevage bio n’a pas progressé autant que l’empreinte du bio sur ces surfaces. Pour résumer, on observe que si le modèle bovins lait a progressé, entraînant une diffusion du bio sur des surfaces agricoles auparavant placées sous d’autres régimes d’aide, il en est allé autrement des autres formes d’élevage (y compris le modèle bovins viande), la pénétration du bio se heurtant soit aux modes intensifs de production installés, soit aux difficultés de valorisation des productions animales considérées (…) Dans ces conditions, il a lieu de s’interroger sur d’éventuels effets d’aubaine associés à l’extension des surfaces en bio, mais aussi sur les prolongements des investissements dans l’agriculture biologique, qu’ils soient privés ou publics, en termes de production agricole. »

BC

A télécharger :

Rapport d’information sur l’agriculture biologique (Sénat, 5 février 2020)

La synthèse du rapport

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