La présence du datura n’est pas un phénomène nouveau, mais son expansion récente suscite une vive inquiétude à l’Ouest de la France. Longtemps cantonnée à certaines cultures spécialisées, cette adventice hautement toxique colonise désormais les parcelles de maïs. Face à cette progression rapide, les acteurs agricoles appellent à une mobilisation collective pour limiter sa propagation.

Originaire d’Amérique centrale, le datura appartient à la famille des solanacées. Toutes les parties de la plante sont toxiques en raison de la présence d’alcaloïdes, notamment l’atropine et la scopolamine. En cas d’ingestion, ces substances peuvent provoquer des troubles digestifs et neurologiques sévères, pouvant aller jusqu’à la mort. Son identification est relativement facile dès le stade plantule. Les jeunes plants présentent deux cotylédons allongés, tandis que les feuilles deviennent dentées à partir de la quatrième feuille. Sa tige ronde permet également de la distinguer d’autres adventices comme le chénopode hybride.
Un risque sanitaire majeur pour les élevages
La contamination des fourrages représente un danger réel pour l’alimentation animale. Dans les ensilages de maïs destinés aux bovins, la présence d’un seul plant de datura pour 20 à 25 m² peut déjà constituer un risque sanitaire. Les porcs sont également très sensibles à cette plante, même à de faibles doses. Cette situation nécessite une vigilance accrue de la part des éleveurs, techniciens et chauffeurs de récolte afin d’éviter toute contamination des stocks alimentaires. Le datura possède une capacité de germination exceptionnelle. Ses graines peuvent lever du printemps jusqu’à la fin de l’été, dès lors qu’elles sont exposées à la lumière et que la température du sol dépasse 12 °C. Le travail du sol et l’irrigation favorisent également leur développement. Autre particularité préoccupante : les graines peuvent rester viables dans le sol pendant près de quarante ans. Cette longévité explique la difficulté à éradiquer durablement la plante. Pour faciliter la détection des foyers, l’utilisation de drones peut constituer un outil précieux, permettant de cartographier les zones infestées et d’adapter les stratégies d’intervention.
Des méthodes de lutte à adapter selon le niveau d’infestation
La priorité reste d’empêcher toute production de graines. L’objectif est simple : aucune graine de datura ne doit retourner au sol. Lorsque seuls quelques plants sont présents, l’arrachage manuel est recommandé. Cette opération doit être réalisée avec des gants de protection. Les plants doivent être retirés de la parcelle et laissés à sécher. En présence de capsules contenant des graines, celles-ci doivent être coupées et éliminées avec les déchets ménagers, car même les graines immatures restent capables de germer. Dans les secteurs concernés, comme le Golfe du Morbihan, des points de collecte spécifiques ont été mis en place pour faciliter l’élimination sécurisée des plants. Pour les parcelles fortement infestées, une stratégie combinant désherbage mécanique et chimique est souvent nécessaire. Compte tenu des levées échelonnées du datura, il est conseillé de maintenir une surveillance tardive et de positionner le dernier passage de désherbage jusqu’au stade 8 à 10 feuilles du maïs.
Miser également sur l’agronomie
Au-delà des interventions directes, la lutte contre le datura passe par des choix agronomiques adaptés. Dans les parcelles touchées, il est recommandé de privilégier les cultures d’hiver, telles que les céréales à paille ou le colza, ainsi que les prairies denses. Ces systèmes sont moins favorables au développement de l’adventice que les cultures de printemps comme le maïs, le tournesol ou certaines productions légumières.
Une mobilisation collective nécessaire
Face à l’extension rapide du datura en Bretagne, la prévention et la détection précoce demeurent les meilleures armes. Éleveurs, agriculteurs, conseillers et entreprises de travaux agricoles sont invités à redoubler de vigilance afin de limiter la dissémination de cette plante toxique et de préserver la sécurité sanitaire des productions agricoles.
Article réalisé à partir d’une communication conjointe de la DRAAF Bretagne, Fredon Bretagne, Arvalis et la Chambre d’agriculture de Bretagne.
Grands Troupeaux Magazine Le magazine d'élevage qui voit grand