Lait conventionnel : attention à l’effet ciseaux

Le printemps 2026 s’annonce particulièrement tendu pour les producteurs de lait conventionnel. Entre recul du prix du lait et flambée des charges de production, l’effet ciseaux se referme dangereusement sur les exploitations.

Selon les données de FranceAgriMer, le prix standard 38-32 du lait conventionnel s’est établi à 417,4 €/1 000 litres en mars 2026. Il recule de 9,9 €/1 000 litres par rapport à février et affiche surtout une baisse de 51,9 €/1 000 litres sur un an. Cette évolution intervient alors que les coûts de production repartent fortement à la hausse.

L’énergie et les engrais tirent les charges vers le haut

L’indice IPAMPA lait de vache a progressé de 5,1 points en un mois. La dégradation est particulièrement marquée pour les postes directement impactés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient :

  • Énergie et lubrifiants : +50,3 points ;
  • Engrais et amendements : +12,1 points.

Le gazole non routier (GNR) a atteint un sommet début avril. Malgré une légère détente observée à la mi-mai, son prix demeurait supérieur de 52 % à celui de fin février. Cette combinaison entre baisse du prix du lait et hausse des charges devrait fortement dégrader les marges des exploitations au cours du premier semestre.

Un pic laitier inhabituellement précoce

Sur le plan de la production, l’année 2026 se distingue par un profil de collecte atypique. En mars, les volumes collectés atteignaient encore 2,17 milliards de litres, soit une hausse de 5,3 % par rapport à 2025. Mais la dynamique s’est rapidement inversée. Le pic laitier a été observé avec près de cinq semaines d’avance sur le calendrier habituel. Plus marqué que l’an passé (+2 %), il a été suivi d’un repli rapide des volumes. À la semaine 19, la collecte nationale affichait déjà un recul de 1,1 % par rapport à la même période de 2025.

Des marchés industriels contrastés

À l’international, la collecte mondiale continue de progresser (+4 % en mars), soutenue notamment par l’Europe (+4,3 %). Cette hausse des disponibilités commence à peser sur le marché du beurre, dont les cours montrent des signes d’essoufflement aussi bien en Europe qu’en Océanie. À l’inverse, la poudre de lait écrémé conserve une dynamique très favorable. Entre les semaines 13 et 21, les cours ont progressé de 213 €/t en Europe occidentale. La demande asiatique, notamment en Indonésie et en Malaisie, reste soutenue malgré l’augmentation des fabrications européennes. Autre fait marquant : le marché du lactosérum atteint des niveaux historiques. La poudre de lactosérum s’échangeait autour de 1 696 €/t en Europe occidentale à la semaine 21, un niveau jamais observé auparavant. La forte demande mondiale en protéines laitières, portée par les marchés de la nutrition sportive et de la santé, soutient durablement ces valorisations.

Source : FranceAgriMer – Conjoncture laitière, mai 2026.

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