Camembert : la réforme à 97% enterrée

« Les fabricants n’en ont probablement pas voulu », selon Patrick Mercier, président de l’ODG.

Mardi 3 mars 2020, « l’Organisme de défense et de gestion (ODG) du Camembert de Normandie a décidé, à une très forte majorité (97%), de renoncer au projet de grande Appellation d’origine protégée (AOP) », indique un communiqué du 4 mars. « Cette décision fait suite à l’assemblée générale du 29 janvier 2020, durant laquelle le projet de cahier des charges avait été rejeté à 53%. Les statuts de l’ODG exigeaient une majorité à 55%, d’où la nécessité d’un nouveau vote afin d’entériner cette position. Ce nouveau vote aboutit au même résultat : rejet à 53%. Sans majorité significative, un dernier vote visant à décider si l’ODG continuait à travailler sur la grande AOP s’imposait de fait. La réponse fut sans appel : 97% des professionnels de la filière ont décidé d’abandonner le projet. »

L’accord du 21 février 2018 à l’INAO, entre l’ensemble des acteurs du Camembert de Normandie AOP et du camembert Fabriqué en Normandie, visait à créer ce qui a été appelé « une grande AOP Normande » afin de lever la confusion entre les deux dénominations, rappelle l’ODG.

« La dimension collective du projet n’a pas été mesurée »

« Aujourd’hui, les professionnels ont choisi de mettre un terme à deux années de travail et de concertation », regrette Patrick Mercier. « Ils ont ainsi fermé la porte à une AOP élargie, à la hauteur de la renommée du Camembert et de la Normandie porteuse de valeur ajoutée pour les fromagers et de nombreux producteurs de lait. Par ce projet, nous avions pourtant trouvé une solution pour exprimer le terroir malgré la pasteurisation par le retour des fondamentaux du Camembert mi-lactique mi-présure qui avaient été abandonnés de longue date, et c’est de cela que les fabricants n’ont pas voulu probablement… »

« Pendant ces deux années, le travail a été très constructif avec l’appui des services de l’INAO qui ont déployé une énergie sans précédent autour de ce dossier, tant d’un point de vue administratif que politique, avec une commission d’enquête irréprochable sur les valeurs de l’AOP. Cependant, si nous pouvons nous féliciter au sein de la filière de l’ambiance de travail constructive qui a régné, je regrette que la dimension collective du projet et les enjeux pour l’avenir de l’agriculture normande n’aient pas été plus mesurés ».

L’arrêt du Fabriqué en Normandie ?

Pour Patrick Mercier, désormais, « cette décision sonne l’arrêt du Fabriqué en Normandie : L’application de la réglementation européenne sur la protection des appellations d’origine doit être immédiate. En effet, conformément à l’article 13 du règlement (UE) n° 1151/2012, l’AOP Camembert de Normandie est protégée, notamment contre toute usurpation de notoriété, d’évocation de celle-ci, quant à l’origine, nature, qualité d’un produit donné. Il revient à l’INAO et à la DGCCRF d’appliquer dès à présent ce règlement visant à lutter contre les usurpations auprès des fabricants, mais aussi de tous les revendeurs, et ainsi de veiller au retrait de toute référence à la Normandie sur tous les fromages de type Camembert. »

Patrick Mercier rappelle également le rôle que le consommateur a à jouer dans son acte d’achat. « Aujourd’hui, seul le Camembert de Normandie bénéficiant de l’AOP garantit un produit fabriqué intégralement sur le territoire normand, valorisant la race normande, le pâturage et la fabrication traditionnelle au lait cru. »

BC

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