Engrais : une flambée des prix sous tension géopolitique

La hausse des prix des engrais azotés s’accélère en ce début d’année 2026, sous l’effet des tensions géopolitiques et des fragilités structurelles de l’agriculture européenne. Une situation qui ravive les inquiétudes d’un secteur déjà fragilisé.

L’Europe reste fortement dépendante des importations pour couvrir ses besoins en azote, un élément indispensable à la production agricole.

« L’agriculture européenne doit importer les deux tiers de ses besoins en azote et ce sous forme de tourteaux ou d’engrais azoté», souligne Guy Richard, directeur de recherche à l’Inrae lors d’un webinaire.

Cette dépendance s’accompagne d’une faible efficacité d’utilisation. Il déplore au passage que deux tiers de l’azote soient perdus dans l’environnement. La question des engrais est étroitement liée à celle de l’énergie.

« Les plantes ont besoin d’azote pour produire des acides aminées puis des protéines. La réduction des apports impactent rapidement les rendements. Les engrais azotés sont apportés sous forme d’ammoniac. La production d’ammoniac résulte d’une réaction chimique entre le diazote de l’air et le méthane. Cette réaction implique une forte pression et une température comprise entre 400 et 500°C. Les fabricants ont donc besoin de gaz, ce qui explique que les usines se situent à proximité des zones de production de gaz », poursuit Sylvain Pellerin. Dans ce contexte, la crise au Moyen-Orient agit comme un accélérateur. Le blocage du détroit d’Ormuz et les tensions avec l’Iran ont entraîné une hausse marquée du prix du pétrole, tandis que certaines routes maritimes sont contournées, augmentant les coûts et les incertitudes.

En Europe, le prix du gaz repart à la hausse, accentuant la pression sur les coûts de production. Dans son sillage, les prix des engrais azotés s’envolent depuis janvier 2026. Une tendance amorcée dès fin 2025, notamment en raison d’achats anticipés liés au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

Le prix de l’urée a presque doublé sur un an. Il est passé de 382 €/t à presque 700 €/t.

Cette situation se répercute directement sur les exploitations agricoles. Déjà confrontés à une hausse généralisée de leurs charges, les agriculteurs voient leur équilibre économique se fragiliser davantage. La mobilisation syndicale s’intensifie pour demander des réponses rapides et concrètes des pouvoirs publics.

Dans ce contexte tendu, la question des engrais s’impose comme un enjeu stratégique majeur, à la croisée de la souveraineté alimentaire, des marchés énergétiques et des équilibres géopolitiques. Cette dépendance aux engrais importés rappelle l’intérêt de la polyculture élevage permettant la production de fertilisants organiques.

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