Passionnément normandes

 Entre plaine et marais poitevin, les associés du Gaec Pacouinay élèvent 150 Normandes et produisent du lait sous AOP Beurre Charentes-Poitou. David Coussot reste profondément attaché à cette race, dont il vante la robustesse et la capacité d’adaptation.

DAVID COUSSOT PRÉSIDE LE SYNDICAT DE LA RACE NORMANDE POUR LA VENDÉE, LA CHARENTE MARITIME ET LES DEUX-SÈVRES. 

 LE CAHIER DES CHARGES DE L’AOP BEURRE CHARENTES-POITOU IMPOSE L’APPORT DE MAÏS DANS LA RATION.

Aux portes du Marais poitevin, David Coussot, troisième génération d’éleveurs, a fait le choix assumé de la Normande. Il n’a jamais douté des aptitudes de la race à relever les défis d’une conduite intensive en grand troupeau. « L’année de mon installation, en 2014, nous avons doublé la taille du cheptel pour atteindre un million de litres. La question d’un changement de race ne s’est jamais posée. Je n’ai jamais douté de la capacité de la Normande à s’adapter. Son principal atout reste la fertilité : 70 % de nos échographies confirment une gestation », témoigne-t-il. Au gré de reprises d’exploitations, quelques Holsteins ont intégré le troupeau, sans toutefois s’y implanter durablement.

PERFORMANCES ET VALORISATION

Les résultats de l’exploitation confirment la pertinence du choix racial. La production moyenne s’établit à 8 793 kg de lait standard par vache. Les vaches de réforme se vendent en moyenne à 6,40 €/kg pour des carcasses de 400 kg. Sur les six derniers mois, les taux moyens s’affichent à 46 g/kg de matière grasse et 38 g/kg de matière protéique. « Au final, par rapport au prix de base de la coopérative Terra Lacta, nous percevons un supplément de 60 à 70 €/1000 l, dont 30 € au titre de la prime AOP », précise l’éleveur. En janvier 2026, le prix du lait est redescendu à 425 €/1000 l, contre 471 en novembre. Une baisse marquée, que les primes AOP et qualité devraient toutefois permettre d’amortir.

LA GÉNÉTIQUE, UN LEVIER STRATÉGIQUE

La progression de l’élevage repose en grande partie sur un travail génétique soutenu. L’ISU(1) moyen du troupeau atteint aujourd’hui 137 points, plaçant l’exploitation dans le top 10 de la race. « Dix taureaux issus de notre cheptel ont intégré le catalogue Innoval, dont Rallye et Orostable. Plusieurs souches ont produit des mâles diffusés en schéma. La famille Eurostable est née chez nous. Nous n’hésitons pas à acheter à l’extérieur pour continuer à progresser », explique l’éleveur. Ces orientations génétiques s’inscrivent dans une logique à la fois technique et économique. Ainsi, dernièrement, le taureau sans cornes Alcatraz P a intégré le schéma de l’élevage. Parallèlement, David Coussot s’intéresse à la kappa-caséine B pour améliorer l’aptitude fromagère. « Qui n’a pas envie d’arrêter l’écornage ? Et dans les filières fromagères, le rendement est un critère clé », ajoute-t-il.

REPLI DE L’ÉLEVAGE LOCAL

Cette dynamique permet aussi de résister partiellement au repli de l’élevage dans le secteur. « Ici, nos voisins sont surtout céréaliers. L’entraide est limitée et les cuma fonctionnent mal. Nous faisons appel à des entreprises de travaux agricoles ou nous investissons en propre pour assurer le quotidien. » Le contexte de transmission illustre cette évolution. « Lors de mon installation, il n’y avait pas moins de 21 candidats sur la ferme. Aujourd’hui, un collègue n’a trouvé qu’un seul repreneur. »

INNOVATION & GÉNOMIQUE

Toujours en quête d’innovation, l’éleveur a rapidement intégré la génomique. Désormais, pas moins de 52 femelles de l’élevage présentent des index élevés et intéressent le schéma Innoval. L’objectif reste de produire des vaches fonctionnelles, de gabarit modéré, avec un bon niveau de production.

CONTRAINTES DE L’AOP

Les vaches ne pâturent pas. Le parcellaire et le climat ne s’y prêtent pas. Seules les génisses pleines valorisent les prairies naturelles du marais. Le troupeau est logé en aire paillée dans une stabulation équipée de brumisateurs et de ventilateurs pour limiter le stress thermique estival.Le cahier des charges AOP impose une ration contenant au moins 50 % de maïs et au moins 2 kg de fourrages autres que le maïs fourrage. 80 % des fourrages doivent provenir de la zone AOP et les concentrés, plafonnés à 1 800 kgMS/VL/an, doivent être issus de filières non OGM. Pour répondre à ces conditions strictes, l’exploitation s’appuie sur des méteils à base de ray-grass, de vesce, de phacélie et d’avoine, ainsi que sur une association moha & trèfle en été. « Nous disposons de 300 ha irrigables et nous réservons l’eau aux productions à forte valeur ajoutée comme le maïs semences. » Un distributeur automatique de concentrés permet de sécuriser les apports individuels.

ERWAN LE DUC

  1. ISU : index synthèse unique

 

EN CHIFFRES…

LE GAEC PACOUINAY (VENDÉE) 

  • quatre associés : Patrice et Céline Ayrault, David et Thomas Coussot et trois salariés à temps plein
  • une SAU(1) de 390 ha (30 ha de colza, 10 ha de semence de pois, 45 ha de prairies naturelles, 50 ha de maïs ensilage, 70 ha de blé tendre, 30 ha de blé dur, 10 ha d’orge et 45 ha de tournesol, 100 ha de maïs semence)
  • un cheptel de 150 Normandes 
  • une production d’1 ML en AOP Beurre Charentes-Poitou 
  • un atelier cunicole de type naisseur engraisseur de 500 cages
  1. SAU : surface 

 

 

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