Le pâturage sous canopée

À Souleuvre en Bocage (Calvados), Yoan Bizet et Daphné Huet font figure de pionniers de l’agrivoltaïque en élevage laitier. Sur 3,4 ha, ils expérimentent une canopée agrivoltaïque dédiée au pâturage d’un troupeau de 130 Holsteins. Implantés à 4 m de hauteur, les panneaux n’entravent ni le déplacement des animaux ni les travaux de fenaison. 

La canopée agrivoltaïque a pris la place d’anciens pommiers dans les pâtures de l’exploitation. Cette centrale solaire de grande dimension se compose de 5 192 panneaux photovoltaïques. Ici, pas de production de cidre ou de Calvados, mais de l’électricité renouvelable.  Avec une puissance installée de 2,9 MWc sur 3,4 ha, l’installation produit chaque année environ 3 700 MWh. Le projet a vu le jour grâce à un financement participatif réunissant 285 investisseurs locaux. La canopée fonctionne comme un tracker, s’inclinant pour capter un maximum de rayonnement solaire. En cas de pluie, les panneaux se positionnent à la verticale et laissent passer l’eau. Cette installation pionnière, mise en place par TSE, fait l’objet d’un suivi scientifique de long terme. L’éleveur entame sa deuxième année d’exploitation et commence à en tirer les premiers enseignements. Deux troupeaux sont suivis en parallèle : l’un pâture sous la canopée, l’autre évolue sur des prairies sans aménagement particulier.

DES PRAIRIES PLUS RÉSILIENTES

Cet été, les écarts entre les prairies aménagées et non aménagées sont flagrants. « Cet été, les parcelles sans canopée étaient complètement jaunies. Sous les panneaux, l’herbe est restée verte, avec presque un doublement du tonnage de matière sèche récolté », témoigne l’éleveur. L’effet tampon de la canopée sur le stress hydrique apparaît particulièrement marqué lors des périodes de sécheresse estivale.

Au-delà de la végétation, Yoan Bizet note aussi des changements de comportement chez les animaux. « Dès que la température dépasse 25 °C, le troupeau témoin se regroupe à la barrière pour rentrer dans le bâtiment, alors que celui pâturant sous les ombrières semble nettement moins affecté par la chaleur. »

Pour autant, l’éleveur se montre mesuré dans ses conclusions. Les résultats devront être confirmés dans la durée, la canopée agrivoltaïque faisant l’objet d’un suivi scientifique sur neuf ans par les instituts de recherche.

ET LA PRODUCTION LAITIÈRE ?

Les deux troupeaux sont traits par des robots Merlin. Sur le plan zootechnique, aucune différence notable n’apparaît entre les groupes : la production laitière reste stable tout au long de l’année, entre 31 et 36 litres par vache et par jour. La fréquentation des robots se situe entre 2,5 et 2,8 traites quotidiennes par animal.

L’éleveur a par ailleurs relancé le pâturage il y a deux ans. « Le troupeau est encore en phase d’apprentissage, d’autant que les vaches n’étaient pas sorties depuis 15 ans. Le pâturage m’a semblé pertinent pour limiter les problèmes de boiteries », explique-t-il. Le bâtiment dispose de logettes, complétées par une aire paillée réservée aux animaux les plus sensibles.

Côté énergie, la production d’électricité reste la propriété de TSE, l’éleveur étant lié au groupe par un bail emphytéotique de 40 ans. « Le revenu généré dépasse celui d’une culture céréalière », précise-t-il.

L’AUTONOMIE ÉNERGÉTIQUE

L’impact potentiel des installations sur le troupeau figurait parmi les principales préoccupations de l’éleveur.  « Je craignais tout particulièrement l’émergence de pollutions électromagnétiques. À ce jour, aucun effet n’a été constaté. Le niveau de cellules se situe entre 90 000 et 180 000 unités par millilitre, ce qui n’a rien de problématique, d’autant qu’entre-temps deux robots de traite ont été installés »

La production d’énergie, au cœur de la stratégie de l’exploitation, repose sur une forte diversification. Ainsi, des panneaux photovoltaïques ont été installés sur les toitures des bâtiments, pour une puissance d’un mégawatt. Le couple a également investi dans une unité de méthanisation de 500 kw en cogénération. « Nous ne valorisons aucun fourrage dans le méthaniseur et n’utilisons que des effluents d’élevage et des déchets d’industries. Le digestat est ensuite valorisé pour fertiliser nos parcelles, tandis que la chaleur produite est utilisée pour sécher les foins et les fourrages. Nous avons aussi signé des contrats avec des coopératives pour le séchage ».

L’autonomie constitue l’objectif final de Yoan Bizet, qui n’achète plus que du correcteur azoté et des minéraux, notamment du calcium. « Il y a dix ans, j’ai complètement changé de système. Auparavant, nous produisions des céréales et achetions toute l’alimentation à l’extérieur. Aujourd’hui, je ne produis que des fourrages et je n’achète quasiment plus rien. Le maïs est destiné à la production de grain ou d’ensilage épis pour le troupeau ».

PROPOS RECUEILLIS PAR ERWAN LE DUC

 

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