La laiterie France reste la plus compétitive

La filière laitière française réunit le plus de facteurs de compétitivité sur le marché mondial des produits laitiers en 2020.

« Le podium reste inchangé par rapport à 2019 : la France s’impose une nouvelle fois à la première place du podium », conclut la nouvelle étude qu’Agrex Consulting réalise chaque année depuis 2015 pour FranceAgriMer. « Elle est suivie par la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et l’Irlande. Globalement, on compte peu de mouvements au classement général. »

« La France reste un producteur de lait de premier plan, qui, depuis plusieurs années, s’est illustré comme un concurrent de taille, notamment sur le marché international. La production laitière reste stable aux environ de 24 milliards de litres depuis 2016. Au niveau économique, les producteurs bénéficient d’une marge sur coût alimentaire confortable, grâce à un prix de vente plutôt bien situé par rapport à ses concurrents. Si le taux d’endettement des éleveurs reste limité, grâce à un prix du foncier maitrisé, les charges de fonctionnement des élevages restent importantes. La France se distingue par un niveau de recherche largement reconnu, et un dispositif de veille sanitaire efficace. Le marché local est mature et l’offre largement diversifiée. Les pressions sociétales et environnementales sont croissantes. »

La Nouvelle-Zélande s’impose à la 2e place grâce à son positionnement à l’international. Sa production repose sur un système de pâturage qui lui permet de produire 21 milliards de litres, volume stable depuis quelques années. La qualité du lait, en matière de taux protéique et taux butyreux, correspond aux exigences de la clientèle puisque la filière s’est largement spécialisée sur la poudre grasse. Fonterra, 2e acteur mondial, collecte 84% des volumes du pays, et est largement présent sur la scène internationale avec de nombreuses implantations dans les zones porteuses. Cependant, le modèle productif néo-zélandais est confronté à une forte saisonnalité de la production, à de fortes contraintes environnementales et sociétales, ainsi qu’à un niveau d’endettement élevé qui pèse sur les exploitations. »

« Les Pays-Bas s’appuient sur des modèles de productions intensifs mais affichent une volonté de produire de façon plus durable, la pression sociétale et environnementale étant croissante dans le pays. La production de lait de vache est relativement stable depuis 3 ans (14 milliards de litres), mais les prix du foncier très élevés pèsent sur la rentabilité des éleveurs. Deuxième exportateur mondial, les Pays-Bas bénéficient d’une balance commerciale fortement excédentaire (+6,7 milliards USD en 2020), et ses exportations continuent à progresser. Cependant, la forte concentration de ses exportations au sein de l’Union européenne (55%) et sa présence limitée sur les zones porteuses, excepté en Chine (17%), peuvent fragiliser sa position à long terme. »

« L’Irlande voit sa production progresser régulièrement depuis une dizaine d’année (+45% sur 6 ans). Le climat est favorable à la production laitière, qui peut ainsi s’appuyer sur des systèmes herbagers, avec un coût de production maitrisé. La production connait, toutefois, une très forte saisonnalité. Les exportations sont également en progression, mais le pays pèse encore assez faiblement sur les marchés internationaux. »

« L’Allemagne reste un acteur de poids dans le secteur laitier, et se positionne comme le 1er producteur européen, avec une production qui oscille entre 32 et 33 milliards de litres. La filière s’appuie sur de nombreux avantages compétitifs forts (sécurité sanitaire, recherche en santé animale, etc.). A l’instar des autres producteurs européens, la pression environnementale et sociétale se fait ressentir de façon croissante sur les industries d’élevage et de transformation. La collecte et production industrielles sont très concentrées autour des leaders (Müller, DMK). Bien que que le marché local soit conséquent, la filière laitière affiche une balance commerciale largement excédentaire grâce à un très haut niveau d’exportations (11 milliards d’USD). Cependant, sa présence majoritairement dans l’Union européenne et peu dans les zones porteuses pèse dans sa compétitivité globale. »

« Le Danemark se positionne au 6e rang du classement, malgré un niveau de production limité. Il bénéficie d’atouts indéniables : un climat favorable, une excellente organisation de surveillance et de défense sanitaire, une collecte concentrée autour d’un acteur à dimension internationale, Arla Food… En revanche, il doit faire face à des problématiques structurelles : difficultés d’accès au foncier et un endettement accru des éleveurs laitiers. Les pressions sociétales et environnementales sont également en hausse et doivent être prises en compte dans l’organisation de la production. »

« Premiers producteurs de lait de vache au monde, les États-Unis se classent 7es. Ils doivent régulièrement faire face à des incidents climatiques (sécheresses ou inondations). La durabilité des ressources et la gestion de l’eau deviennent des enjeux forts pour la filière dans certaines zones, à l’image de la Californie qui est régulièrement en proie à des restrictions. Les producteurs bénéficient d’une marge sur coût alimentaire particulièrement élevée grâce à un prix du lait très bien situé. Les exportations sont importantes (6 milliards d’USD) mais elles pèsent peu au regard de la production du pays. Si la filière compte des acteurs de poids à l’échelle internationale, Dairy Farmers of America (leader mondial), California Dairies, et Schreiber Foods, elle a cependant été confrontée à la faillite de Dean Food fin 2019. Les acteurs sont ainsi largement dépendants du marché national, qui voit la consommation de lait liquide diminuer. »

« La filière italienne tire largement partie de la renommée de sa production fromagère pour étendre ses débouchés sur ses marchés exports, principalement vers les Etats-Unis, le Japon et la Chine, même si l’UE reste le principal débouché (75%). La production italienne s’illustre toujours avec un niveau de qualité très satisfaisant (taux protéique et taux butyreux élevés), fruit d’une recherche notable et d’une politique de contrôle laitier efficace. Le secteur de la transformation italienne reste atomisé entre un nombre important de petites et moyennes laiteries, principalement localisées dans les régions du nord de l’Italie. »

« La Pologne se classe 9e mais elle voit régulièrement sa production progresser (+13% en 6 ans). Elle bénéficie de faibles coûts de la main d’œuvre et de foncier, qui sont des avantages compétitifs forts. La filière est en pleine restructuration depuis plusieurs années et a réussi à augmenter sa productivité laitière tout en diminuant la taille de son cheptel. Les secteurs de la santé animale et du contrôle de la qualité restent des enjeux majeurs pour assurer un développement du secteur sur le long terme. Cependant, le marché local en croissance offre de bonnes perspectives à la filière pour asseoir son développement, même si l’offre reste encore peu diversifiée. »

« L’Australie gagne deux places au classement. Depuis quelques années, l’Australie est régulièrement touchée par des intempéries climatiques (sécheresses, fortes pluies, incendies, etc.). Les principaux bassins laitiers australiens, notamment l’Etat de Victoria qui regroupe deux tiers de la production nationale de lait, n’ont pas été épargnés. Après une baisse de production en 2019, la production laitière australienne augmente en 2020, sans pour autant retrouver le niveau de 2018. Néanmoins la production locale de fromages se porte bien, avec une demande croissante des consommateurs. Les exportations sont relativement stables, et l’Australie exporte principalement dans la zone asiatique. »

« Le Brésil, 3e producteur mondial après les Etats-Unis et l’Inde, s’appuie sur de nombreux avantages compétitifs, notamment un coût du foncier et de la main d’œuvre faibles. Cependant, la crise économique qui touche le pays n’est pas favorable à la filière, d’autant plus que le Brésil est quasiment absent de la scène internationale. Le secteur laitier s’appuie sur une multitude d’acteurs et souffre d’une faible concentration. »

« Le Royaume-Uni a produit 15 milliards de litres de lait de vache en 2020, ce qui le place parmi les acteurs majeurs au sein de l’Europe. Sa production augmente lentement, mais le pays reste toujours déficitaire et affiche une balance commerciale négative (-1,9 milliards d’USD), en raison notamment des importations de fromages en provenance de France et d’Italie. »

« L’Argentine fait face à des difficultés économiques et la dévaluation du peso argentin renchérit le coût des matières importées. La campagne 2020 se solde par une hausse de collecte, après quelques années difficiles. La production du pays s’établit à 11 milliards de litres de lait de vache. Le coût de la main d’œuvre et la croissance démographique élevée sont autant d’atouts. Cependant, l’offre locale est peu diversifiée, et les exportations se maintiennent à un niveau très faible. »

BC

A visionner :

Vidéo mensuelle de conjoncture laitière (Cniel, 5 janvier 2022)

A télécharger :

L’agroalimentaire français s’internationalise (Insee, 13 janv. 2022)

Conjoncture laitière au 23 décembre 2021 (Cniel)

Conjoncture du lait de montagne (Cniel, 23 déc. 2021)

Prospective lait de vache 2030 (Chambre d’agriculture des Pays de la Loire)

Tableau de bord hebdomadaire des produits laitiers (FranceAgriMer, 17 déc. 2021)

La collecte en repli de 1,9 % en octobre 2021 (ministère de l’agriculture, 15 déc. 2021)

Les coûts de production en hausse de 17,4 % en octobre 2021 (ministère de l’agriculture, 15 déc. 2021)

A lire également :

La collecte dans le rouge vif (14 déc. 2021)

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