Méthanisation : une évidence agronomique

« C’est l’agronomie qui m’a poussé vers la méthanisation », souligne Julien Delleville, méthaniseur dans l’Allier. Depuis la mise en route de son unité, il économise 35 % de glyphosate sur son exploitation. Retour sur cette démarche présentée lors d’une conférence au Sommet de l’élevage.

 Désormais, sur mon exploitation, j’utilise 35 % de glyphosate en moins !
JULIEN DELLEVILLE, AGRICULTEUR DANS L’ALLIER

Julien Delleville est méthaniseur dans l’Allier. Il valorise essentiellement des fumiers et des lisiers collectés sur les exploitations porcines et bovines environnantes pour produire du biométhane qui est ensuite injecté dans le réseau. Adepte de l’agriculture de conservation, il s’est lancé dans la méthanisation pour des motivations agronomiques et dans un souci de valoriser au mieux ce qu’il produit. « Sur mon exploitation, depuis la mise en place d’une agriculture de conservation, j’ai systématiquement recours aux couverts végétaux et aux semis directs. Mes sols ne restent jamais nus. J’applique les principes de cette agriculture pour encourager l’autonomie de mes sols. Malgré cela, au bout d’un moment, une sorte de plafond de verre a été atteint, doublé par ailleurs d’une forte dépendance au glyphosate. » Dès lors, l’agriculteur perçoit l’arrivée de la méthanisation comme une possibilité de passer un palier. « Jusqu’à présent, je devais détruire les couverts en utilisant du glyphosate (3 l/ha), puis je passais le rouleau faca, avant de resemer. Dorénavant, l’itinéraire a évolué, j’ensile les couverts que je valorise dans le méthaniseur. Ensuite, j’effectue un travail superficiel du sol avec parfois en prime un passage d’herbicide durant lequel j’applique une demi-dose de glyphosate. Sur mon exploitation, les doses de glyphosate utilisées ont diminué de 35 % ! » Autre bénéfice, les graines des adventices éparpillées dans le fumier sont détruites après passage dans le méthaniseur. Or, la gestion des adventices reste la principale difficulté en agriculture de conservation.
De son côté, l’entreprise associative Solagro a constaté, via le projet Méthalaé, les nombreux bénéfices induits par la méthanisation, notamment pour les éleveurs. « Les élevages laitiers engagés dans la méthanisation comptent moins de mammites. Ça s’explique notamment par une augmentation de la fréquence de curage pour valoriser le fumier frais qui dispose du pouvoir méthanogène le plus élevé », explique Thomas Filiatre, ingénieur chez Solagro.

QUID DE L’ÉVOLUTION DU CARBONE DANS LE SOL ?
La méthanisation est souvent décriée car elle provoquerait une diminution du carbone dans le sol. « Notre étude de suivi des exploitations ne va pas dans ce sens. Ce que nous voyons, c’est que l’arrivée de la méthanisation s’accompagne d’une progression de la teneur en carbone du sol ou, au pire, d’une stagnation », assure Thomas Filiatre. Cette évolution s’expliquerait par le fait que les Cipan (1) sont remplacées par des Cive (2). « Les Cipan, cultivées pour piéger l’azote, sont détruites chimiquement ou mécaniquement alors que les Cive sont récoltées. Leur système racinaire reste dans le sol et enrichit la teneur en matière organique. Par ailleurs, le digestat bénéficie d’une solide valeur agronomique expliquant ce résultat. »

ERWAN LE DUC

(1) Cultures intermédiaires piège à nitrates

(2) Cultures intermédiaires à vocation énergétique

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