Après plusieurs trimestres de progression, la production laitière mondiale commence à marquer le pas. RaboResearch anticipe un ralentissement de l’offre au second semestre 2026, avant une stagnation au premier semestre 2027. Dans le même temps, les marchés des protéines restent bien orientés, contrairement au beurre et aux fromages.

La croissance de la production laitière des sept grandes régions exportatrices mondiales, les « Big 7 », n’a atteint que 1,4 % sur un an au troisième trimestre 2026. Il s’agit de la progression la plus faible enregistrée depuis le début de 2025. Selon RaboResearch, le rythme devrait encore ralentir au second semestre, à seulement 0,5 %, avant un léger recul de 0,2 % au quatrième trimestre. La production pourrait ensuite stagner au premier semestre 2027.
L’offre sous pression
En Europe, la vague de chaleur de cet été a pesé sur les performances des troupeaux. Les éleveurs doivent également composer avec des marges moins favorables et des contraintes environnementales qui limitent les possibilités de développement de la production dans plusieurs pays. Aux Pays-Bas et au Danemark, les politiques de réduction des émissions d’ammoniac s’accompagnent notamment d’une pression sur les cheptels.
Les États-Unis affichent encore une dynamique différente. Le cheptel laitier a progressé de près de 400 000 vaches en deux ans et les gains de productivité soutiennent la collecte. RaboResearch prévoit ainsi une hausse de 2 % de la production américaine en 2026. Mais la remontée des coûts alimentaires devrait réduire les marges au second semestre et freiner progressivement cette dynamique. La Nouvelle-Zélande et l’Australie ont, elles aussi, débuté leur saison sur une note favorable. Le développement potentiel d’un épisode El Niño constitue toutefois un risque pour les prochains mois, avec la perspective de conditions plus sèches au moment où la production est la plus importante.
Les protéines tirent leur épingle du jeu
Le ralentissement de l’offre ne profite pas de la même manière à tous les produits laitiers. Les poudres de lait, notamment la poudre de lait écrémé et la poudre de lait entier, ainsi que les concentrés et isolats de protéines de lactosérum, bénéficient d’une demande soutenue. La consommation asiatique et l’engouement pour les produits riches en protéines constituent les principaux moteurs. À l’inverse, les marchés du beurre et du fromage restent davantage sous pression. L’offre mondiale de matières grasses demeure abondante et les cours du beurre peinent à retrouver une dynamique haussière. Les prix des fromages reculent également sur les marchés internationaux, malgré une demande à l’exportation qui reste solide en Europe et aux États-Unis.
La Chine change de rôle
Autre évolution importante, le marché chinois semble atteindre un point d’inflexion. La production intérieure ralentit avec la réduction du cheptel, tandis que la demande commence à se redresser. Après avoir pesé sur les échanges mondiaux, la Chine pourrait ainsi progressivement cesser d’être un facteur de frein pour le marché laitier international. Cette amélioration intervient alors que les habitudes de consommation évoluent. La recherche d’aliments riches en protéines reste particulièrement dynamique, tandis que le développement des traitements contre l’obésité de type GLP-1 favorise l’émergence de nouvelles gammes alimentaires à forte densité nutritionnelle.
2027 sous surveillance
Le principal facteur de risque reste toutefois la rentabilité des élevages. Aliments du bétail, engrais, énergie, fret et taux d’intérêt continuent de peser sur les coûts de production. Dans de nombreuses régions, la dégradation des marges réduit les capacités d’investissement et les perspectives d’augmentation des cheptels.
À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, susceptibles de maintenir des coûts élevés pour l’énergie, le fret et les engrais, ainsi que les incertitudes climatiques.
Le marché mondial du lait semble donc entrer dans une phase de croissance beaucoup plus modérée. Si la demande chinoise confirme son redressement et que le risque climatique reste contenu, le ralentissement de l’offre pourrait contribuer à rééquilibrer progressivement les marchés en 2027.
Grands Troupeaux Magazine Le magazine d'élevage qui voit grand