La méthanisation s’enrhume

L’AAMF redoute un effondrement du nombre de projets de méthanisation au second semestre 2024, faute de revalorisation des tarifs de rachat.

En première analyse, les chiffres présentés par l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), le 14 février à Paris, sont encourageants pour la filière du biogaz. En janvier 2023, la France comptait 514 sites en injection pour une capacité raccordée de 9 TWh, soit « l’équivalent d’un réacteur nucléaire », et sans doute le double d’ici à un an à en juger par le nombre d’installations sur le point de démarrer, explique Mauritz Quaak, polyculteur-éleveur de vaches limousines en Seine-et-Marne et vice-président de l’AAMF. En cogénération, l’AAMF recense 966 sites pour une puissance installée de 565 MWh en juin 2022. Depuis, les chiffres n’ont pas dû beaucoup évoluer dans la mesure où seuls « deux projets » auraient été déposés l’an passé, rapporte Adeline Canac, éleveuse d’ovins laitiers dans l’Aveyron et administratrice de l’AAMF. Pis, « on devrait se rapprocher de zéro projet d’ici à la fin 2024 ».

Selon l’AAMF, le contexte économique et réglementaire a profondément changé depuis deux ans dans la filière de la méthanisation agricole. L’arrêté tarifaire du 23 novembre 2020, qui se traduit par une baisse d’environ « 12 à 20 % » du tarif de rachat du biogaz injecté selon Mauritz Quaak, se télescope avec des charges en forte augmentation, qu’il s’agisse des coûts de construction ou de mise à niveau imposés par les normes ICPE (1) 2023 et 2025 – « le prix de la ferraille a doublé » – ou du prix de l’électricité utilisée pour faire fonctionner le méthaniseur. En cogénération, l’ajustement tarifaire de – 0,5 % par trimestre imposé par l’arrêté de 2016 se traduit par un prix de rachat amputé de « 12 % pour les éventuels nouveaux projets », ajoute Adeline Canac.

Les dirigeants de l’AAMF sont d’autant plus amers que la méthanisation peut faire valoir quantités d’atouts pour les exploitations agricoles (gestion efficace des effluents d’élevage, baisse d’achat de fertilisants…), pour l’environnement (réduction des gaz à effet de serre, substitution d’énergies fossiles par une énergie renouvelable…) et pour les territoires (emplois locaux, valorisation de déchets, réseaux de chaleur…). Et qu’elle en a sous le pied. « Si la France continue sur la lancée de ces dernières années, le gaz vert pourrait compenser les importations de gaz russe d’ici à 2030, avec un doublement des sites de méthanisation agricole », envisage Mauritz Quaak.

Benoît Contour

(1) Installation classée pour la protection de l’environnement

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