Les charges plombent les bovins viande

Si les prix des bovins viande « atteignent des niveaux records, ils ne compensent pas l’explosion des charges », estime Cerfrance.

« Suite à la décapitalisation du cheptel allaitant, les disponibilités manquent toujours en France et en Europe pour répondre à la demande forte, tant en animaux maigres que finis », analyse l’Observatoire économique de Normandie diffusé le 5 octobre par Cerfrance. « Les abattages ont diminué depuis le début de l’année. Le manque d’offre et la pénurie sur le marché européen entretiennent une hausse forte et continue des cours depuis le début de l’année ».

« Par ailleurs, la guerre en Ukraine accentue la flambée des prix à la production, et si les prix atteignent eux aussi des niveaux records, ils ne compensent pas l’explosion des charges en production de viande bovine (la hausse des coûts d’aliment, d’énergie, d’engrais serait de 85 € par UGB sans adaptation des producteurs). Les agriculteurs doivent faire des adaptations dans la gestion des charges. »

Crainte d’une décapitalisation

« Cette inflation des coûts de production provoque des inquiétudes au sein de la filière. Quelle sera la répercussion de la hausse des prix sur la consommation ? L’augmentation des cours fait craindre une nouvelle accélération de la décapitalisation du cheptel allaitant pour profiter des prix élevés, améliorer l’autonomie du système. »

« La loi Egalim 2 rend obligatoire la contractualisation depuis le 1er janvier 2022 entre les éleveurs bovins et leur premier acheteur pour une durée de 3 ans. La filière devrait avoir une plus grande visibilité sur les flux d’animaux. Ce contrat intègre aussi les modalités de fixation de prix, avec des indicateurs relatifs aux coûts de productions. À ce jour, peu d’éleveurs ont proposé réellement de contrats vu le contexte prix. La renationalisation de la consommation pourrait s’inscrire dans une tendance », analyse Cerfrance.

13 500 € par éleveur en 2021

« Avec le cumul d’une meilleure moisson 2021 pour les quelques hectares de céréales, une bonne campagne fourragère et une conjoncture viande bovine plus satisfaisante, les résultats économiques et financiers des systèmes viande bovine 2021 progressent de 23 % », constate Cerfrance à partir des comptabilités de 356 exploitations bovins viande normandes (1). « En effet, après une année 2020 chaotique, les cours repartent à la hausse et ont retrouvé des niveaux d’avant crise, soutenus par le manque d’offre sur le marché européen. Par ailleurs, les coûts de production ont augmenté. »

« À relativiser, le niveau de revenu disponible par UTAF (unité de travail annuelle familiale) moyen à hauteur de 13 500 € reste bien inférieur au smic et aux autres systèmes de production (en dehors du système porc). Ce niveau de revenu moyen cache de fortes disparités. Historiquement, le taux d’endettement est faible – 40 % en moyenne – et la trésorerie s’avère souvent limitée voire négative. Les investissements restent raisonnés », note encore Cerfrance.

BC

(1) L’exploitation bovins viande type suivie par Cerfrance en Normandie compte 1,27 UTH (unité de travail humain), 97 ha de SAU dont 81 ha de prairies, et 66 vaches allaitantes pour 125 UGB (unités gros bétail).

A télécharger :

Inséminations sur les femelles allaitantes en 2021 (Institut de l’élevage, nov. 2022)

Les revenus agricoles en Europe en 2020 (ministère de l’agriculture, novembre 2022)

Résultats 2021 des réseaux d’élevage Inosys (Chambres d’agriculture, 28 oct. 2022)

Observatoire des entreprises agricoles de Normandie (Cerfrance, 1er sept. 2022)

Note de conjoncture mensuelle viandes rouges (FranceAgriMer, 28 oct. 2022)

Hausse des abattages de génisses en septembre (ministère de l’agriculture, 27 oct. 2022)

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 27 oct. 2022)

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 20 oct. 2022)

Conjoncture de la viande bovine (FranceAgriMer, 14 oct. 2022)

Légère détente des prix à la production (ministère de l’agriculture, 13 oct. 2022)

Bulletin hebdomadaire des filières ruminants (Interbev, 12 oct. 2022)

Les prix de compensation du coût de l’aliment (ministère de l’agriculture, 5 oct. 2022)

A lire égalementLa décapitalisation accélère (14 sept. 2022)

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