Des jersiaises au robot

Installés dans les années 1980, les associés du Gaec de la Moisandière ont, dès le départ, orienté leur stratégie sur la qualité de la matière utile du lait. Ils ont fait le choix de la race Jersiaise, une décision qui s’inscrit pleinement dans cette vision. La robotisation, adoptée plus récemment, ne déroge pas à cette ligne directrice.

En matière de robotisation, les conseillers d’élevage préconisent souvent d’optimiser les volumes de lait par stalle. Cependant, dans les Basses Vallées angevines, les associés du Gaec de la Moisandière ont adopté une approche différente. Ils se sont concentrés sur la qualité de la matière utile du lait. Cette stratégie, entreprise dès les années 1980, a porté ses fruits. « Nous avons misé sur la race Jersiaise et nous sommes rendus au Danemark, où nous avons acquis 20, puis 30 bêtes. À l’époque, nous étions quasiment les seuls à emprunter cette voie. Nous n’avions pas de référence technique, mais nous disposions du soutien de notre banquier », se souvient Philippe Bourgeau.

Confrontés aux limites imposées par les quotas laitiers, les éleveurs ont cherché à améliorer leur revenu en misant sur la qualité de la matière utile. Bien que l’instauration des quotas “matière grasse” ait d’abord été un obstacle, leur persévérance a fini par payer. Aujourd’hui,  en race Jersiaise, ils sont leaders en France pour le taux de protéines (TP) et figurent dans le Top 10 pour le taux de matières grasses (TB). En 2023, la laiterie a enregistré des taux de 62,9 g/kg pour le TB et de 44,6 g/kg pour le TP, témoignant de la justesse de cette approche pionnière en France.

DEUX ROBOTS GEA

Le bilan carbone de la race Jersiaise est très favorable, grâce à une efficacité alimentaire remarquable. « En 2023, grâce à la matière utile, nous avons obtenu un surplus de 150 €/1 000 litres par rapport au prix de base. ». De plus, l’élevage a donné naissance à Fabuleuse, la première vache française de race Jersiaise à dépasser les 100 000 kg de lait standard au cours de sa carrière. Philippe Bourgeau a travaillé cette souche pour améliorer le niveau génétique de l’élevage, avec des résultats probants, comme Urimage, une reproductrice qui a intégré la station de donneuses d’embryons de Synetics.

Les robots de traite ont été installés au Gaec de la Moisandière pour pallier le manque de main-d’œuvre et réduire la fatigue liée à la traite. « Après 50 000 heures passées à traire, j’ai des problèmes d’épaule. L’alimentation des veaux et la traite nécessitent 35 heures de travail par semaine, soit l’équivalent du temps de travail d’un salarié. » Pour mener à bien ce projet, les associés ont investi 500 000 €. Désormais, avec une moyenne de 3,12 traites/VL, ils maîtrisent parfaitement cet outil et prévoient d’augmenter le cheptel à 150 vaches. « Les robots GEA permettent une intervention facile et un travail à hauteur d’homme, ce qui est particulièrement adapté aux Jersiaises. La distribution débute concomitamment à la traite et se termine dès que celle-ci est finie. Une guillotine régule l’ouverture et la fermeture de l’auge, optimisant ainsi le temps de présence des vaches dans le robot. »

L’installation des robots a nécessité l’extension de la stabulation et la construction d’un nouveau bâtiment équipé de caillebotis et de logettes matelas, tandis que l’ancien bâtiment fonctionne sur aire paillée. Le cheptel est désormais réparti en deux lots, équitablement répartis entre ces deux espaces. Philippe Bourgeau note l’avantage sanitaire du caillebotis.

RECHERCHE DE VALEUR AJOUTÉE

Fidèles à leur stratégie, Philippe Bourgeau et son associé cherchent à maximiser la valeur ajoutée de leurs produits. Pour les vaches de réforme, ils collaborent avec JA Gastronomie, une société angevine fondée en 2002, spécialisée dans la découpe à la carte de différentes viandes à destination de restaurateurs, parfois éloignés. Bien engraissée, la Jersiaise transforme efficacement les fourrages en une viande persillée et tendre, dont le prix atteint 5,50 €/kg. Les éleveurs utilisent également des paillettes sexées d’Angus pour produire des veaux bien valorisés via ce même créneau, avec une plus-value intéressante de 100 € par veau. Ils participent également au projet Cooperl pour la production de veaux femelles croisés Angus.

Enfin, l’élevage de vaches nourrices permet de maintenir un troupeau jeune, avec une moyenne de 2,2 lactations, et de faire progresser rapidement le niveau génétique de l’exploitation.

ERWAN LE DUC

EN CHIFFRES…

LE GAEC LA MOISANDIÈRE (MAINE-ET-LOIRE) 

  • deux associés Frédéric et Philippe Bourgeau et un salarié à mi-temps
  • une SAU(1) de 220 ha 
  • 120 Jersiaises conduites en deux lots
  • une moyenne de 5 385 kg (TB(2) moyen de 59,7 g/kg et TP(3) de 43,5 g/kg
  • deux robots de traite GEA et un robot à lisier Barn-E
  • 55 charolaises en système naisseur-engraisseur

 

  1. SAU : surface agricole utile
  2. TB: taux butyreux
  3. TP : taux protéique

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