Le mouvement amorcé ces dernières années s’accélère brutalement. Selon les estimations d’Agreste arrêtées au 1er juin 2026, les surfaces françaises de maïs grain atteindraient seulement 1,31 million d’hectares, semences comprises. En un an, la culture perdrait près de 304 000 hectares, soit une baisse de 19 % ! Le maïs ensilage résiste mieux mais il a perdu près de 10 % de sa sole en cinq ans !

Pour les surfaces de maïs grain, il s’agit du niveau le plus faible observé depuis de nombreuses années, avec une sole inférieure de 13 % à la moyenne des cinq dernières campagnes. Le recul touche quasiment l’ensemble du territoire mais frappe particulièrement les régions de l’Ouest. Les surfaces diminueraient de 29 % en Normandie, de 33 % dans les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire, de 35 % en Poitou-Charentes et encore de 22 % en Midi-Pyrénées. Même l’Aquitaine, première région productrice française, verrait ses emblavements reculer de 16 %. Cette évolution dépasse largement le seul cas du maïs. Plus généralement, les céréales de printemps et d’été reculent au profit des cultures semées à l’automne et des oléagineux.
Le maïs fourrage résiste mieux, mais recule lui aussi
Le mouvement de repli ne concerne pas uniquement le maïs grain. Selon les estimations d’Agreste, les surfaces de maïs fourrage atteindraient 1,13 million d’hectares en 2026, contre 1,20 million en 2025. La baisse reste limitée à 5,3 % sur un an, mais elle confirme une tendance plus durable : la sole est désormais inférieure de près de 10 % à la moyenne des cinq dernières campagnes. Après avoir culminé à 1,29 million d’hectares en 2022, le maïs fourrage a perdu environ 155 000 hectares. Cette évolution traduit les mêmes préoccupations que pour le maïs grain : sécheresses estivales récurrentes, incertitudes sur la disponibilité de l’eau et recherche de systèmes plus résilients face aux aléas climatiques. Dans plusieurs bassins d’élevage, certains producteurs diversifient leurs ressources fourragères en intégrant davantage de prairies temporaires, de méteils ou d’autres cultures mieux adaptées aux épisodes de stress hydrique. Le développement de ces alternatives vise à sécuriser les stocks tout en limitant la dépendance à une seule culture. Pour autant, le maïs fourrage résiste nettement mieux que le maïs grain. Sa forte valeur énergétique, sa facilité de conservation et son rôle central dans l’alimentation des troupeaux laitiers et allaitants continuent d’en faire un pilier des systèmes d’élevage. Le recul observé traduit davantage une adaptation progressive des exploitations qu’un véritable abandon de la culture.
Le climat change les règles du jeu
Le principal facteur expliquant cette désaffection est climatique. Longtemps considéré comme une culture productive et relativement sécurisée, le maïs est aujourd’hui confronté à une succession d’étés chauds et secs qui remettent en cause sa rentabilité. La culture présente des besoins en eau élevés précisément au moment où les disponibilités hydriques deviennent les plus incertaines. Dans de nombreuses régions, les restrictions d’irrigation sont devenues plus fréquentes tandis que les réserves d’eau suscitent des débats sociétaux et réglementaires de plus en plus vifs. Pour les producteurs non irrigués, les risques de pertes de rendement se sont fortement accrus. Même en irrigation, les coûts de pompage et les incertitudes sur l’accès à l’eau conduisent certains exploitants à revoir leurs assolements. Le maïs apparaît ainsi comme une culture exposée à un risque climatique croissant, alors que d’autres espèces offrent davantage de souplesse.
Les céréales d’hiver reprennent l’avantage
Face à ces contraintes, de nombreux agriculteurs privilégient désormais les cultures d’hiver. Le blé tendre progresse de 3 % en 2026 pour atteindre 4,63 millions d’hectares. Le triticale gagne près de 8 % et le seigle plus de 16 %. Ces cultures présentent plusieurs avantages. Semées à l’automne, elles valorisent les pluies hivernales et printanières, échappent en partie aux sécheresses estivales et nécessitent généralement moins d’irrigation. L’amélioration des conditions de semis à l’automne 2025 a également favorisé ce basculement. Après plusieurs campagnes marquées par des excès d’eau empêchant les implantations, de nombreux agriculteurs ont pu revenir vers des rotations plus classiques. L’autre grand gagnant de la campagne 2026 est le groupe des oléagineux. Les surfaces progressent d’environ 12 % sur un an, portées par le colza et le tournesol. Le colza gagne à lui seul près de 150 000 hectares tandis que le tournesol progresse d’environ 70 000 hectares.
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