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Une rallonge pour la bio

50, 70, 200 millions d’euros ? Les analyses divergent sur l’ampleur des mesures en faveur de l’agriculture biologique annoncées, le 17 mai dans l’Oise, par Marc Fesneau.

« À l’occasion du Salon international de l’agriculture, le Gouvernement avait annoncé un plan de soutien à l’agriculture biologique qui comportait notamment un fonds d’urgence de 10 millions d’euros (M€) visant à apporter un soutien aux exploitations en agriculture biologique qui connaissaient de graves difficultés. Ce plan de soutien est aujourd’hui complété et renforcé : le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, a annoncé, à l’occasion d’un déplacement dans l’Oise sur un élevage laitier en agriculture biologique, un panel de mesures réaffirmant le soutien du gouvernement au secteur de l’agriculture biologique », rapporte un communiqué du ministère de l’agriculture.

« En premier lieu, au plan conjoncturel, est dégagée une enveloppe de 60 M€ pour aider à résoudre les difficultés les plus urgentes des filières agricoles en agriculture biologique : les modalités d’octroi de cette aide seront fixées à travers des échanges avec les professionnels, afin d’aboutir à un mécanisme déployé rapidement sur le terrain. »

« En complément, des réponses structurelles aux difficultés du secteur biologique sont apportées pour répondre au fléchissement de la demande :

– Afin de promouvoir la consommation de produits biologiques par le consommateur, un nouvel abondement de 500 000 € à la campagne Bioréflexe portée par l’Agence bio viendra s’ajouter à l’effort additionnel de 750 000 € déjà consenti par l’État fin 2022. En outre, une enveloppe de 3 M€ issus de France 2030 permettra de lancer une seconde campagne de communication.

– Enfin, l’État s’engage au respect, d’ici la fin de l’année, des objectifs d’Egalim en restauration collective : dans chaque établissement relevant de l’État soumis à cette obligation, les objectifs de 50 % de produits sous signe de qualité et durables, et de 20 % minimum de produits biologiques, seront ainsi atteints. Cela représente un soutien par la demande d’environ 120 millions d’euros. »

BC

A lire également : L’élevage bovin bio progresse toujours (1er juin 2023)

A télécharger :

L’impact de l’inflation sur la consommation alimentaire en 2022 (FranceAgriMer, juillet 2023)

Evolution des achats de produits bio depuis 2015 (FranceAgriMer, 9 juin 2023)

Les rendements des grandes cultures bio (ministère de l’agriculture, 5 juin 2023)

LES REACTIONS

« Une revalorisation qui doit s’accompagner du respect d’Egalim » (FNSEA)

« La FNSEA se félicite de la revalorisation de l’enveloppe d’aide d’urgence à l’agriculture biologique à 70 M€ annoncée ce jour par le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire », réagit le syndicat dans un communiqué. « La FNSEA avait estimé dès le début que l’aide de 10 M€ n’était pas à la hauteur de la crise traversée par les 60 000 fermes engagées en bio. Grâce à cette revalorisation fortement attendue, ils bénéficieront d’un soutien financier accru pour les aider à faire face aux pertes économiques et aux difficultés de trésorerie résultant de la baisse de la consommation, des déclassements de la production biologique et de l’augmentation des coûts de production. »

« De plus, la FNSEA considère que cette revalorisation de l’aide d’urgence à l’agriculture biologique va dans le sens de la souveraineté alimentaire de notre pays. Cependant, pour que cette aide atteigne réellement son objectif, la FNSEA appelle instamment le gouvernement à ouvrir cette aide à tous les exploitants bio en difficulté. »

« Afin de soutenir durablement le secteur biologique, il est important également de travailler sur l’augmentation des débouchés. Ainsi, le plan du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire répond à deux autres demandes majeures de la FNSEA :

– une augmentation du budget de la commande publique pour répondre à l’objectif fixé par Egalim de 20 % de bio dans la restauration collective, contre 6 % aujourd’hui. L’exigence de l’origine française sur ces produits est évidemment une condition nécessaire pour que le plan de soutien bénéficie aux agriculteurs français !

– une augmentation du budget de la communication sur l’agriculture biologique. La FNSEA appelle au développement d’une communication générale et générique sur les bénéfices de l’agriculture bio sans pour autant stigmatiser l’agriculture conventionnelle. »

« Au-delà de ces annonces, la FNSEA continue de demander la mise en œuvre stricte des lois Egalim 1 et 2 dans la filière biologique, avec la construction du prix en marche avant qui prenne en compte la réalité des coûts de production à l’amont, et le respect de la non-négociabilité de la matière première agricole jusqu’au distributeur. Comme pour la production conventionnelle, la FNSEA compte sur l’OFPM (Observatoire de la formation des prix et des marges) pour nous éclairer sur la réalité des marges à l’aval. »

« La crise sans précédent que nous vivons démontre que les injonctions politiques sur le développement de la bio ne peuvent s’affranchir des lois du marché ! », conclut la FNSEA.

« Des aides insuffisantes » (Confédération paysanne)

« Le ministre de l’agriculture vient d’annoncer une enveloppe supplémentaire de 50 millions d’euros d’aides directes pour soutenir l’agriculture biologique. C’est mieux que 10 millions, mais ce n’est toujours pas suffisant au regard des besoins et pour que les producteurs passent le cap de cette crise conjoncturelle », estime la Confédération paysanne dans un communiqué. « Pour les citoyens et l’environnement, le travail des producteurs en agriculture biologique mérite d’être soutenu sur le long terme par un ensemble de politiques publiques fortes. »

« Ce plan s’ajoute à la première enveloppe de 10 millions d’euros, déjà largement insuffisante, qui avait été décidée lors du salon de l’agriculture. Il ne faut pas réitérer les mêmes erreurs dans son déploiement. Cette fois-ci, aucune ferme bio en difficulté ne doit être oubliée. Ce plan ne doit exclure ni les jeunes agriculteurs bénéficiant de l’aide à la conversion en agriculture biologique, ni les productrices et producteurs en circuits court. Par ailleurs, une vigilance devra être apportée sur les critères et la cohérence des documents demandés pour bénéficier de l’aide. »

« L’annonce d’utiliser enfin la commande publique comme levier permettant d’assurer des débouchés à long terme pour les producteurs est un signal que nous attendions depuis le vote de la loi Egalim. C’est indispensable pour respecter la part de 20 % de bio dans la restauration collective fixée par cette loi. Ces marchés ne doivent pas être captés par la seule bio industrielle. »

« Enfin, l’annonce d’un plan de communication pour « repositionner le bio comme un produit de qualité, le plus abouti en termes de pratiques agricoles » va dans le bon sens tout en restant probablement insuffisant dans le contexte d’inflation actuel », conclut la Confédération paysanne.

« Nous attendons maintenant des mesures structurelles » (filière bio)

La filière bio (Fnab, Synabio, Forébio) se félicite, dans un communiqué, des annonces du ministre de l’agriculture mais « déplore le manque de mesures qui s’attaquent aux causes de la crise. »

« Nous réitérons notre demande de retour de l’aide au maintien à travers l’augmentation de l’écorégime à 145 € contre 110 €. Nous réitérons aussi la nécessité que les filières bio aient accès aux mêmes outils de régulation du marché que les acteurs des filières non biologiques. Les actions de communication et de promotion n’ont de sens que si elles s’inscrivent dans la durée. Nous demandons une stratégie et un budget pluriannuels pour la promotion du label bio à travers la campagne #Bioréflexe pilotée par l’Agence Bio. »

« Les annonces de Marc Fesneau en soutien à l’agriculture biologique sont accueillies positivement par nos structures. Cependant, les montants annoncés sont en-deçà des besoins chiffrés depuis un an. Nous attendons donc le troisième volet du plan de soutien à la Bio, que nous espérons plus structurel. Nous nous tenons à la disposition du ministère pour y travailler. »

  • 60 M€ pour passer l’année. Sur la seule année 2022, les pertes ont été chiffrées à plus de 150 M€ par les filières. Le Cniel identifie un besoin de 71 M€ sur la seule filière laitière pour 2023 (après 53 M€ en 2022) et les professionnels du porc biologique environ 30 M€ (en 2022 et aussi en 2023). « Cette enveloppe est la bienvenue pour soutenir les producteurs mais elle va nécessiter une nouvelle rallonge pour couvrir les besoins. De plus, les opérateurs économiques (transformateurs et groupements de producteurs) ont été fragilisés par cette crise depuis un an ; si on veut éviter une perte des outils de mise en marché pour les producteurs, il va falloir aussi les aider à passer le cap », estime Mathieu Lancry, président de Forébio.
  • 500 000 euros supplémentaires pour la Campagne Bioréflexe et 3 M€ issus du plan France relance sur la communication. « Nous devons relancer urgemment la consommation de produits bio des Français. Nous nous félicitons de l’annonce de 3 M€ supplémentaires pour la communication et veillerons à ce qu’ils soient mobilisés rapidement et mis au service des filières et du marché bio », estime Didier Péréol, président du Synabio.
  • Stimuler la demande avec la commande publique. « Nous sommes satisfaits de voir que l’objectif d’Egalim de 20 % de bio en restauration collective va enfin être respecté dans la commande publique. Néanmoins, comment l’Etat va-t-il obliger les collectivités à agir, alors qu’il refuse de le faire depuis 2017 », s’interroge Philippe Camburet, président de la Fnab.

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