Plaidoyer pour les haies

Installé en Sarthe, Damien Ledru a développé au fil des années un système basé sur la valorisation du pâturage. Il tire profit des haies pour produire des plaquettes et les utilise comme litière.

À quelques kilomètres du château du Lude, l’exploitation de Damien Ledru bénéficie d’un solide atout : un parcellaire groupé autour du siège de l’exploitation. Cet îlot de verdure, situé dans le lit majeur du Loir, comprend 80 % de prairies inondables. L’éleveur a ainsi bâti un système résilient autour du pâturage. « Les vaches sortent presque toute l’année. C’est vrai aussi bien pour les génisses que pour les taries », souligne-t-il.

Son parcellaire est parcouru par environ 30 km de haies denses, multistrates et bien fournies, abritant quelque 200 arbres têtards. Là où beaucoup verraient une contrainte, l’éleveur y voit un atout. Les prairies naturelles et les haies constituent de véritables alliées pour la préservation de la biodiversité. En période de sécheresse, elles créent un microclimat bénéfique. « L’herbe des zones ombragées reste bien plus fraîche. », pointe l’éleveur sarthois.

200 ARBRES TÊTARDS

Ces haies prédécoupent le parcellaire, facilitant une gestion dynamique en pâturage tournant. Elles améliorent aussi le cadre de vie et protègent le bétail. Damien Ledru loue leur effet brise-vent, leur ombrage en été, et leur rôle pour la faune (chiroptères, pique-prune, lucane cerf-volant…). « Les haies assurent un stockage du carbone efficace et préservent les sols de l’érosion, puisque le Loir sort souvent de son lit », explique-t-il. Son bilan Cap’2ER a d’ailleurs permis de mesurer l’effet positif du système sur le stockage du carbone.

Initialement entretenues avec un lamier classique, les haies sont, depuis cinq ans, exploitées pour produire des plaquettes de bois, assurant l’autonomie de l’exploitation en matière de litière. Cela a permis de remplacer l’achat de paille, tout en valorisant l’entretien des haies en autoconsommation. « Armée d’une pince sécateur et d’un grappin à guide tronçonneuse, la CUMA La Cigale, dans la Sarthe, a mis en place un service d’abattage pour l’entretien des haies. Le second outil est très performant en termes de qualité de coupe. Le bois ainsi ramassé est ensuite broyé en plaquettes. »

DES PLAQUETTES POUR LA LITIÈRE

Chaque année, l’exploitation valorise entre 600 et 900 mètres linéaires de haies, produisant environ 800 m³ de plaquettes utilisées en litière. Le chantier dure une journée et demie. « J’ai commencé par un mélange paille/plaquettes, puis j’ai abandonné la paille », explique Damien Ledru. Il a aussi gagné en temps de travail et réalisé des économies. « Fini le paillage quotidien. Il suffit désormais d’ajouter des plaquettes deux fois par semaine. Plus besoin non plus de curer tous les mois.», ajoute l’éleveur qui précise que, parallèlement, « la qualité cellulaire n’a pas bougé. Je n’ai jamais eu de pénalités. Les comptages oscillent entre 150 000 et 200 000 cellules par millilitre de lait. Le nombre de mammites cliniques reste stable : 1 à 2 par mois. » Côté économie, le chantier de plaquettes (abattage et broyage) coûte moins de 8 000 €, contre 15 000 € pour l’achat annuel de paille. Seul bémol du système : la production de fumier est moindre, ce qui a conduit à la nécessité de racheter de l’engrais minéral.

UN ÉLEVAGE VERTUEUX

Grâce au diagnostic Cap’2ER, Damien Ledru a pu mesurer l’empreinte environnementale de son élevage. Il sait qu’il peut encore réduire l’empreinte carbone nette de chaque litre de lait. Cela passe, entre autres, par des ajustements dans la gestion du troupeau : une baisse de l’âge au premier vêlage et du taux de renouvellement (< 20 %) pour réduire la part d’UGB(1) improductives.

Son système herbager et la forte présence de haies lui permettent de compenser près de 48 % de ses émissions de GES(2). L’élevage produit ainsi 0,48 kg de CO net par litre de lait, un excellent résultat pour un élevage de plaine.

ERWAN LE DUC

  1. UGB : unité gros bovin
  2. GES : gaz à effet de serre

 

EN CHIFFRES… 

EARL O’FIL DE L’EAU (SARTHE) 

  • un associé et deux salariés à temps partiel (80 et 50 %)
  • une SAU(1) de 160  ha dont 7 ha de luzerne, 63 ha de prairies permanentes, 50 ha de prairies temporaires et 40 ha de maïs
  • un cheptel de 120 laitières (¾ Holsteins, ⅛ Normandes et ⅛ Holsteins x Normandes
  • une production moyenne de 9 000 l/VL 
  • un TB(2) de 45 g/l et un TP3) de 35 g/l

 

  1. SAU : surface agricole utile
  2. TB : taux butyreux
  3. TP : taux protéique

 

DE BIOLAIT À LSDH

Damien Ledru a produit du lait sous cahier des charges bio pendant huit ans. « Mon système a toujours été très proche du bio. Cette proximité m’a amené à me lancer », déclare l’éleveur. Suite au retournement de conjoncture, il a finalement décidé de revenir à un système conventionnel. « Les tensions chez Biolait et l’absence de perspectives pour la filière bio ont fini par me convaincre. » Aujourd’hui, il estime que la laiterie LSDH lui offre un meilleur prix et une meilleure visibilité.

Pour augmenter sa production laitière par vache, l’éleveur a relevé la part de correcteurs azotés dans la ration. Il atteint désormais les 9 000 l/VL, tout en conservant une marge de progression, puisque sa ration n’inclut pas de concentrés de production.

 

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