Bovec, 50 ans de génétique nord-américaine

La société Bovec, spécialiste de la génétique nord américaine, a fêté ses 50 ans d’existence le 21 février 2021. Son histoire se révèle intimement liée à celle de la Holstein en France et à celle du domaine de Boulieu. Cet élevage isérois aux confins septentrionaux du Bas-Dauphiné exploitait dès les années 1970 près de 1 000 ha et y élevait près de 1 000 bovins.

Le développement de Bovec est lié à celui de la Holstein en France.

Basée à Lentilly (Rhône), l’entreprise Bovec, spécialiste de la vente de semences de taureaux nords-américains (elle commercialise les paillettes des centres de sélection : ABS Global, Select Sires, Accelerated Genetics et Genervation), est aujourd’hui une filiale de la société britannique Genus. Le 21 février, elle a fêté ses 50 ans. L’histoire de Bovec, qui signifie Boulieu Elevage Conseil, est à associer avec le domaine de Boulieu, une exploitation avant-gardiste située dans l’Isère. Dès les années 60, la ferme de Boulieu a été construite pour d’accueillir un total de 800 animaux. La conception des bâtiments était réfléchie autour de la vache et du bien-être de l’éleveur.

 

Boulieu : un grand troupeau modèle

Le domaine de Boulieu dans les années 1980.

« L’idée initiale de Boulieu, c’est que la petite exploitation familiale traditionnelle, telle que la pratiquèrent autrefois les propriétaires de Boulieu-Vernay (12 vaches Tarines, en Savoie), est incapable de satisfaire les exigences économiques et sociales de l’agriculteur et spécialement de l’éleveur, écrivait Bernard Janin dans les années 70 dans la revue de Géographie Alpine. Savoyard de vieille souche et agrégé de géographie, Bernard Janin a été professeur à l’Université de Grenoble et directeur de l’Institut de Géographie Alpine, et de la revue homonyme. Dans la revue qu’il dirige, il rappelle également l’intérêt des grands troupeaux : « Un grand troupeau permet de résoudre au mieux le problème du repos hebdomadaire et du congé annuel grâce à la répartition des tâches au sein d’ateliers spécialisés placés sous la responsabilité des salariés. » 

Un intérêt social

L’auteur ne s’intéressait pas au côté productiviste de Boulieu mais se focalisait sur l’intérêt social de ce grand troupeau : « Les avantages matériels n’y sont d’ailleurs pas minces : en 1970, la moyenne des salaires annuels bruts a été de 15 600 F (plus de 2 300 €, très au-dessus de la moyenne nationale, NDLR), sans compter le logement (anciens bâtiments rénovés) et les avantages en nature (jardin, basse-cour). De plus, le personnel est heureux des loisirs que lui permet l’organisation du domaine : 1 jour de repos hebdomadaire et 24 jours de congés payés par an. Il n’est plus l’esclave des vaches. Autre signe des temps : à Boulieu-Vernay, la moyenne d’âge des travailleurs n’est que de 32 ans et 51 enfants animent un hameau autrefois moribond. C’est un gage supplémentaire de dynamisme et de vitalité pour une exploitation pilote qui préfigure peut-être l’agriculture de demain et attire des experts, des stagiaires et des visiteurs du monde entier (plus de 50 000 déjà). »

La vision d’Edouard Rebotton

Ce domaine visionnaire résulte de l’association de François Ravier, éleveur d’une quinzaine de Tarentaises en Savoie, avec Edouard Rebotton, son beau-frère. Ce dernier était exploitant horticole n’ayant aucun a priori sur le métier d’éleveur laitier. Ce visionnaire a très vite perçu l’intérêt pour les éleveurs de se regrouper pour travailler dans de meilleures conditions. Dès le début des années 60, Edouard Rebotton traverse les Alpes pour se rendre dans la plaine du Pô en Italie. Il rencontra des éleveurs italiens, visita des élevages de plusieurs centaines de vaches et commença à échanger avec ces éleveurs sur son projet de bâtir un élevage de grande taille, composé de plusieurs familles, à savoir une exploitation pour nourrir 5 à 6 familles. Ce voyage initiatique lui permet de mûrir sa vision qui prendra forme au domaine de Boulieu. Il y découvre également la race Holstein, capable de produire de grandes quantités de lait. Edouard Rebotton va s’y intéresser de près et se lance dans un long parcours du combattant afin d’obtenir l’autorisation d’importer, en France, des animaux en provenance d’Amérique du Nord. Il a la chance de tomber sur un ministre de l’Agriculture lui aussi visionnaire en la personne d’Edgard Pisani. Dès 1964, ce dernier accorde l’autorisation d’importer 18 vaches et 2 taureaux : les célèbres Blue-Haven Inka Golden Treasure et Supreme Northlawn Climax. Ces animaux débarquèrent par avion à Tours en octobre 1965, suivi d’un voyage itinérant en France pour enfin arriver au domaine de Boulieu, à Vernay dans l’Isère. La France de l’élevage découvre alors le style laitier si caractéristique de la race Holstein.

La découverte de la Holstein

La semence de Shottle, un taureau star d’ABS, a été commercialisée sur le marché français par Bovec.
Le GMS est un logiciel d’accouplements des vaches laitières permettant aux éleveurs d’appliquer leur choix de sélection à l’ensemble du troupeau.

En novembre 1966, après une quarantaine au port du Havre, 492 vaches issues de lignées Nord-Américaines reconnues et très performantes, arrivent sur le domaine de Boulieu et la ferme de Crépol. Le projet d’Edouard Rebotton s’inscrit alors bel et bien dans l’histoire et marque un tournant dans le développement de ce qui s’appellera plus tard Bovec, qui est créée le 21 février 1971. Alain du Colombier prend en main les destinées de cette entreprise. Très vite, l’équipe fut sollicitée à travers l’Europe pour apporter son expertise en termes de réflexion dans la construction et la conduite d’élevage pour les grands troupeaux. Le long processus du développement de la race Holstein en France est alors enclenché. Ce sera un long combat face aux coopératives d’insémination françaises voyant d’un mauvais œil l’arrivée de cette génétique et il faudra attendre plusieurs dizaines d’année avant une reconnaissance officielle de la race Holstein. Cette lutte connaîtra un nouvel élan à partir de 1973 avec l’importation des premières doses de taureaux Holstein, après, là encore, de très longues démarches administratives. Ces premières importations ont pu être faites grâce au concours d’ABS Global. C’est alors le début de la vente de semence et du conseil en génétique auprès des éleveurs laitiers. Bovec a longtemps commercialisé la semence de taureaux canadiens, et ce avant l’arrivée de Semex France.

Bovec a également contribué à former les éleveurs à l’insémination. Aujourd’hui, l’entreprise commercialise des semences de taureaux laitiers, allaitants et propose un service d’accouplements, le GMS. Elle propose également le système de détection de chaleur Breeder Tags basé sur un podomètre. En France, une quarantaine de commerciaux propose cette gamme de produits et services.

Lisez également

Sécheresse et prairies : peut faire mieux

L’indemnisation des sécheresses sur prairies en 2019 et 2020 n’a satisfait personne. Un rapport formule …