L’agrivoltaïsme commence à inquiéter

Les Jeunes Agriculteurs (JA) et la Confédération paysanne dénoncent le développement du solaire photovoltaïque sur les terres agricoles.

« Jeunes Agriculteurs demande un moratoire sur l’agrivoltaïsme en France », annonce le syndicat dans un communiqué du 22 septembre. « Face à une volonté de l’Etat et des énergéticiens d’accélérer brutalement le développement de l’agrivoltaïsme en France, et sans le moindre signal positif en vue de déployer le photovoltaïque sur les toitures, parking, ou autre bâti et terres polluées ; face à un manque d’encadrement par la loi demandé depuis plusieurs années par Jeunes Agriculteurs pour une agriculture durable et nourricière, Jeunes Agriculteurs a décidé en conseil d’administration de durcir le ton et de s’opposer à la poursuite de tous projets agrivoltaïques tant que les conditions demandées ne seront pas garanties par l’Etat. »

« Ce matin, à l’occasion d’une table-ronde organisée par le sénateur Franck Ménonville sur une proposition de loi concernant l’agrivoltaïsme, Jeunes Agriculteurs a annoncé publiquement un durcissement de sa position décidé en conseil d’administration la veille. Le syndicat demeure un franc opposant au développement du photovoltaïque au sol. En effet, alors que près de la moitié des agriculteurs aura l’âge de faire valoir ses droits à la retraite d’ici cinq ans, l’enjeu de la transmission est fondamental. Il convient de poser dès maintenant les garde-fous nécessaires pour le devenir des terres agricoles et donc de notre souveraineté alimentaire. La stricte priorité doit demeurer l’installation d’agriculteurs et non de panneaux solaires. Le risque porte en effet sur un phénomène de spéculation et de détournement de la vocation nourricière des fermes dans un contexte démographique inédit. »

« Jeunes Agriculteurs demande ainsi un moratoire sur toute volonté réglementaire de développer l’agrivoltaïsme. Les installations photovoltaïques doivent être strictement installées en priorité sur les terres déjà artificialisées, notamment les terrains pollués, les toitures, les couvertures de parkings. Le moratoire que nous demandons traduit une ferme opposition au développement d’installations photovoltaïques situées sur une parcelle agricole tant que les terres et toitures mentionnées ne seront pas couvertes dans leur plus grande partie. Nous demandons, sur ce point, un recensement précis des surfaces concernées et du potentiel de production d’énergie. Par ailleurs, cette première condition doit être assortie d’une obligation généralisée de couvrir toutes constructions neuves, ou rénovées, avec des panneaux photovoltaïques, accompagnée par des subventions publiques à la hauteur pour accélérer le déploiement. Enfin, la nécessaire accélération des projets de raccordement, telle qu’annoncée par le Président de la République sur Les Terres de Jim, est aussi vivement attendue, accompagnée de subventions. »

« Ce moratoire doit permettre à la profession et aux pouvoirs publics d’atteindre sereinement les termes de notre doctrine commune JA / FNSEA / Chambre d’Agriculture France à inscrire dans la loi, tout en rappelant les nuances qui s’imposent entre vitesse et précipitation, et ce, malgré toutes les bonnes volontés. Il serait en effet inconscient de sacrifier l’agriculture pour un développement incontrôlé et irréversible des énergies renouvelables sur les terrains agricoles. Jeunes Agriculteurs se fera toujours le gardien de nos terres, qui demeure l’outil indispensable à l’installation des jeunes. »

« 2 000 ha menacés dans la Nièvre » (Conf’)

« Monsieur le Président, ne tombez pas dans le panneau de l’agrivoltaïsme ! », écrit la Confédération paysanne dans une lettre ouverte adressée le 20 septembre à Emmanuel Macron. « La loi sur l’accélération des énergies renouvelables (AER) sera prochainement débattue au Parlement. Vous avez déclaré, lors de la fête agricole Terres de Jim le 9 septembre, qu’elle « va permettre d’aller plus vite sur l’agrivoltaïsme et de développer des projets qui sont indispensables, en mettant des règles claires pour éviter les abus ».

« Alors que les gisements photovoltaïques sur les toitures et les espaces artificialisés sont largement suffisants pour répondre à la demande d’électricité renouvelable, la Confédération paysanne vous alerte sur les dangers de l’agrivoltaïsme, une notion marketing qui vise à légitimer un opportunisme foncier et financier dans un contexte économique et climatique difficile à supporter pour le monde paysan. »

« Ses effets pervers sont multiples : artificialisation qui porte atteinte à la vocation nourricière de la terre, précarisation des paysan·nes, manne financière générant des conflits d’intérêt, perte de la qualité de vie au travail, dégradation des paysages, menace pour la biodiversité… L’agrivoltaïsme et les centrales photovoltaïques sur les terres agricoles ont un impact majeur sur les prix et la disponibilité du foncier, en contradiction avec votre objectif de doublement des installations de paysan·nes pour assurer le renouvellement des générations. »

« Attachée à la transition écologique, la Confédération paysanne est bien sûr engagée d’abord dans la sobriété puis dans la transition énergétique. Mais, cela ne doit en aucun cas se faire sur la base d’un modèle financier au détriment des agriculteur·trices et habitant·es des territoires. »

« Partout en France, la Confédération paysanne se mobilise ainsi contre des projets portés par des sociétés, souvent multinationales, qui s’enrichissent sur le dos des paysan·nes en les dépossédant de leur autonomie. C’était le cas ce samedi 10 septembre dans l’Hérault contre le projet Solarzac. Dans le Maine-et-Loire, le cas emblématique des serres de Bourgneuf, aujourd’hui dépourvues de toute activité agricole, pourrait vous être conté par votre Ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, qui avait donné son blanc-seing au démarrage de ce projet. La Confédération paysanne de Maine-et-Loire tient à votre disposition les photos marquantes de ce scandale. »

« Dans la Nièvre, pas moins de 2 000 ha de terres agricoles sont menacés par l’installation de panneaux photovoltaïques au sol ! C’est pourquoi, à notre tour, nous vous invitons à la fête paysanne de la Confédération paysanne de la Nièvre ce samedi 24 septembre sur la ferme de Sylvain Ratheau à Cropigny, dans ce département soumis en première ligne aux ravages de l’agrivoltaïsme. Nous vous ferons part de nos inquiétudes et de nos propositions pour que la souveraineté énergétique ne se fasse pas au détriment de la souveraineté alimentaire. »

BC

A télécharger :

Risques et opportunités de l’agrivoltaïsme (Crédit Agricole, 30 sept. 2022, page 2 du document)

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