Le revenu agricole en hausse en 2022

La commission des comptes de l’agriculture a confirmé, le 6 juillet, une nette augmentation du revenu moyen en 2022.

« En 2022, la production de la branche agricole hors subventions sur les produits augmente de 16,6% en valeur, amplifiant nettement la reprise engagée l’année précédente (+8,8%) », indique Insee Première. « Cette hausse est tirée par la nouvelle élévation des prix (+17,3%), les volumes reculant légèrement (-0,6%). La production végétale augmente de 17,4% en valeur, tirée par l’évolution des prix (+15,5%) et une hausse modérée en volume (+1,7%). La production animale s’accroît de 17,5% en valeur, portée par l’augmentation des prix (+23,3%), alors que les volumes diminuent à nouveau (-4,7%). » Plus précisément, la production animale « baisse sensiblement pour les veaux (-5,1%) et les porcins (-4,1%), mais plus modérément pour les bovins (-2,4%). En France comme en Europe, le cheptel bovin diminue tendanciellement depuis 2016. La production diminue également pour le lait (-4,8%). Dans le même temps, la demande est dynamique, en particulier pour les bovins, les produits laitiers et les œufs. »

« En 2022, les consommations intermédiaires de la branche agricole augmenteraient fortement en valeur (+15,7%), sous l’effet de la hausse des prix (+22%). Ces augmentations sont bien plus élevées que celles de l’année précédente (respectivement +4,8% et +2,7%). Premier poste de dépense, les achats d’aliments pour animaux (hors produits agricoles intra-consommés) progressent de 16,4% en valeur. Leurs prix augmentent fortement (+24,6%), suivant l’évolution du prix des céréales. Tous les achats d’aliments diminuent en volume, en particulier ceux destinés aux volailles, moins nombreuses du fait de l’épizootie (influenza aviaire, ndlr). Globalement, les dépenses d’achats pour animaux diminuent de 6,6% en volume. »

+14% par actif non salarié

« Les prix de l’énergie s’accroissent de 40,6%, après la hausse déjà forte de l’année précédente (+18,4%). La facture énergétique des exploitations s’alourdit de plus d’un tiers (+35%). Liés aux prix du gaz, les prix des engrais et amendements bondissent de 79,7%. Cette hausse exceptionnelle résulte des effets successifs de la reprise économique avec la sortie du confinement, puis de la guerre en Ukraine. Leur recours diminue en volume (-12,9%), mais, sous l’effet de la hausse des prix, les achats d’engrais et amendements augmentent néanmoins de 56,4% en valeur en 2022. »

« En 2022, les subventions d’exploitation s’élèveraient à 8,2 milliards d’euros. Leur montant diminuerait d’un peu plus de 760 millions d’euros par rapport à 2021, avec l’arrêt des versements du fonds de solidarité pour les entreprises face à l’épidémie de Covid-19. En prenant en compte les subventions d’exploitation et les impôts à la production, la valeur ajoutée brute au coût des facteurs augmenterait de 12,3% en 2022. Comme l’emploi agricole continue tendanciellement de décroître (-0,5% en 2022), la valeur ajoutée brute au coût des facteurs de la branche agricole par actif croîtrait de 12,8% en 2022. En termes réels, elle augmenterait de 9,6%, après 13,1% en 2021. » Au final, le résultat brut de la branche agricole par actif non salarié progresserait de 14% en 2022, le résultat net de 18,4% (le résultat net se déduit du résultat brut en enlevant la consommation de capital fixe, précise encore l’Insee).

BC

A lire également : Les finances des élevages bovins s’améliorent (12 juillet 2023)

A télécharger :

Les comptes 2022 de l’agriculture (Insee, 6 juillet 2023)

Un niveau de production record dans toutes les régions (ministère de l’agriculture, 6 juillet 2023)

Valeur vénale des terres en 2022 (ministère de l’agriculture, 6 juillet 2023)

L’emploi agricole en 2022 (ministère de l’agriculture, juillet 2023)

Vers une pénurie de main-d’œuvre en élevage de ruminants ? (Inrae Productions animales, mai 2023)

LES REACTIONS

« Les prix s’améliorent mais les pertes de volumes inquiètent » (FNSEA)

« Les comptes nationaux de l’agriculture pour l’année 2022 sont parus ce jour. Le résultat brut de la branche agricole affiche une amélioration de 14,9%, et ce dans un contexte exceptionnel, encore difficile, marqué par les répercussions du conflit russo-ukrainien et les effets des événements climatiques extrêmes du printemps et de l’été 2022. »

« Ce résultat est une bonne nouvelle pour le revenu des agriculteurs, qui bénéficient ainsi à la fois de la hausse de prix et des effets de l’application des lois Egalim 1 et 2 malgré des charges agricoles qui demeurent à un niveau élevé. Ces avancées économiques doivent être consolidées et l’accès aux moyens de production renforcé pour donner de la visibilité à moyen et long terme aux agriculteurs. »

« Parallèlement, les comptes nationaux de l’agriculture font apparaître d’inquiétantes baisses de volumes. Les récoltes de céréales, protéagineux, betteraves et pommes de terre et la production de fourrage ont été fortement pénalisées par les conditions climatiques. La production animale se replie de 4,7% : la décapitalisation des cheptels bovins, ovins et porcins se poursuit, alors que les volailles ont subi de plein fouet l’épizootie d’influenza aviaire. Ces pertes de volumes impactent directement l’objectif de souveraineté alimentaire, réduisant d’autant la capacité de l’agriculture française à alimenter son propre marché et ouvrant ainsi la porte aux importations intra et extra Union européenne. »

« Dans ce contexte et à l’heure où l’agriculture française doit accélérer sa transition agroécologique pour participer pleinement aux enjeux de lutte contre le changement climatique et de décarbonation, tout en regagnant la souveraineté alimentaire du pays, redonner de la compétitivité aux exploitations agricoles devient une urgence. La FNSEA appelle le Gouvernement à des réponses claires dans le cadre des projets de lois de finances discutées cet automne. »

« La dé-production française se confirme » (CR)

« La Commission des comptes de l’agriculture de la nation (CCAN) a publié, ce jeudi 6 juillet, les comptes provisoires de l’agriculture pour l’année 2022. Si on peut se réjouir d’une forte hausse en valeur de la production agricole en 2022 (+16,6%), la Coordination Rurale remarque surtout que, contrairement à ses voisins, la ferme France enregistre pour la quatrième année consécutive une baisse de production en volume. »

« Cette baisse du volume produit en France est particulièrement inquiétante pour notre système productif agricole et pour notre sécurité alimentaire ! », réagit François Walraet, représentant de la Coordination Rurale à la CCAN. Cette baisse s’observe très nettement pour toutes les productions animales (-4,7%). « Ce n’est malheureusement ni climatique, ni conjoncturel mais bien structurel ; et rien ne semble pouvoir enrayer cette baisse malgré une demande qui reste dynamique. Ceci induit inévitablement une augmentation des importations. »

« De leur côté, les fruits sont non seulement les seuls à avoir vu leurs prix baisser en 2022, mais malgré un fort rebond de la production en volume (+20%), leur importation a encore augmenté en valeur pour la huitième année consécutive. En grandes cultures, l’inquiétude est forte pour 2023 puisque les consommations intermédiaires sont à des niveaux historiquement jamais atteints. Alors que nous savons déjà que les prix ne seront pas au rendez-vous, le coût des intrants ont de plus incité certains agriculteurs à faire des impasses, pénalisant de fait leur production. »

« Enfin, comme l’an dernier, le résultat brut de la branche agricole par actif non salarié augmente de 17,3% (après +20,4%). Malheureusement, si cet indicateur est au beau fixe, c’est également en partie « grâce » à la baisse de l’emploi non salarié (-2%). Une fois de plus, la Coordination Rurale constate que l’agriculture française semble être un bateau livré à lui-même dans la tempête, ballotté au gré des événements qu’aucun de ses capitaines théoriques (gouvernement, Europe…) ne semble maîtriser. Ces chiffres prouvent une fois de plus que la Pac ne permet pas d’atteindre l’objectif de souveraineté et de sécurité alimentaire. La tendance ne pourra s’inverser qu’avec une stratégie ayant pour ambition d’atténuer la volatilité des prix et de garantir des revenus décents aux agriculteurs sur le long terme. »

« Les résultats positifs de l’agriculture française se confirment » (Chambres d’agriculture)

« La Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) s’est tenue ce jeudi 6 juillet 2023 au Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire. Les comptes provisoires de l’agriculture ont été annoncés en hausse par rapport à l’année 2021. Ils ont toutefois subi une correction comparativement aux comptes prévisionnels publiés en décembre 2022.

La production agricole enregistre une progression de + 16,6% (+17,4% pour les productions végétales et +17,5% pour les productions animales). Cela s’explique par une forte progression des prix, bien supérieure à celle des volumes. C’est notamment le cas en productions animales, dont les volumes se replient de -4,7% générant des importations et une perte de souveraineté alimentaire.

Du côté des consommations intermédiaires de la branche agricole, elles augmentent fortement (+15,7%), du fait de la hausse des prix des intrants, et plus spécifiquement des postes engrais (+79,7%), énergie (+40,6%) et alimentation animale (+16,4%). Il en résulte en 2022 une progression de la valeur ajoutée brute de +17,3%, succédant à une année 2021 déjà positive (+14,4%). En tenant compte des subventions d’exploitations et des impôts à la production, la valeur ajoutée brute au coût des facteurs progresse de +12,3%. Par actif, cet indicateur croît de +12,8%, du fait d’une poursuite de la diminution de l’emploi agricole (-0,5% en 2022).

En dépit des ajustements effectués entre décembre 2022 et juillet 2023, qui s’expliquent par la dynamique des prix depuis un an, la tendance positive des résultats de l’agriculture française se confirme.

La particularité des résultats agricoles 2022 réside dans l’approche régionale. Le Grand Est et les Hauts-de-France sont les régions qui ont le plus progressé en termes de production agricole. La région Grand Est est ainsi devenue la première région agricole du pays entre 2021 et 2022.

Chambres d’agriculture France salue ces bons résultats. Cependant, du fait de la décapitalisation du cheptel français, les productions animales doivent faire l’objet d’une attention particulière.

Le contexte de volatilité des prix des matières premières, constaté depuis plusieurs années, rend plus complexe la capacité des agriculteurs à se projeter dans l’avenir pour pérenniser et développer leur exploitation. »

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