Viande bovine : la médiation dans une impasse

Viande bovine : la médiation dans une impasse

L’interprofession bétail et viande (Interbev) ne parvient toujours pas à s’entendre sur les indicateurs à prendre en compte pour évaluer les coûts de production. Unanime, le syndicalisme dénonce l’attitude de la transformation et de la distribution.

La loi du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales issue des Etats généraux de l’alimentation (EGA) a confié aux interprofessions le soin de définir des indicateurs représentatifs des coûts de production, de sorte à éclairer les négociations contractuelles entre les trois principaux maillons des filières : producteurs, transformateurs et distributeurs. En viande bovine, la négociation a rapidement capoté avant que le médiateur des relations commerciales ne soit saisi. Ce dernier a de nouveau réuni, le 18 décembre, l’ensemble des partenaires, mais sans plus de succès qu’auparavant. Les organisations syndicales d’éleveurs (FNB, Coordination rurale, Confédération paysanne) s’en sont émues le lendemain, en s’interrogeant sur leur participation à l’interprofession bétail et viandes (Interbev).

4,6 €/kg : le prix du bœuf, selon l’Institut de l’élevage

« Les acteurs de l’aval de la filière viande bovine font fi de l’esprit des EGA et retrouvent leurs vieux réflexes : ils ont [le 18 décembre], réduit à néant le bon travail pourtant effectué par le Médiateur des Relations commerciales en refusant, sans aucune justification sérieuse, l’indicateur proposé, pourtant issu d’une méthode de calcul dont la solidité technique avait été largement démontrée », fait valoir la FNB dans un communiqué du 19 décembre. « 4,64 €/kilogramme : c’est le coût de production moyen pour produire une vache allaitante, calculé par l’Institut de l’élevage, issu d’une méthode basée sur ses réseaux d’élevage, intégrant la rémunération du travail de l’éleveur, que le médiateur des relations commerciales du ministère de l’Agriculture a, lui-même, qualifiée de robuste et représentative des différents systèmes d’élevage bovin viande français. Un coût de production que l’aval de la filière a, pourtant, décidé de ne pas valider : par peur de devoir, enfin, proposer aux éleveurs des prix couvrant leurs coûts de production ». Selon Bruno Dufayet, président de la FNB, « l’attitude d’acteurs de l’aval au cours de cette médiation démontre malheureusement que ce travail constructif ne pourra pas avoir lieu au sein de l’interprofession, telle qu’elle existe aujourd’hui. Une transition du modèle interprofessionnel semble donc aujourd’hui indispensable pour envisager, ensuite, celle de notre modèle agricole. »

Pour la Coordination rurale, « ce nouvel échec démontre que la loi issue des EGA a bien placé dans une impasse, celle de l’interprofession, la possibilité de fixer un prix d’achat de la viande bovine aux éleveurs supérieur à leur coût de production. Ce parti pris délibéré du gouvernement de s’opposer à la fixation des coûts de production par l’Observatoire de la formation des prix et des marges renvoie à son entière responsabilité dans la déception et le désespoir des éleveurs qui ont pu croire les belles paroles prononcées par le président de la République. Cela fait pourtant plus de 6 mois qu’une méthode de calcul proposée par l’Institut de l’élevage est discutée par les membres d’Interbev. Cette méthode a permis de calculer un prix de revient moyen qui atteint 4,64 €/kg équivalent carcasse (ec) pour les vaches allaitantes. Basé sur des fermes de référence, cet indicateur serait encore plus élevé s’il tenait compte d’échantillons plus larges. Nous sommes très loin des prix actuels, inférieurs d’un euro ! Pour certaines races (limousines, races rustiques), le prix de revient dépasse même les 5 €/kg ec ! Un tel prix permettrait en théorie de rémunérer un éleveur à hauteur de deux Smic (…) Face à cet échec, la Coordination rurale appelle les autres membres du collège « production » à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de l’interprofession : sans validation de la méthode d’ici le mois de janvier, toutes les fédérations de l’amont doivent être prêtes à revoir les modalités de leur participation à Interbev. »

« Sans surprise, le consensus [autour d’un prix de 4,64 €/kg alors que la vache charolaise est « payée actuellement moins de 3,80 €/kg »] n’a pas eu lieu », constate la Confédération paysanne. « Les acheteurs peuvent librement bloquer la publication de tout indicateur qui serait estimé trop élevé pour maintenir leurs profits à flot. Selon eux, il serait inenvisageable de dépasser le prix actuel du bétail ! Pourtant, la réalité est bien là : le volume de production s’est globalement maintenu face au prix de marché… mais pas le nombre de fermes. En 10 ans, le nombre d’éleveurs allaitants a baissé de 22 %, et les fermes se sont agrandies à tel point qu’elles en sont devenues intransmissibles. Alors même que la part revenant au producteur dans le prix de la viande bovine au détail est passée de 50 % à moins de 45 % entre 2012 et 2017 ! L’échec de cette négociation témoigne de l’absurdité de la philosophie gouvernementale : « responsabiliser les acteurs »… sans rien changer au rapport de forces. Dans le secteur de la viande bovine comme dans les autres, les entreprises de l’aval n’ont aucun intérêt à concéder des hausses de prix : c’est bien à l’État se jouer son rôle d’arbitre. Mais le gouvernement a sciemment décidé de ne pas se doter des outils nécessaires (…) Cette réunion témoigne encore de l’échec des EGA et de l’incapacité de ce gouvernement et des interprofessions à trouver de réelles solutions au problème de la rémunération paysanne ! »

BC

A lire également :

Cinq scénarios pour l’élevage bovins viande à l’horizon 2035-2040 (FranceAgriMer, décembre 2018)

54321
(0 votes. Average 0 of 5)