Le bœuf fragilisé par la demande

Une stricte observance du 4e Programme national nutrition santé (PNNS) aurait un effet fortement déflationniste sur la consommation et sur le prix à la production (-11%) de la viande bovine dès 2021, montre une simulation du Centre d’étude et de prospective (CEP) du ministère de l’agriculture.

Le PNNS 4, lancé en octobre 2019, conseille d’augmenter la consommation de fruits et légumes pour atteindre au total 500 grammes par personne et par jour, de manger deux fois par semaine des légumes secs (lentilles, pois chiches, etc.), de réduire la part des produits salés, sucrés, et de la viande dans son alimentation, afin de s’approcher, pour cette dernière, des 500 grammes par personne et par semaine pour le total des viandes bovine, ovine et porcine, hors volaille (1). Par comparaison, la prolongation des tendances actuelles conduirait, sur la période 2017-2021, à une consommation hebdomadaire de viande rouge (bœuf + mouton) de 349 g (-12%), à laquelle s’ajouteraient 486 g de porc (+2%). Soit un total de 835 g, hors volaille.

Si les recommandations du PNNS 4 devaient s’appliquer en 2021, plutôt que le scénario tendanciel de référence, « la réduction de la consommation de viande aurait d’abord un impact sur son prix (…) La viande bovine serait la plus durement touchée : son prix chuterait de 11% par rapport au scénario de référence. La viande ovine verrait son prix reculer d’environ 8%. Les impacts seraient plus faibles pour les viandes porcine et de volaille : leurs prix baisseraient respectivement de 2% et 1% », montrent les simulations économétriques réalisées par le CEP.

Marges et EBE en berne

« Suite à la diminution probable des prix, les marges à l’hectare des exploitations mixtes seraient en baisse par rapport au scénario de référence (-5%). Ces résultats sont principalement dus aux pertes de marge dans les ateliers ovins (-8%) et bovins (-36%). Finalement, l’excédent brut d’exploitation (EBE) des ateliers animaux des fermes mixtes connaîtrait une contraction de 19%, ce qui rendrait la production de cultures de vente plus attractive. On observerait donc une réorientation des surfaces au sein des fermes mixtes : les ateliers animaux perdraient environ 2% des surfaces nécessaires à ces productions (superficies fourragères incluses), tandis que les surfaces des productions végétales progresseraient de 2%. »

« Il est vraisemblable que les régions spécialisées dans l’élevage intensif seraient confrontées à des défis importants alors que celles de cultures végétales seraient plus résilientes (…) Dans tous les cas, si le régime alimentaire s’orientait effectivement vers une diminution significative de la consommation de viande, l’adaptation des filières représenterait un enjeu important auquel il semble indispensable de réfléchir dès à présent. » Et le CEP de rappeler que l’interprofession bétail et viande (Interbev) préconise, depuis le SIA 2019, de « manger moins de viande en quantité, mais de meilleure qualité, produite en France et selon des conditions répondant aux nouvelles attentes sociétales ». Un message implicite dans la mise en avant, cette année au SIA, du Label Rouge.

BC

(1) Le PNNS « n’a pas identifié à l’heure actuelle, dans la littérature scientifique, de seuil au-delà duquel la santé serait négativement impactée » par la consommation de volaille, note le CEP.

A télécharger : Les impacts de la baisse de la consommation de viande sur l’agriculture française (CEP, février 2020)

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