Baisse de 3,3 % du revenu agricole en 2020    

Le compte provisoire de l’agriculture montre une nouvelle baisse de la valeur ajoutée par actif.

« En 2020, la valeur ajoutée brute de la branche agricole diminuerait pour la deuxième année consécutive (-1,8% après -5,5% en 2019), du fait de la baisse de la production au prix de base (-1,9%), c’est-à-dire y compris les subventions sur les produits, qu’atténue cependant la réduction des consommations intermédiaires (-2,0%) », note l’Insee dans une publication diffusée le 7 juillet.

« Après prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, la valeur ajoutée brute au coût des facteurs diminuerait de 2,6% en 2020. L’emploi agricole décroît tendanciellement, sous l’effet de la baisse de l’emploi non salarié. Ainsi, la valeur ajoutée brute au coût des facteurs de la branche agricole par actif baisserait de 0,9%. En termes réels, elle se réduirait de 3,3%, après une baisse de 5,1% en 2019 ». Si ce chiffre est couramment utilisé pour désigner le « revenu agricole », l’Insee précise qu’il « ne constitue pas une mesure du revenu disponible des ménages dont la personne de référence est agriculteur ».

Bovins : maintien des volumes et érosion des prix

« La production animale (hors subventions) croît légèrement en volume (+0,4%). Elle est quasi stable pour les gros bovins (+0,1%) et augmente plus nettement pour les porcins (+1,6%). À l’inverse, elle baisse nettement pour les veaux (-3,2%) ainsi que pour les volailles (-2,5%). En revanche, elle croît pour le lait (+0,8%) et rebondit pour les œufs (+2,5% après -3,5%). »

« Le prix de la production animale (hors subventions) baisse (-1,3%), du fait essentiellement des porcins (-4,8% après +21,5%), des œufs (-6,8%) et du lait (-0,7% après +3,6%). Élevé en début d’année, le prix des porcins diminue fortement pendant le premier confinement. Les cours des œufs ont, eux, chuté en fin d’année du fait, en particulier, de l’attentisme des acheteurs industriels. Le prix de production des gros bovins diminue (-0,8%) tandis que celui des ovins-caprins bondit (+5,9%), soutenu par la consommation à domicile et la baisse des importations. »

BC

LES REACTIONS

« Les agriculteurs ne sont pas récompensés de leurs efforts ! » (FNSEA)

« Dans le contexte spécialement délicat du CoVid-19, les agriculteurs ont prouvé en 2020 leur capacité d’adaptation pour approvisionner les Français sur le marché national, mais aussi les pays tiers par le biais d’exportations de produits agricoles bruts toujours dynamiques et stables par rapport à 2019 (+0,2%) », réagit la FNSEA dans un communiqué du 7 juillet. « De fait, la production agricole en 2020 ne décroît que de 1,8% alors que la production intérieure brute, tous secteurs confondus, est en retrait de 7,9%. Cette résilience de l’agriculture française s’exprime également à l’échelle européenne, la France résistant mieux que l’Allemagne ou l’Italie. »

« Pourtant, les agriculteurs n’ont pas été récompensés de leurs efforts ! On constate pour la deuxième année consécutive une baisse du résultat brut de la branche agricole qui passe de 27,3 Mds€ en 2019 à 26,5 Mds€, et chute de 2,9%, sous les effets conjugués de mauvaises conditions climatiques impactant les productions végétales, et de la crise sanitaire ayant entrainé des baisses de prix sur certaines filières et une chute des ventes dans d’autres du fait notamment de l’arrêt brutal des débouchés dans la restauration. »

« En effet, la sécheresse et la jaunisse ont lourdement impacté les volumes des productions céréalières et betteravières des régions du nord de la Loire. Outre la hausse des cours des matières premières qui a fortement dégradé la rentabilité des productions animales, la fermeture prolongée de la restauration hors foyer a entraîné une saturation des marchés de la viande et une forte baisse des prix. »

« L’année 2020 illustre donc bien la nécessité d’avancer sur l’amélioration de la résilience face aux aléas, l’adaptation au changement climatique des exploitations, combinée à une meilleure valorisation qui prenne en compte les coûts de production. C’est pourquoi nous attendons beaucoup des travaux du Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique, des suites de la proposition de loi Besson-Moreau ou encore du Plan de relance. Il est impératif de permettre aux agriculteurs de tirer un revenu décent de leur activité, afin de gagner en compétitivité et de relever le défi de la souveraineté alimentaire à long terme. »

« C’est la capacité de notre pays à produire sa propre alimentation qui est en jeu. L’agriculture est un secteur d’avenir essentiel pour l’alimentation et la lutte contre le changement climatique, à condition de permettre à ses acteurs de vivre de leur métier ! », conclut la FNSEA.

« Tous les voyants de l’agriculture sont au rouge ! » (CR)

« Même si l’activité agricole a été considérée comme une activité de première ligne pendant la crise sanitaire, elle est clairement malade », indique Véronique Le Floc’h, qui représente la Coordination Rurale (CR) à la Commission des comptes de l’agriculture de la nation (CCAN), dans un communiqué du 7 juillet.

« Les producteurs sont conscients des enjeux et défis qu’ils devraient relever, mais comment envisager une évolution positive collective lorsque l’on voit que les indicateurs de prix, de volumes, de charges, d’emplois, d’investissements et donc de revenus, mais aussi de commerce, sont mauvais encore en 2020 ? Et en prenant du recul, c’est également le cas sur les quarante dernières années ! »

« L’agriculture française a longtemps été guidée par des objectifs socio-économiques et politiques, basés sur des volumes et la conquête de marchés, notamment à l’export. Sauf qu’après la production, le commerce des produits agricoles s’enfonce à son tour, avec une dégradation de la balance des matières agricoles de 437 millions d’euros en 2020. »

« Comme le dénonce depuis longtemps la CR, le commerce avec l’Europe n’est pas transparent. Cela soulève de nombreuses interrogations au vu de la dégradation du solde commercial avec ces pays intracommunautaires. Les filières des fruits et des légumes sont particulièrement impactées puisqu’elles ont subi une dégradation de 150 millions d’euros pour chaque catégorie. Les céréales et les oléagineux n’en sont pas moins épargnés, avec une diminution respective de 250 et 100 millions d’euros. »

« Face à ces constats, et malgré le plan de relance, il est plus que temps d’admettre le véritable échec des politiques agricoles européenne et française qui ne permettent plus de nous battre avec des pays ne respectant pas nos normes de production !  Au final, ce sont bien les agriculteurs qui en font les frais. Il est urgent de revoir le périmètre de nos marchés et repenser une régulation pour rendre rentables nos productions plébiscitées par les consommateurs français », conclut Véronique Le Floc’h.

Lisez également

Le lait bio « n’est pas en crise »

Si « l’offre est momentanément supérieure à la demande, rien ne laisse penser qu’un palier de …