Le Gaec de la Capitainerie s’est tourné vers un système herbager après une expérience désastreuse en traite robotisée. Si la production par vache a diminué, l’éleveur gagne désormais mieux sa vie.


GUILLAUME ET SON COMPAGNE SARAH BÂTISSENT UN MODÈLE BASÉ SUR LA VALORISATION DE L’HERBE ET DES VÊLAGES GROUPÉS. L’OBJECTIF ÉTANT DE NE PLUS TRAIRE AU MOMENT DE NOËL.
Les vaches Kiwi et Frisonnes remplacent progressivement les Holsteins au sein du troupeau laitier. En changeant d’orientation, Guillaume Mauger et son père ont aussi changé de modèle génétique. Exit les grandes Holsteins canadiennes : place à des vaches plus rustiques, mieux adaptées au pâturage.
Le Gaec de la Capitainerie a connu plusieurs vies. Guillaume a choisi de tourner la page de l’agriculture productiviste pour miser sur l’herbe et une conduite plus extensive. Une vision partagée par son père qui vient de faire valoir ses droits à la retraite. « Nous avons produit du maïs sur des parcelles de marais… Les rendements plafonnaient en raison des conditions pédoclimatiques. Depuis plusieurs années, nous constatons que l’herbe se comporte bien mieux », explique-t-il.
LE DÉCLIC : DEUX ROBOTS DE TRAITE
C’est l’installation de deux robots qui a tout fait basculer. « Nous avions une salle de traite 2 x 8, double équipement. Nous avons investi dans deux robots… et les ennuis ont commencé », raconte Guillaume. Les taux cellulaires flambent jusqu’à 450 000 cellules/ml, plaçant l’élevage sous la menace d’un arrêt de la collecte. « Nous n’avions jamais eu de problèmes sanitaires. Notre lait était toujours classé en “super A”. » Ni l’intervention d’un géobiologue, ni les investigations techniques n’apportent de réponse. Acculés, les éleveurs décident alors de remplacer les robots par une salle de traite 2 x 16, simple équipement. Grâce à une trésorerie solide et à la confiance de leurs banques, ils franchissent le pas. « La marge brute par vache était tombée à 102 €/1000 litres… Impossible de rembourser nos annuités. » Les résultats ne se font pas attendre : la courbe cellulaire s’infléchit presque immédiatement. Reste toutefois à rembourser les robots… et la nouvelle salle de traite.
UNE CONVERSION À L’HERBE ET AU BIO
Avec le soutien de son père, Guillaume transforme la conduite de l’élevage. La conversion à l’agriculture biologique accompagne ce changement de modèle. Cette transition a nécessité de nouveaux investissements : 25 000 € la première année, puis 15 000 € deux années de suite, pour créer des chemins d’accès au pâturage. « L’investissement dans les clôtures et les abreuvoirs a lui aussi été conséquent. »
Le changement génétique est tout aussi marquant. Guillaume mise désormais sur la Kiwi et sur quelques Frisonnes. « Les doses viennent de Nouvelle-Zélande, une génétique sélectionnée pour le pâturage. Il faut être patient : la première lactation peut sembler décevante. La vache exprime son potentiel en deuxième, et surtout en troisième lactation. »
Formé à l’IPE, Guillaume réalise désormais lui-même les inséminations. « Avant, il nous fallait 2,4 paillettes pour une IA fécondante, aujourd’hui nous sommes à 1,2. » Un vétérinaire assure un suivi reproduction mensuel. « Nous avons revu notre approche globale. Nous travaillons davantage sur la prévention et l’anticipation. Le passage régulier du vétérinaire s’inscrit dans cette logique », explique-t-il
MOINS DE LAIT, PLUS DE MARGE
Titulaire d’un BTS ACSE(1), Guillaume a bâti une stratégie claire : réduire au maximum les charges. Exit le contrôle laitier officiel, remplacé par une version simplifiée maison. La production moyenne par vache est passée de 9 200 à 4 200 litres, mais la marge brute a bondi à 443 €/1000 l en 2024.
L’exploitation, qui produisait auparavant 1,2 million de litres, en livre désormais 660 000, dont 60 000 litres autoconsommés pour les veaux.
Les vêlages sont regroupés sur deux périodes — au printemps et à l’automne — avec pour objectif, à terme, de n’en conserver qu’une seule et de supprimer la traite en fin d’année. « L’idée est d’inséminer dès le 15 avril des vaches cyclées ayant déjà exprimé deux cycles », précise Guillaume.
Extrait de l’article GTM130 p.34-36 par ERWAN LE DUC
Grands Troupeaux Magazine Le magazine d'élevage qui voit grand