« Il faut soutenir les volumes en bio »

En Bretagne, producteurs, laiteries, syndicalistes et responsables de filières livrent leur regard et leur analyse sur la situation du marché bio.

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« Entre ce qu’on peut entendre et lire, rien n’a bougé chez nous », relève Laurence Rannou. L’agricultrice, installée avec son mari sur la ferme des P’tits Korrigans, à Cast (Finistère), transforme le lait bio en yaourts fermiers, écoulés localement sous la marque Invitation à la Ferme. Ce réseau regroupe 44 fermes bio, toutes filières confondues. « Tout est transparent. Je vends 1,45 euro HT les quatre yaourts nature. Le prix en rayon est 1,99 euro », explique-t-elle. Actionnaires de la marque, les producteurs fixent eux-mêmes le prix de cession du lait entre l’exploitation et l’atelier de transformation. En 2023, il s’élève à 580 euros/1000 l. Décidé à l’automne, ce prix offre « sécurité et visibilité ». Cependant, dans la réalité commerciale, ce sont les mentions « local et fermier » qui « sauvent » le bio.

Moins de débouchés en GMS

Car le consommateur regarde ailleurs. « Depuis le covid, la GMS a réduit sa part du bio dans l’offre et les consommateurs privilégient les marques distributeur », constate Arnaud Ménard, responsable des relations producteurs chez Olga (ex-Triballat Noyal). L’entreprise bretonne, pionnière dans le bio, constate une baisse de consommation uniforme sur l’ensemble de ses produits. « Le fromage n’a pas absorbé la matière laitière escomptée. C’est une crise, on l’a vécue en ultra-frais il y a 3 ans. Mais ce n’est pas en pleine tourmente qu’il faut se désengager ».

Agir sur la loi Egalim

La restauration collective fait aussi défaut et l’objectif des 20% de bio fixé par la loi Egalim est loin d’être atteint. « Entre 2016 et 2020, sur les produits laitiers, conventionnels et bio, nous avons perdu 140 000 tonnes et plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires vers ce débouché alors même que se mettait en place la loi Egalim ! » se fâche Véronique le Floc’h, éleveuse laitière bio à Elliant (Finistère) et présidente nationale de la Coordination Rurale. La responsable syndicale estime que l’Etat doit prendre sa part et soutenir financièrement l’achat des volumes bio par la restauration collective.

Quid de l’avenir ?

« Avec 4 000 fermes bio en Bretagne, l’enjeu, c’est le maintien des fermes et le renouvellement des générations », martèle Sonia Frétay, éleveuse à Saint-Georges-de-Reintambault et présidente d’Agrobio 35, le groupement d’agriculteurs biologiques d’Ille-et-Vilaine. De son côté, avec environ 200 producteurs bio (ovin, bovin, caprin), Olga se dit aussi attentive au risque de déconversion, tout en restant confiante :  « Le bio a de l’avenir. Les indicateurs du bien manger sont là ».

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