L’électricité : pas toujours une fée

L’impact des champs électromagnétiques sur la santé et les performances des animaux d’élevage est encore insuffisamment documenté, constate un nouveau rapport.

Philippe Bolo, député Modem du Maine-et-Loire, a remis, le 4 juin au ministre de l’agriculture, au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST : Assemblée nationale et Sénat), un rapport sur l’impact des champs électromagnétiques sur la santé des animaux d’élevage. Il a été rédigé à partir de l’audition d’experts mais aussi de quatre agriculteurs « dont les élevages ont connu de graves perturbations et membres de l’association Animaux sous tension (Anast) ».

Une première partie dresse un bilan des connaissances, concluant à « un sujet complexe auquel la science n’apporte jusqu’à présent que des réponses partielles ». S’agissant des effets directs des champs électromagnétiques, « aucune étude scientifique n’a établi un lien de causalité direct entre la proximité d’une ligne électrique et la santé des animaux (…) Toutes les tentatives visant à relier les champs électromagnétiques à des dysfonctionnements du système immunitaire ou au stress physiologique restent infructueuses. » En ce qui concerne les effets indirects, « les études sur les modifications comportementales des animaux en réponse à des courants électriques induits concluent à des réponses de stress, modérées à sévères, qui varient selon les espèces. Par ailleurs, les études commanditées par l’Anses (1) pour caractériser l’exposition des animaux d’élevage aux champs électromagnétiques ont conclu à des niveaux d’exposition largement en-dessous des valeurs limites d’exposition définies au niveau européen. »

« La science a également du mal à établir un lien direct entre les difficultés constatées et l’exposition des animaux à des champs électromagnétiques en l’absence de symptôme pathognomonique (2). Les pathologies constatées – mammites, boiteries, dérèglements hormonaux, etc. – peuvent avoir des origines variées. De même, les troubles de comportement observés ne sont pas spécifiques à un désordre électrique ou/et magnétique. Cependant, le fait qu’une vache, censée boire environ 80 litres d’eau par jour en plongeant son mufle dans l’eau, se mette à laper la surface comme un chat, constitue un signe laissant présager que des perturbations électriques affectent l’animal. Un autre signe est celui du refus de fréquentation par les animaux de certains lieux de l’exploitation (tout ou partie de la stabulation, robot de traite). »

Le rapport rapporte le témoignage de deux éleveurs de bovins. « Alain Crouillebois, producteur de lait, a raconté qu’à la suite du remplacement d’une ligne aérienne par une ligne souterraine à une vingtaine de mètres de ses bâtiments, il a constaté des comportements anormaux de ses animaux – regroupement anormal, refus d’aller au robot de traite –, une baisse de la production et de la qualité du lait ainsi qu’une surmortalité des veaux. Ces troubles ont disparu lorsqu’il a déplacé cette ligne souterraine 150 mètres plus loin. Selon Isabelle Brault, éleveuse de poulets et de vaches allaitantes, les anomalies constatées chez ses volailles – lots de plus en plus hétérogènes – et chez ses vaches – infertilité croissante – sont apparues à la suite de l’installation d’une antenne relais de téléphonie mobile. »

Diagnostiquer tout nouveau bâtiment d’élevage

Dans une seconde partie, le rapport Bolo formule une série de préconisations, dont celles-ci :

– accentuer la recherche de sorte à mieux comprendre les phénomènes et leurs origines ;

– réaliser des expérimentations dans les exploitations connaissant des difficultés ;

– développer un observatoire national du phénomène ;

– généraliser la réalisation d’un diagnostic géologique et électrique avant la construction d’un bâtiment d’élevage ou son réaménagement, mais également avant l’installation d’infrastructures électriques ou de télécommunication (réseaux électriques, éoliennes, panneaux photovoltaïques, antennes relais de téléphonie mobile) ;

– sensibiliser les chambres d’agriculture et renforcer leurs compétences afin de pouvoir informer les agriculteurs et, le cas échéant, les conseiller si apparaissent des difficultés qui semblent liées à l’impact de champs électromagnétiques ;

– accélérer la prise en compte des problèmes exprimés par les éleveurs et, dans les cas les plus difficiles, leur apporter une solution de sortie de crise, à travers par exemple l’extension des missions du Fonds de mutualisation du risque sanitaire et environnemental.

BC

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire

(2) Un signe clinique ou un symptôme est dit pathognomonique lorsqu’il caractérise spécifiquement une maladie unique et permet donc, à lui seul, d’en établir le diagnostic certain. (Wikipédia)

A télécharger :

Rapport de Philippe Bolo

Synthèse du rapport Bolo

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