« Désintensifier » l’élevage bovin ?

Une conduite plus agroécologique devrait conduire à réduire le nombre de vaches et à favoriser les races mixtes. C’est en tout cas la thèse de Solagro.

L’entreprise associative Solagro a publié, le 10 novembre, le rapport Afterres2050. Présenté comme « un horizon pour l’agriculture et l’alimentation », ce document de 120 pages place la biodiversité au cœur de son analyse. Trois chapitres, en particulier, donnent le ton : « Stopper l’artificialisation des terres », « Généraliser l’agroécologie », « Désintensifier et réduire l’élevage ».

Le scénario Afterres2050 recommande « une extensification de l’élevage ruminant en diminuant le chargement et en favorisant des systèmes à l’herbe qui permettent une forte réduction de l‘usage des intrants : azote chimique mais aussi herbicides et insecticides utilisés pour la culture du maïs ensilage et des céréales autoconsommées, dont les surfaces sont aussi réduites. La consommation de concentrés pour la production de lait de vache est réduite de 73%, passant de 4,4 millions de tonnes en 2010 à 1,2 million de tonnes en 2050, du fait de la baisse conjointe du cheptel et de la consommation de concentrés par litre de lait. Une production sur la ferme des aliments est recherchée au travers d’une rotation longue intégrant des prairies temporaires, des céréales à paille et des méteils pour l’autoconsommation du troupeau mais aussi des cultures de vente (céréales panifiables, légumineuses, légumes de plein champ) et la production de paille. Cette extensification des systèmes avec une plus grande liaison au sol se traduit par une baisse du cheptel. »

Plus d’herbe, moins de maïs

Le scénario Afterres2050 envisage ainsi « une baisse tendancielle du cheptel bovin qui passe de 8 millions de vaches en 2010 à 4,3 millions en 2050, soit -46,3% en 40 ans, mais un maintien du cheptel ovin (laitier et allaitant) avec une exploitation des prairies extensives à 2,4 millions d’hectares et une baisse de 900 000 hectares de prairies permanentes productives (7,4 millions d’hectares en 2010 et 6,5 millions d’hectares en 2050). L’herbe pâturée rapportée au nombre de mères augmente de 47% (la durée de pâturage passe de 40% à 68% du temps de présence) et les surfaces en maïs ensilage reculent de 1 million d’hectares. »

« Les vaches sont aussi mieux réparties sur le territoire national, ce qui permet de maintenir des prairies permanentes et temporaires existantes, notamment celles à forte valeur de biodiversité (prairies humides, prairies fleuries de fauche, parcours). La pression azotée d’origine chimique diminue, ce qui permet de diversifier la flore des prairies naturelles, notamment avec des plantes moins compétitrices pour l’azote. Cette stratégie, accompagnée par des mesures spécifiques (retard de fauche), devrait permettre d’accroitre les populations d’oiseaux spécifiques de ces milieux comme le râle des genêts, le courlis cendré ou le vanneau huppé. »

« Relancer la Bleue du Nord »

« Les races laitières adaptées aux enjeux actuels, comme la Jersiaise, ou les mixtes de vache comme la Normande, la Montbéliarde, la Simmental, l’Abondance, la Tarentaise sont favorisées, de même que la relance de races telles que le rameau laitier de la race Aubrac, contribuant ainsi à renforcer la diversité génétique. Une étude a montré que, en Bavière, pour produire la même quantité de lait et de viande avec les deux races spécialisées actuelles qu’avec une race mixte – la Fleckvieh, qui produit 5 500 kg de lait par an – il faut 26% de vaches en plus, produisant 16% de méthane en plus, et rejetant 32% d’azote et de phosphore en plus. L’idéal serait de disposer de races présentant un ratio production de lait/production de viande élevé, avec de la viande de qualité. »

« La pertinence économique de la race mixte Bleue du Nord (notre photo, NdlR), qui ne compte plus que 1 500 individus, repose sur sa longévité, la faible mortalité des veaux de moins de 3 mois (5,4%), une parfaite résistance aux conditions froides et humides de son terroir et enfin une forte croissance compensatrice après les périodes de sous-alimentation qui compense sa faible production laitière (environ 5 000 kg de lait). La valorisation de la viande est élevée pour les veaux, les vaches de réforme qui atteignent en moyenne 383 kg de carcasse et les jeunes bovins 497 kg. Avec 34% de lait produit en moins par hectare de surfaces fourragères principales, les troupeaux Bleue du Nord en système de polyculture-élevage obtiennent des niveaux de produit en euros inférieurs de seulement 3% à ceux des troupeaux Holstein. En zones herbagères, la faible production laitière de la Bleue du Nord est compensée par une excellente valorisation des surfaces fourragères. C’est avec sa rusticité et son potentiel boucher, associés à une conduite alimentaire très économe prioritairement basée sur l’herbe pâturée et stockée, que la race donne toute sa mesure. »

BC

(Crédit photo : SIA 2019)

A télécharger :

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 30 nov. 2022)

Quelles perspectives pour l’engraissement des jeunes bovins ? (Interbev, 24 juin 2022)

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 23 nov. 2022)

Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale (Inrae, oct. 2022)

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